Persona 3 : rencontre avec Shûji SOGABE, un autodidacte entre manga, musique et jeu vidéo

Alors que la série de 11 volumes s’est terminée au Japon le 27 février 2017, les rayons français accueilleront le tome 5 du manga Persona 3 de Shûji SOGABE demain, le 5 septembre. Présent durant le 20e anniversaire de Japan Expo, Journal du Japon a eu l’occasion de rencontrer ce mangaka touche-à-tout et d’échanger avec lui sur sa carrière et ses projets.

Persona 3 - Shuji Sogabe - Mana Books ® 2019

Persona 3 – Shuji Sogabe – Mana Books ® 2019

Persona, une licence qui a secoué le monde du jeu vidéo

Connu également sous le nom de Shin Megami Tensei : Persona, Persona est une série de jeux de rôle dont le premier épisode, Revelations : Persona, est sorti en 1996 au Japon et en Amérique du Nord sur PlayStation et développé par Atlus. Il sortira trois ans plus tard sur Windows et sera par la suite adapté sur PSP en 2009 pour le Japon et l’Amérique du Nord, et en 2010 pour l’Europe.

Centré le plus souvent sur un groupe de lycéens ayant des capacités extraordinaires, la série Persona plonge le joueur dans un univers fantasy dans lequel il doit combattre des démons et des ombres à l’aide du Persona, la manifestation de la psyché d’une personne, représentent un allié de poids lors des combats en permettant notamment d’attaquer, de défendre ou de soigner.

Le dernier épisode de la série, Persona 5, est sorti au Japon en 2016 et en Europe en 2017. La série compte également des spin-offs, dont Persona Dancing Endless Night que nous vous avions présenté en début d’année.

Shûji SOGABE, un mangaka touche-à-tout

Journal du Japon : Bonjour, merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Vous avez un passif dans le jeu vidéo, alors comment s’est passée la transition de la création d’un jeu vidéo à la création d’un manga ? 

Shûji Sogabe : Ça s’est fait très simplement. À l’époque où je travaillais dans le jeu vidéo, je dessinais des fanzines dans lesquels je représentais des personnages de la série Persona. Je présentais ces fanzines au Comic Market de Tokyo et c’est le rédacteur en chef de Dengeki Maoh, dans lequel le manga a été prépublié, qui m’a proposé de faire un manga sur les personnages de Persona 3.

Pourquoi cet intérêt spécifique pour Persona 3 ?

Je connais la licence Persona depuis la fin des années collèges, que j’ai découvert d’abord avec le premier puis le second épisode. Et c’était pour moi une découverte au niveau du design des personnages. C’était assez particulier à l’époque : ce genre de design ne se faisait pas. Le scénario se déroulait dans le milieu scolaire en plus et c’est quelque chose qui m’a beaucoup fait réfléchir sur la façon de dessiner des personnages et ça a eu une grande influence sur la suite de ma carrière.

Lorsqu’on lit Persona 3, on remarque que certaines d’action sont très dynamiques et pourraient s’inspirer du jeu lui même, mais vous faites l’effort d’éviter le simple copier coller du jeu. Est-ce que le fait de passer d’un média “vivant” à un média “stoïque” n’a pas été trop compliqué et, en dehors du scénario lui même,  qu’est-ce que vous avez voulu conserver du jeu original ?

Ce sont effectivement deux médias totalement différents et il aurait été impossible de retranscrire complètement le jeu vidéo en manga. Il faut savoir qu’à sa sortie, Persona 3 a fait sensation dans le monde du jeu vidéo avec notamment les capacités spéciales et les personnages qui apparaissent sous forme de graphique dans le jeu, ce qui ne se faisait pas trop jusque-là. Mais également de part son côté humoristique, parodique, ce que je me suis vraiment amusé à reprendre dans le manga avec notamment certains personnages très accès sur l’humour, que j’ai même accentué dans le manga comparé au jeu vidéo.

Persona 3 - Shuji Sogabe - Mana Books ® 2019

Persona 3 – Shuji Sogabe – Mana Books ® 2019

Est-ce que vous continuez à l’heure actuelle de travailler dans le jeu vidéo avec une double carrière ou est-ce que vous souhaitez vous concentrer exclusivement sur le manga ?

En ce moment, je travaille sur une œuvre originale en manga. En parallèle du dessin, j’aimerais bien présenter et donner forme à l’univers du manga de manière plus dynamique, à l’aide par exemple de teaser. Je travaille donc la musique et la vidéo, par exemple, en faisant de nombreux essais pour réellement donner vie à l’univers de cette œuvre originale.

Et côté jeu vidéo, je travaille sur plusieurs projets en même temps qui n’ont pas encore été annoncés officiellement, je ne peux donc pas en dire plus. Cependant, je travaille sur les deux métiers en même temps et cela me convient car je ne travaille pas tout seul, je travaille au sein d’un groupe et il y a plusieurs créateurs qui travaillent avec moi qui comprennent très bien la voie dans laquelle je souhaite aller. Le fait de travailler tous ensemble permet réellement de soulager la charge de travail.

Vous avez abordé un projet personnel dans le manga. Est-ce que vous pourriez en parler davantage ?

Ce n’est pas totalement secret car je l’ai déjà abordé dans certains fanzines pour lesquels je travaille de temps en temps. Je peux notamment vous dire que l’héroïne sera une petite fille avec des oreilles de chat qui sera à moitié humaine et à moitié chat et qui vivra dans les deux mondes. C’est quelque chose d’assez original.

Est-ce qu’il y aurait une référence au film des studios Ghibli Le Royaume des Chats ?

Il n’y a pas vraiment de lien avec le travail de Hayao MIYAZAKI, mais par contre plus une inspiration du film d’animation de Disney Zootopia. L’univers sera plus proche de celui de Zootopia que de celui des Ghibli. Un peu comme Judy Hopps, l’héroïne de cette œuvre originale sera une flic.

Vous avez vos projets dans le jeu vidéo, dans le manga. Comment vous vous projetez dans le futur ? Comment voyez-vous votre carrière évoluer ?

A très long terme, c’est difficile de se projeter car je suis beaucoup dans le présent avec tous mes projets en parallèle. Mais il faut savoir qu’après le lycée pendant 1 an j’ai étudié dans une école d’animation et je souhaitais devenir réalisateur dans le milieu de l’animation. Ce qui ne s’est pas fait, j’ai donc commencé à travailler dans le milieu de l’illustration puis dans celui du jeu vidéo.
Récemment je me suis mis à la musique, comme je vous l’ai dit, pour mes œuvres originales. Je fais également un peu d’animation pour présenter ces œuvres.

Et par exemple, il n’y a pas longtemps j’ai un ami qui m’a proposé d’être producteur pour un projet dans lequel des acteurs de doublage de dessins animés se retrouvent sur scène pour s’affronter à coup de dialogues interposés sans jeu physique, uniquement avec du dialogue.

J’ai essayé beaucoup de choses différentes et si on me propose des nouveaux projets, je ne les refuse rarement. Donc actuellement c’est plus dans ce sens-là que je souhaite emmener ma carrière.

Vous vous renseignez beaucoup dans le cadre de votre projet personnel, vous cherchez à toucher beaucoup de disciplines différentes comme la musique ou la vidéo. Vous nous avez parlé de Zootopia, mais d’un point de vue musical comment travaillez-vous ?

Mon père était un musicien amateur et lorsque j’étais petit, j’ai eu l’occasion d’essayer ses logiciels de MAO (musique assistée par ordinateur) mais je n’ai jamais appris la musique, je ne sais donc pas en composer.

Mais cette expérience que j’ai eu enfant m’a beaucoup servi par la suite. Par exemple lorsque je discute avec des amis musiciens, on arrive à très bien se comprendre.

Entre 2018 et 2019, j’ai travaillé sur un jeu vidéo destiné à un public féminin mettant en scène une histoire d’amour et qui a été adapté en pièce de théâtre il y a peu. Et j’ai eu l’occasion de travailler en tant que producteur sur les effets sonores pour la pièce de théâtre ainsi que sur le thème principal. Cette expérience m’a permis de rencontrer des compositeurs, des musiciens qui m’ont ouvert de nouvelles perspectives que j’aimerais suivre.

Au final, pas mal de mon staff trouve que je dessine un peu lentement, ils me demandent donc de ne pas me charger du dessin mais du reste du travail.

Bon courage à vous alors, et encore merci à vous pour cette interview !

Le tome 5 sort le 5 septembre prochain et nous espérons pouvoir découvrir l’œuvre originale dont nous avons parlé très prochainement !

Remerciements à Shûji Sogabe pour le temps qu’il nous a accordé ainsi qu’à notre interprète et au staff de Mana Books pour la mise en place de l’interview.

Juliet Faure

Tombée dans la culture japonaise avec le célèbre "Princesse Mononoké" de Miyazaki, je n'ai depuis jamais cessé de m'intéresser à ce pays. Rédactrice chez Journal du Japon depuis 2017 et Responsable de la section Jeux Vidéo depuis peu, je suis devenue la yakuza de l'équipe. Plutôt orientée RPG et Seinen, je cherche à aiguiser de nouvelles connaissances aussi bien journalistiques que nippones.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *