Mahô Éditions : du light novel au manga de création, une rencontre… magique !

A un mois pile du lancement d’une nouvelle aventure éditoriale, Journal du Japon vous présente Mahô Éditions, une maison d’édition née d’une collaboration entre deux passionnés de mangas : Aurélien MARTINEZ et Jérémy TOUZET. Nous les avons rencontrés afin d’en savoir un peu plus sur la construction de ce projet, et nous avons aussi pu échanger également avec l’auteur de leur première publication, Sylvain FERRIEU, scénariste du light novel original qui nous emmène dans l’univers de la légende du Roi Arthur : Les enfants de Gorre.

 

Mahô Éditions : une passion et des rencontres…

Bonjour Messieurs et merci de nous accorder un peu de votre temps…

Aurélien & Jeremy : Merci à vous pour cette interview.

Pour commencer pouvez-vous nous parler de votre parcours avant la création de Mahô Éditions ?

Aurélien MARTINEZ et Jérémy TOUZET

Aurélien MARTINEZ et Jérémy TOUZET – Photo : Jeanne MOUGENOT

Aurélien : Je vais être cliché, mais monter une maison d’édition, c’était en quelque sorte mon rêve. Et quand je dis « rêve », je veux dire au sens irréalisable / impossible. À l’origine, pour moi, le manga et la lecture étaient plus une passion. J’ai fait des études de Droit, spécialisées en Droit public. J’ai même exercé quelques temps en tant qu’assistant dans un tribunal administratif… Et puis un jour, j’en ai eu assez. J’ai décidé de vivre ma vie comme je le voulais et je me suis mis en tête de réaliser ce rêve. J’ai repris des études dans un Master Métiers du livre et j’ai pu rentrer chez Kana Home Video/ADN. C’est là que j’ai rencontré Jeremy… 

Jeremy : Comme pour Aurélien, je suis passionné de manga depuis de nombreuses années. Au fil des années, cette passion est devenue tellement forte que j’ai souhaité apporter quelque chose à cet univers. C’est ainsi qu’est née l’idée de créer une maison d’édition. J’ai donc fait des études en école de commerce, dans un master Entrepreneurial afin d’acquérir les compétences nécessaires à la création d’un tel projet. Je n’ai jamais eu cependant la prétention de pouvoir y arriver seul et la recherche d’un associé était, à mon sens, primordial dans cette aventure. C’est donc en travaillant chez Kana Home Video que j’ai eu la chance de rencontrer Aurélien, qui partageait les mêmes valeurs que les miennes et qui était prêt à se lancer dans ce rêve avec moi.

 

Comment est née votre passion pour les mangas ? Quelles sont les œuvres qui vous ont marqués ?

Aurélien : Il remonte à loin pour ma part : à une époque où je ne faisais pas encore la différence entre les animés (Yu-Gi-Oh, Shaman King, Pokemon, Digimon) et les dessins animés américains (eh oui ! Ils étaient tous en français !). J’ai donc pu mettre un nom sur ce que je regardais et lisais au collège avec Naruto, puis au lycée avec d’autres moins connus… Et là, plus de retour en arrière possible. En tant que grand fan de SF, les œuvres qui m’ont le plus marqué sont Space Battleship Yamato, Les Héros de la Galaxie, Ghost in the Shell et Psycho-Pass.

Jeremy : J’étais encore très jeune quand je me suis vraiment intéressé aux mangas. C’est par un complet hasard que je tombais sur un épisode de Naruto, avec un héros qui avait presque mon âge, et qui menait sa vie dans un seul objectif : réaliser son rêve. Je suis tombé sous le charme. Je me suis alors intéressé à d’autres œuvres, et je m’enfonçais petit à petit dans ce nouvel univers, captivant et si riche en contenu. J’ai grandi avec cette passion et elle a permis de faire la personne que je suis aujourd’hui. Les œuvres qui m’ont particulièrement marqué sont Naruto, One Piece, Death Note et Code Geass.

 

Devenir éditeur et qui plus est éditeur de manga… Comment est né Mahô édition ?

Aurélien : Évidemment, Mahô Éditions ne s’est pas créé en un jour et sur un coup de tête. C’est le fruit de beaucoup de travail et c’est aussi une alchimie qui s’est faite avec Jeremy. On a des compétences complémentaires déjà, mais aussi on arrive à se tirer vers le haut mutuellement. Quant au reste, c’est beaucoup d’expérimentation et de préparation. On a pris une bonne année et demie pour préparer le lancement, s’assurer des fonds, etc.

Jeremy :  C’est la fusion de deux idées : Aurélien voulait faire du Light Novel, moi je voulais faire du Manga de création. Ça a donné Mahô Éditions. La préparation fut très longue et on a décidé de prendre notre temps afin de faire face à toutes les éventualités. On s’est rencontrés en janvier 2019 et depuis, on a beaucoup appris grâce à Mahô Éditions et on est fiers de vous montrer tout ce travail aujourd’hui.

Les enfants de Gorre

Les enfants de Gorre, le light novel est le premier titre de Mahô Editions

Quel en est la ligne éditoriale, et comment voulez-vous vous démarquer dans un paysage français déjà très riche en éditeurs ?

Aurélien : Notre ligne éditoriale est plutôt libre. En soit, proposer des créations originales et faire du Light Novel s’apparente déjà à une ligne éditoriale. Ce sont deux aspects encore jeunes sur le marché du manga et du livre jeunesse et nous ne pouvons pas nous permettre de ne faire qu’un genre particulier. A mon sens, c’est déjà une démarcation et une prise de position forte vis-à-vis du reste des éditeurs. 

Jeremy : Nous voudrions également proposer des collections plus personnalisées, qui ne se réfèrent pas forcement à un thème ou à un genre en particulier. Nous avons beaucoup d’idées et de projets que nous souhaitons développer autour de ce concept, mais elles prendront place si l’opportunité se présente et avec un objectif précis en tête.

 

Vous avez choisi le nom japonais Mahô qui signifie magie, est-ce votre thème de prédilection et sera-t-il la ligne directrice des prochaines éditions ?

Aurélien : « Mahô » veut en effet dire Magie, mais on ne se spécialise pas en fantastique, héroïque fantaisie ou SF. Certes, ce sont des thèmes que l’on adore, mais ce n’est pas ce que nous recherchons. En réalité, on a choisi ce nom car nous nous sommes  toujours dit que les livres nous faisaient rêver, nous faisait voyager. En somme, que les livres mettaient de la magie dans nos vies. C’est ce qu’est Mahô. 

Jeremy : Je n’ai pas grand-chose à ajouter. Mahô est en effet plus une consécration de ce que représente les livres et plus particulièrement les Mangas et les Light Novels pour nous. De la magie, qui nous a fait grandir, qui nous a appris, et qui nous permet d’être ici aujourd’hui.

 

Par la suite, souhaitez-vous mettre en avant uniquement des œuvres issues de mélanges culturels alias du Global Manga comme on le nomme souvent ?

Aurélien : En réalité, on ne fait pas cette distinction entre manga japonais et global manga car après tout, à qualité égale, on ne ferait pas cette distinction. Preuve en est de Radiant. Pour nous, tout ce qui importe, c’est que le titre soit bon. Il peut être japonais, français, coréen, taïwanais… Bref, partout dans le monde ! 

Jeremy : En fait, on résonne davantage en termes de création originale et de cession de droit. Par création originale, je veux dire des œuvres qui nécessitent un suivi éditorial. On va accompagner l’auteur du début jusqu’à la publication de son œuvre (exactement comme un éditeur japonais). A l’inverse, les cessions de droit sont les autres cas : ce sont les œuvres qu’on achète fini et qui sont issues d’autres pays que la France. Cela peut donc être des œuvres japonaises, mais également coréenne, taiwanaise, etc.

 

En effet, qui dit création originale dit vente de droits : L’équipe de Mahô Éditions, a-t-elle comme ambition de faire connaître ses futures œuvres étrangères à l’international, en Europe et au Japon ?

Aurélien : On le souhaite ! Voir Les Enfants de Gorre au Japon serait une formidable réussite. Je sais que Sylvain adorerait également voir le livre traduit dans la langue de Shakespeare. Ce serait une forme de consécration. 

Jeremy : Je pense que c’est le rêve de tout éditeur et auteur de voir son œuvre avoir un succès international. On aimerait beaucoup et on va tout faire pour que Les Enfants de Gorre ait cette chance !

Justement passons à ce premier titre…

 

Les Enfants de Gorre : le début de l’aventure au pays d’Arthur

Résumé officiel : Wilfrid, fils ainé du seigneur forestier de Gorre, revient dans son château natal après des années à parfaire sa formation de chevalier. Il y retrouve ses frères, ses sœurs et un père mourant. Il va ainsi devoir prouver sa valeur et montrer qu’il est digne de gouverner les terres de son père.

Mais, une nouvelle ère approche et la fin du règne d’Uther Pendragon risque de plonger le royaume dans la tourmente…

Comment avez-vous découvert Les enfants de Gorre et de quoi parle -t-il ?

Aurélien : En fait, j’ai rencontré Sylvain de manière un peu détourné. Sylvain est professeur dans plusieurs universités et il se trouve que je suivais ses cours. C’est également un grand fan de peinture de figurines ce qui nous a permis de sympathiser. Puis, par le plus heureux des hasards, il a voulu que je jette un œil sur son manuscrit… Une sombre histoire qui prenait place au pays du roi Arthur. Les Enfants de Gorre était né.

Jeremy : Quand j’ai rencontré Aurélien, l’histoire de Sylvain lui avait déjà tapé dans l’œil. Il me l’a tout de suite présenté et j’ai adoré. C’est à ce moment qu’on s’est dit qu’on allait l’éditer et que ce serait notre premier titre. L’histoire nous a beaucoup plu car elle raconte la relation entre trois frères avec trois points de vue différents. Ce qui est intéressant, c’est que leur aventure prend place dans la légende arthurienne et qu’ils vont choisir leur chemin, leur camp, et même leur roi… Mais, je n’en dis pas plus !

Passons la parole à l’auteur,  Sylvain FERRIEU  : pouvez-vous nous raconter votre parcours et votre collaboration avec NAVIGAVI, comment s’est construite l’œuvre ?

Sylvain : En ce qui concerne la collaboration avec Navigavi, je dois prendre cette question avec une grande humilité, car je ne suis pas pour grand-chose dans cette rencontre. Aurélien et Jérémy sont ceux qui connaissent l’univers des mangas et ce que j’ai essayé d’apporter de mon côté, c’est la part « roman courtois » de cette histoire. J’ai rencontré Aurélien en donnant des cours de droit à l’université, et le courant passant plutôt bien, nous avons échangé sur nos projets respectifs. Quand il a lu mes premiers chapitres, il les a trouvés à son goût et m’a dit qu’il connaissait exactement le genre d’illustrateur qui pourrait « enluminer » mon récit. Évoluant dans le domaine de la SF-Fantasy française, je n’avais pas envisagé la connexion qu’on pouvait réaliser entre cette littérature et le mode d’illustration qu’est le manga, beaucoup plus moderne. En me montrant le travail de Navigavi, il m’a convaincu de tenter cette aventure, et voilà ! La bonne idée, ce sont ces deux-là qui l’ont eue, pas moi. 

Les enfants de Gorre

Combien de volumes avez-vous prévus pour cette œuvre et quelle est la suite pour vous ?

Sylvain : Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on a du travail. Au départ, je prévoyais un déploiement en 5 volumes, mais quand on s’est rendu compte qu’on dépassait les 500 pages pour seulement égratigner l’histoire, on peut considérer qu’il y assez à raconter pour en faire pas loin de 7. Après tout dépendra du succès et de mon éditeur ! Je suis actuellement en train de travailler sur le tome 2 et j’approche déjà de la centaine de pages. Mais, l’autre question sera de déterminer le calendrier de sortie car je ne fais pas partie des professionnels qui écrivent à temps plein, même si l’objectif serait d’y parvenir. Mais je peux dire que Wilfrid, Gunnolf et Fanegan ont semé dans le premier tome les graines de nouvelles aventures qui ne vont pas tarder à les emmener dans de nouveaux recoins de la Bretagne, leur faire rencontrer de nouveaux personnages mythiques, et les embarquer de plain-pied dans la légende du roi Arthur !

 

Avec Les enfants de Gorre quelle cible visez-vous ? Est-ce que les prochains titres viseront la même cible ?

Aurélien : Les Enfants de Gorre est ce qu’on appelle de la « Dark Fantasy ». C’est une histoire sombre qui se passe à une époque pleine de conflits. Et Sylvain a essayé d’être le plus fidèle à cela. À mon sens, on vise donc un lecteur qui aime le fantastique un peu dur à la manière d’un Berserk sans qu’on tombe dans le gore (ironique au pays de Gorre !).  

Jeremy : Cette année, on a prévu la publication de 4 titres et évidemment, ce ne sera pas 4 titres identiques (NDLR : si le succès des Enfants de Gorre est au rendez-vous, l’éditeur a annoncé un tome par an). On va avoir de la science-fiction, du super-héros (des Mangas de création) et de la romance (de la cession de droit). Mais bon, on compte bien publier d’autres titres fantastiques si l’opportunité se présente. (NDLR : les mangas de créations sont pour l’instant prévus pour l’automne).

Enfants de gorre

Pour finir comment appréhendez-vous la sortie du premier Light Novel, notamment dans cette période difficile ?

Aurélien : Sortir le livre à cette période de Covid-19 a été un choix difficile. On y a beaucoup réfléchi et finalement on a compris qu’il n’y aurait pas de meilleurs (voire même d’autres) moments en 2020 pour s’annoncer et sortir le livre. On prie très fort pour que les librairies arrivent à s’en sortir dans ce bazar qu’est l’année 2020. Également, et c’est un vœu un peu plus égoïste, je prie très fort pour que Les Enfants de Gorre sorte du lot dans la montagne de nouveautés des offices à venir… 

Jeremy : On croit beaucoup en les Enfants de Gorre, étant donné qu’on a travaillé dessus et qu’on l’adore. On espère que les lecteurs seront du même avis que nous et qu’en cette période difficile ils soutiendront les libraires et une maison d’édition naissante. (On vous a prévu beaucoup de choses pour la suite, alors restez à l’écoute ! 😊

Merci encore d’avoir pris le temps de nous répondre !

On souhaite le meilleur lancement possible à Mahô éditions dans cette période difficile pour le secteur du livre. En espérant que le succès soit au rendez-vous ! En attendant la sortie du light novel : Les enfants de Gorre, le 26 juin prochain…Vous pouvez découvrir et échanger dès à présent avec Mahô Éditions sur Twitter, Facebook, Instagram et via leur site internet !

Remerciements à Aurélien MARTINEZ, Jérémy TOUZET et Sylvain FERRIEU pour leurs réponses et leur disponibilité.

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