Violet Evergarden : l’arme qui voulait devenir humaine

Durant le premier trimestre 2018, on pouvait découvrir chez Netflix les 13 épisodes de la série animée Violet Evergarden. Basée sur le light novel en deux volumes de Kana AKATSUKI, illustré par Akiko TAKASE, l’anime a fait beaucoup parler de lui, notamment à travers quelques projections anticipées du premier épisode en 2017. Étant édité par sa branche dédiée aux LN, c’est bien sûr le studio Kyoto Animation qui s’est brillamment chargé du projet d’adaptation animée, et ce pour notre plus grand plaisir vu la qualité habituelle de ses productions.

Personnages profonds, réalisation de haute volée… Si vous avez le malheur d’être passé à côté, Journal du Japon vous explique en quoi cette série est à mettre tout en haut de votre Watch List de fin d’année.

 

« Arme de guerre » hier, « poupée de souvenir automatique » demain

Ceux qui la connaissaient la considéraient comme une arme. Elle répondait aux ordres. Elle avait l’air humaine, mais ce n’était qu’un outil sans cœur. 

Attachement / © Kyoto Animation - Netflix

Attachement / © Kyoto Animation – Netflix

La guerre est finie. Après 4 longues années à se donner corps et âme dans la bataille, la jeune Violet se retrouve confrontée à une toute autre réalité. Dans l’armée depuis toute petite, elle qui a toujours été conditionnée comme une arme doit désormais apprendre à interagir normalement avec les autres. Et ce n’est pas une mince affaire quand on ne sait qu’obéir aux ordres. Dans sa détermination, elle décidera d’intégrer l’équipe de « poupée de souvenir automatique », des rédactrices chargées de coucher sur papier les sentiments des gens qui ne peuvent écrire eux-mêmes. Tout ça dans le but de comprendre la signification des derniers mots du major Gilbert : « Je t’aime. »

Ce dernier, son supérieur dans l’armée, l’a longtemps prise sous son aile, mais disparut dans la bataille en la laissant derrière lui avec un vide considérable dans le cœur, dont elle-même ignore l’origine. Privée d’affection depuis son plus jeune âge, l’amour est en effet un des sentiments qui lui sont totalement inconnus. Mais grâce aux missions qui lui sont confiées et sa rencontre avec des personnes de tous horizons, elle parviendra petit à petit à s’ouvrir au monde et s’éveiller à l’art de l’empathie.

Une toile vierge qui ne demande qu’à être peinte

"Violet Evergarden, poupée de souvenir automatique à votre service" / ©Kyoto Animation - Netflix 2018

« Violet Evergarden, poupée de souvenir automatique à votre service » / ©Kyoto Animation – Netflix 2018

Ce qui marque chez Violet n’est pas seulement son manque d’expressions et de sentiments humains mais plutôt la grande leçon qu’elle transmet : si vous aviez été conditionné toute votre vie à penser de la mauvaise façon et deviez tout réapprendre, pourriez-vous l’accepter ou même simplement envisager de pouvoir vivre normalement ? Violet doit repartir de zéro, totalement, et reconsidérer tout ce qu’elle a vu et vécu jusqu’à son arrivée chez les poupées de souvenirs automatiques.

Ayant perdu ses deux bras au combat, elle se retrouve en outre avec deux prothèses en argent, faisant d’elle une « machine » autant dans le cœur que dans le corps. En poussant un peu plus loin, cela soulève alors les questions suivantes : une machine peut-elle devenir humaine et, vice-versa, un Homme peut-il être lui-même considéré comme une machine ?

Le problème de notre héroïne est alors autant de revoir sa propre condition d’« instrument de guerre » que d’arriver à mettre des mots sur des émotions qui ont toujours existé en elle.

Amour et art d’exprimer ses sentiments

"Ne deviens pas un outil, deviens ce que représente ton prénom" / © Kyoto Animation - Netflix

« Ne deviens pas un outil, deviens ce que représente ton prénom » / © Kyoto Animation – Netflix

L’Amour est un thème plus que récurrent dans la littérature ou le septième art, et les héros dénués d’émotions qui finissent par le trouver ne manquent pas. Pourtant, l’espoir de voir notre héroïne s’éveiller à ce sentiment fleurit délicatement en nous à mesure que l’on enchaîne les épisodes. Violet est une fleur qui prend le temps de s’épanouir pour éclore totalement à la découverte de l’Amour : autant de poésie dans le scénario que dans l’image même du personnage. Si l’on en croit le langage des fleurs, le prénom Violet n’a d’ailleurs certainement pas été choisi au hasard : outre l’image de délicatesse et d’innocence, la fleur est le symbole d’un amour timide, et l’un des sens qui lui est attribué reste celui d’une confession qui met du temps à atteindre l’être aimé.

Mais l’Amour n’est pas la seule thématique abordée, l’anime s’intéresse également  à l’art de transmettre ses sentiments. Il est en effet bien connu désormais que les japonais ne s’expriment pas de la même manière que les occidentaux. Beaucoup passe par des jeux complexes de codes et de signaux, ce qui n’est pas toujours simple même pour les natifs. Si bien que les poupées de souvenirs automatiques se présentent ici comme de véritables traducteurs d’émotions, comme s’il s’agissait d’une science que tout le monde ne comprend pas forcément. Et l’importance du choix des mots pèse lourd dans la balance.

Mais Violet ne saisit pas cette nuance. Tranchant dans le vif, pour elle les choses sont comme elles sont dites. Pas de faux semblants, ni aucune vérité autre que ce qu’elle perçoit comme étant un message brut. Grâce à son nouveau travail de poupée, elle apprendra alors que les gens ne disent pas toujours les choses comme elles sont, que ce soit pour se préserver eux-mêmes ou préserver les autres, et que c’est peut-être mieux comme ça.

Traducteur de sentiments : un nouveau métier d’avenir ?

Violet : Soldat en proie au deuil et aux horreurs du passé

Si vous pensez à ce stade que Violet Evergarden n’est qu’une belle et simple histoire d’amour et d’amitié, détrompez-vous. L’histoire pointe aussi du doigt un aspect de la vie difficile à affronter : le deuil d’un être cher. En effet la perte est bien difficile à exprimer, comme le livre (et le film) Mémoire d’une Geisha en fait état lui-même :

Humaine, machine, ou bien monstre? / © Kyoto animation - Netflix

Humaine, machine, ou bien monstre? / © Kyoto animation – Netflix

[…] On ne peut pas dire la perte, on ne peut que la ressentir.

Malgré l’espoir continu de le revoir apparaître à un moment ou à un autre, Violet passe par toutes les étapes du deuil : déni, colère ou encore culpabilité ne font qu’enrichir et approfondir d’avantage le personnage, le rendant toujours plus humain.

Et si encore le deuil avait été tout ce qu’elle avait à affronter. En tant qu’ancien soldat, Violet fait également face à la culpabilité de ses propres crimes. Ses cauchemars sont hantés par le dégoût du Major à son égard, suivi par une totale remise en question de sa propre existence. Rien de plus logique quand on a tué aveuglément durant des années.

Par le biais de ces épreuves, le spectateur éprouve d’autant plus d’empathie pour le personnage et espère plus encore que cette mort ne soit qu’une illusion, un tour de passe-passe de l’auteur pour piéger son public et finir le tout en Happy Ending.

Beauté et poésie sur tous les plans

Violet Evergarden © Kyoto Animation - Netflix

Violet Evergarden © Kyoto Animation – Netflix

Un bon scénario c’est déjà beaucoup, mais qu’en est-il de la forme ? Une bonne partie du public accorde en effet une grande importance à la réalisation et à l’ambiance générale qui en découle… Et Violet s’en sort remarquablement bien aussi à ce niveau-là. Les graphismes sont superbes que ce soit grâce aux décors travaillés dans le moindre détail, à un jeu de lumière étonnant, ou à la qualité du dessin en général. On ne doute pas que la conception d’une série d’une telle qualité a dû demander un travail des plus minutieux.

Autre gros point positif de la série : sa bande-son, aux notes tantôt mélancoliques tantôt gracieuses. Bien entendu, un des meilleurs moyens de faire ressentir au spectateur les émotions qui traversent les personnages reste encore le fond sonore, c’est un classique de la réalisation. Mais dans le cas de cet anime dont le thème principal est justement la transmission des sentiments elle-même, la musique se devait d’être à la hauteur. Et c’est un très beau travail que signent Evan Call et Shigeru SAITO, dont l’OST « VIOLET EVERGARDEN : Automemories » est disponible depuis mars de cette année.

Enfin si vous comprenez le japonais, vous ne passerez sûrement pas à côté du niveau de langue utilisé par Violet : le Keigo, système de politesse complexe et cause de nombreux tourments pour les japonisants. Bien sûr, son usage n’est ici pas qu’une simple formalité. Il existe une dimension très solennelle entre Violet et les personnes qui l’entourent, et cette forme de langage est peut être aussi un moyen pour elle garder une certaine distance avec autrui. Il sera toutefois difficile d’apprécier toutes les subtilités qui se cachent derrière l’utilisation de ce langage avec les seuls sous-titres, qui ne permettent pas d’en traduire toutes les nuances aussi bien qu’on pourrait l’espérer. Et ce pour la bonne raison que c’est quelque chose qui n’existe tout simplement pas dans notre propre langue. Qu’à cela ne tienne, cela n’empêchera en rien d’apprécier l’œuvre et son personnage principal.

 

Il est remarquable de voir la force qu’il aura fallut à Violet pour continuer à avancer et se battre, alors même qu’elle a perdu tous ses repères. Deuil, stress post-traumatique… elle est une image de force et de détermination hors du commun, le tout dans un corps de poupée fragile. Une série d’animation aussi émouvante que profonde, sans réserve c’est un grand OUI !

Et pour ceux qui n’en ont décidément pas eu assez, sachez que Netflix a mis en ligne le 03 octobre dernier l’épisode spécial compris dans le 4e coffret Bluray. Maigre consolation toutefois pour les fans qui espèrent voir « un certain espoir » se concrétiser puisque celui-ci prend place entre les épisodes 4 et 5. Mais un joli cadeau pour patienter en attendant le film d’animation prévu pour Janvier 2020, et dont on sait encore bien peu de choses.

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