Gloires passées et avenir de trois franchises de J-RPG cultes : Conférence NIS America

Nippon Ichi Software (ou NIS pour les intimes) est un nom bien connu chez les aficionados de jeux de rôles japonais. A l’origine un studio de développement, celui-ci a fondé sa notoriété durant l’ère PS2 et PSP sur quelques licences phares qui parleront certainement à une petite communauté d’initiés. Ils continuent aujourd’hui de développer leurs licences, mais se chargent également depuis 2005 d’éditer à l’étranger des jeux d’éditeurs japonais tiers via la branche NIS America. Le studio est spécialisé dans les jeux principalement dits « de niche ». Entre J-RPG obscurs, Visual Novels mystérieux et jeux au style animé typiquement japonais et ne faisant pas toujours l’unanimité, le studio vise un public restreint mais fidèle. Voici un échantillon de leur planning de sorties pour fin 2020 et début 2021, qui nous a été présenté en détail lors de la NIS America Conference à laquelle nous avons été conviés.

Disgaea c’est satanique comme le rock

Tactique, frayeur et grind

Disgaea est une franchise qui a marqué son temps lors de son arrivée sur PS2 en 2003. C’était un tactical RPG pas comme les autres, à l’ambiance beaucoup plus détendue que les autres canons du genre. On remarque également une tendance très prononcée au grind, entraînement intensif dans le but d’améliorer les statistiques des personnages de son équipe et pour pouvoir atteindre des sommets de dégâts inimaginables à base de suites de 9 toujours plus grandes. La base du système de combat des jeux Disgaea est semblable aux échecs. Le joueur doit déplacer les personnages sur une carte divisée en damier pour vaincre tous les adversaires présents ou remplir l’objectif de mission. Les unités peuvent effectuer diverses actions classiques (attaque normale, spéciale, défense …) et d’autres plus fantaisistes comme la capacité de porter ses alliés jusqu’à parfois former de véritables tours. Deux alliés placés côte à côte auront également la possibilité de soutenir l’attaque de l’autre. La franchise a ensuite continué sur de nouveaux opus et de nombreuses rééditions toujours plus « complètes » à chaque sortie. Pour les 5 jeux principaux de la série, sans prendre en compte les sorties mobiles et les spin-off, on dénombre environ 14 éditions et rééditions des jeux sur PC, consoles portables et de salon.

Disgaea

©NIS America

Chaque réelle nouvelle itération de la saga est alors un jour de fête pour les fans, c’était le cas pour l’annonce de Disgaea 6 : Defiance of Destiny, prévue exclusivement sur Switch pour l’été 2021. Qui dit nouvel opus, dit nouveaux héros. Cette fois-ci, nous suivons un duo frère-sœur nommés respectivement Zed et Bieko, deux zombies de l’underworld, territoire iconique de la franchise. Comme les précédents épisodes, Disgaea 6 n’a pas l’air de révolutionner la saga. NIS s’accroche à son noyau de fans hardcore et persiste dans sa formule de tactical rpg à damier tout en ajoutant quelques nouveautés de gameplay comme l’Ultra reincarnation qui tire parti de l’immortalité zombifique de Zed et permet de continuer le combat même en cas de décès. Techniquement, il est aussi le premier de la franchise à adopter les sprites en 3D. Un peu en retard en 2020 me direz-vous, mais Disgaea n’a jamais misé sur l’actualité de ses graphismes, préférant des sprites 2D bien travaillés à une 3D loupée. Enfin, notez qu’il n’est pas nécessaire d’avoir joué aux épisodes précédents pour attaquer ce nouvel opus. À part quelques rares références aux épisodes précédents, les histoires sont totalement indépendantes les unes des autres et des modes sont disponibles pour faciliter la prise en main, parfois difficile, aux nouveaux arrivants. Si vous voulez vraiment tout faire depuis le début pour ne rien manquer, nous vous recommandons de vous pencher sur la version complète de Disgaea 1 sur PC et de continuer ainsi jusqu’au numéro six.

Prinny

©NIS America

Et en bonus : Dood !

Et ce n’est pas tout ! Les Prinny, iconiques mascottes de la saga, auront également le droit à leur sortie. Prinny 1 & 2 : Exploded and Reloaded, sort sur Nintendo Switch dès le 16 Octobre. C’est ici une compilation de deux jeux sortis initialement sur PSP en 2008 et 2010. Loin du tactical rpg, Prinny : Can I Really Be the Hero ? et Prinny 2 : Dawn of Operation Panties, Dood ! sont des platformer très durs, au scénario improbable imposant au joueur une limite de 1000 vies. C’est beaucoup ? Peut-être, mais pas tant que vous le pensez. Les 2 jeux seront vendus ensemble dans une édition physique limitée puis séparément sur le Nintendo e-shop.

Ys, ils ont des chapeaux ronds

Série Ys.torique

©Falcom ©Xseed Games

Toujours édité par NIS America mais développé par Falcom, Ys n’est pas une série qui date d’hier. Son premier épisode remonte à 1987, c’est-à-dire qu’elle serait aujourd’hui en âge d’être propriétaire d’une voiture et deux deux très beaux enfants. Cette série s’inscrit dès ses débuts dans le genre de l’action RPG : Adol, héros aux cheveux pourpres présent dans chaque opus, doit pourfendre en temps réel ses ennemis pour avancer dans ses aventures. Une saga si ancienne a forcément connu des évolutions majeures jusqu’à aujourd’hui. Ys, encore plus que Disgaea, est habitué aux remakes/portages, dans lesquels les développeurs modernisent les anciens épisodes. Ys I et II sont par exemple tout à fait jouables aujourd’hui dans leur version Chronicles +, disponible sur Steam bien que datant respectivement de 1987 et 1988. C’est à partir du sixième épisode, Ys : the Ark of Napishtim, que la série prend le virage de la 3D et abandonne sa 2D isométrique habituelle. Cette 3D sera elle-même soumise à des changements, passant de petits sprites en mode chibi (toujours très 2D isométrique dans l’esprit) à des sprites en taille réelle à partir de l’épisode 7, plus fidèles au character design d’origine.  Les évolutions ne sont pas seulement techniques, le gameplay varie selon les épisodes mais reste dans tous les cas rapide, nerveux et parfois assez exigeant. Il n’y a pas de coupures entre l’exploration et les combats, les ennemis sont présents et attaquent directement sur la map Remakes et portages obligent, il est difficile de se repérer dans la franchise. Il serait cependant trop long de détailler ici quand se passent quels épisodes (la série ne suivant pas un ordre chronologique) et quels épisodes sont des remakes ou refontes d’autres. Chaque itération, surtout les plus récentes, fonctionne quasiment indépendamment les unes des autres (exception pour Ys I et II qui sont un diptyque) et peuvent donc faire office de porte d’entrée pour les nouveaux joueurs. Vous louperez alors seulement quelques références aux épisodes précédents mais rien de crucial dans l’histoire du jeu.

Ys se passe quoi

Ys est une saga de medieval fantasy s’inspirant énormément des légendes et des territoires européens et alentours. Les deux premiers jeux ont même lieu en France, et plus précisément en Bretagne, si on l’on se réfère à la présence non négligeable du Triskel, emblème bien connu de la région. Mais Adol ne reste jamais longtemps au même endroit et le joueur l’accompagne alors aux quatre coins de l’Eresia et de l’Afroca. Ses aventures sont synonymes de combats, d’énigmes et de légendes anciennes et se terminent souvent en bataille contre un mal ancestral. Les Ys peuvent être comparés aux The Legend of Zelda, dans leur rythme de jeu et la construction de leur récit, bien que Ys ait un côté RPG (montée de niveau, statistiques, ressources à collecter) plus prononcé. Comparaison qui tient encore plus la route quand on sait que les protagonistes de ces sagas sont tous les deux muets ! Une autre force de Ys réside dans ses bandes originales sublimes, allant de morceaux d’ambiance mystique à des compositions de rock symphonique au moins du même niveau que le meilleur de Castlevania. De grands noms de la musique de jeux-vidéo ont travaillé dessus comme Yuzo KOSHIRO sur les premier volets.

Ys

©Falcom ©NIS America

Et c’est donc le 9ème épisode de la série, Ys IX : Monstrum Nox, que nous avons pu découvrir durant cette conférence. Le jeu est prévu pour arriver chez nous le 5 février 2021 sur PS4 puis plus tard sur Switch. Il aura le droit, tout comme l’épisode 8, à une localisation en français (effort assez rare dans les J-RPG pour être souligné). Ce chapitre des aventures d’Adol se déroule dans une cité prison sur le territoire de l’empire Ruman. Notre héros y fera la rencontre de différents personnages qui seront eux aussi jouables. Le joueur pourra changer de combattant en plein combat, chacun ayant ses armes prédestinées avec un système de faiblesse ou de résistance en fonction des ennemis, ainsi que des capacités spéciales utiles lors des explorations de donjons ou autres. Contrairement à Ys VIII, premier jeu next-gen de la série, Ys IX est beaucoup plus sombre, l’ambiance gothique et caverneuse collant parfaitement avec le lieu du récit. A première vue, pas de grandes évolutions du côté du gameplay qui reste similaire à ce qui se fait depuis Ys Seven : une attaque de base auto-combo, des attaques spéciales demandant l’utilisation d’une jauge se remplissant après chaque coup porté, une esquive qui fait bullet-time si réalisée avec un bon timing (coucou Bayonetta) et une attaque ultime qui fait très mal. Si vous êtes en quête d’un J-RPG mais sans les lourdeurs du combat au tour par tour, penchez-vous sur Ys IX : Monstrum Nox, vous y trouverez sûrement votre compte quelque part entre le gameplay, les musiques ou l’ambiance unique du jeu.

Trails, ça commence à faire beaucoup là, non ?

Prendre le train en marche

Retour au tour par tour cette fois, pour la présentation d’une franchise avec de l’ambition : The Legend of Heroes : Trails of Cold Steel IV The End of the Saga. Pas rien comme titre. Cette série et Ys ne sont pas totalement étrangères l’une de l’autre : en plus d’avoir été toutes les deux développées par Falcom, elles ont eu le droit à leur épisode crossover sur PSP en 2010. The legend of Heroes est une histoire qui remonte à loin. Elle fait partie de ces séries aujourd’hui autonomes mais nées dans le chaos des spin-off de jeux vidéo japonais. The Legend of Heroes est à la base un jeu sorti en 1989, appartenant à la franchise Dragon Slayer, prolifique dans les années 80-90. Après trois jeux désignés sous le nom de la trilogie de Gagharv, sortis dans les années 90, Falcom décide de repartir à zéro en créant un univers inédit qui restera constant et commun pour tous les jeux estampillés The Legend of Heroes. Cet univers commence avec une nouvelle trilogie du nom de Trails in The Sky. De 2004 à 2007, ces trois jeux vont poser les bases de ce monde et la franchise sera maintenant désignée sous le nom de Trails (ou Kiseki en japonais). Ce sera ensuite au tour d’un diptyque avec l’arc de CrossBell en 2010 et 2011, pour enfin arriver à la tétralogie qui nous intéresse ici : les Trails of Cold Steel de 2013 à 2018 (date de sortie japonaise). Ainsi, alors que nous nous apprêtons à découvrir l’épisode final de cette partie la série chez nous, au Japon, un nouvel opus vient de sortir cette année : Hajimari no Kiseki (ou Trails of the Beginning).

Trails

Les protagonistes des épisodes précédents de retour pour le final ©Falcom ©NIS America

Alors, par où commencer ? La solution optimale serait de commencer par le début des choses avec The Legend of Heroes : Trails in the Sky, et de continuer en suivant l’ordre de sortie des jeux et des différentes sagas (Sky -> Crossbell -> Cold Steel). Les différents jeux de la série ont en effet tendance à beaucoup citer les épisodes précédents, que ce soit dans leur histoire ou dans leurs personnages. Une intrigue globale se tisse au fur et à mesure des opus, il serait donc dommage de louper certains stades de cette dernière. Cependant, se faire cinq jeux d’environ 50h chacun pour ensuite pouvoir apprécier quatre autres jeux tout aussi longs (voire plus) peut être démotivant. Vous pouvez bien sûr sauter des étapes et vous lancer au moins sur le premier épisode de la tétralogie Trails of Cold Steel. Mais opter directement pour le 4ème et dernier opus de la saga comme point d’entrée dans cet univers serait comme commencer One Piece aux alentours du tome 80 sans aucune connaissance préalable.

Tour par tour dynamique et lecture

Les Trails sont des strategy RPG, abrégés en S-RPG. Pour faire simple et créer une distinction avec les tactical rpg ou T-RPG (dont Disgaea cité plus tôt fait partie), les S-RPG offrent des mécaniques de combats et de placements/déplacements accompagnées d’attaques ou de sorts à effet de zone, mais moins prononcées que les T-RPG. Typiquement, lors du tour d’un personnage dans Disgaea, on peut se déplacer comme on le souhaite puis effectuer une action dans le même tour, alors que dans Trails, le déplacement se fera automatiquement lors du choix de la cible à attaquer, ou constituera l’action totale d’un tour. Au-delà de cela, la série propose un système de tour par tour défini par des statistiques de vitesse mais dynamisé. En effet, l’ordre de jeu est affiché sur l’écran sous forme de liste à laquelle vient s’apposer différentes icônes indiquant des bonus qui affecteront le tour désigné. Le joueur peut ensuite optimiser les bonus à son bénéfice en influant sur l’ordre des tours, à l’aide des différentes capacités des personnages qui peuvent par exemple retarder ou accélérer les statistiques de vitesse (et donc l’ordre d’attaque) de la cible. Dans cette optique, un autre élément vient chambouler l’ordre des tours : le S-Craft. Le S-Craft est une attaque ultime propre à chaque personnage qui se charge après chaque coup porté et reçu. Une fois la barre d’attaque chargée, le joueur peut décider d’utiliser son S-Craft durant le tour du personnage ou bien de choisir de le placer de force entre deux tours (réalisant ainsi un S-Break) pour ainsi profiter des bonus. Ce jeu sur l’ordre des tours et les bonus visibles a le mérite de dynamiser une formule de combat classique qui refroidit parfois certains joueurs. Le système de combat a bien sûr évolué au fur et à mesure des épisodes, ajoutant à chaque fois de nouveaux éléments dynamisant encore plus la formule.

En dehors du combat, les Trails sont des séries avec beaucoup (énormément) de dialogues. Un travail remarquable est réalisé au niveau de ceux-ci, avec presque l’entièreté des phrases de PNJ d’une ville qui changent après chaque évènement scénaristique. De plus, chacun a son propre nom, son caractère et parfois même sa storyline impactant les nombreuses quêtes secondaires, souvent scénarisées et cohérentes avec l’univers. C’est colossal, tellement que Trails in the Sky Second Chapter a dû être séparé sur deux disques lors de sa sortie sur PSP (chose rare sur ce support !). Il ne faut donc pas être allergique à la lecture, d’autant plus que les épisodes ne sont disponibles qu’en anglais (ou en japonais évidemment). S’attaquer à Trails, c’est être confiant de son niveau d’anglais, être prêt à avaler des tonnes de dialogues, parfois  peu lourds , pour expérimenter un univers vidéoludique sans équivalent aujourd’hui avec un gameplay bien ficelé.

Le dernier de la liste

The Legend of Heroes : Trails of Cold Steel IV est dans la droite lignée des opus précédents. Aucune révolution décisive depuis le premier épisode de la tétralogie, Falcom se contente d’insérer quelques nouveautés en divers endroits (nouveaux mini-jeux, rééquilibrage) en se confortant dans une formule qui a fait ses preuves par le passé plutôt que faire table rase. Il est important de noter que ce jeu arrive en occident deux ans après sa sortie japonaise. Les jeux de NIS America étant pour la plupart des produits de niche, les traductions prennent du temps (Ys IX sort un an et demi après sa date japonaise) surtout dans le cas des J-RPG très verbeux comme les Trails. Il sera disponible dès le 27 octobre 2020 sur PS4 puis arrivera courant 2021 sur Switch et PC.

Trails

©Falcom ©NIS America

Trois J-RPG qui ont pour point commun, en plus de leur éditeur occidental, de rester sur des bases solides qui ont déjà conquis leur public. Malgré leur réputation dans le milieu du jeu de rôles japonais, leur noms restent obscurs voire inconnus du grand public. C’est regrettable car ces séries représentent à leur manière ce qui se fait de mieux dans leurs genres respectifs. Selon vos envies, n’hésitez donc pas à vous procurer les jeux d’une de ces 3 franchises, dont les derniers épisodes et même les plus anciens sont facilement trouvables dans leur version « finale » sur PC, PS4 ou Switch.

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