Une journée au Japon de Sandrine Thommen : plongée en famille dans les paysages japonais !

C’est un livre très original que nous proposent ce printemps les éditions Picquier : des scènes du Japon en grand format, sans texte, sans histoire… juste le bonheur de se plonger dans des moments du quotidien au marché, au sentô, dans la campagne et ses rizières. Sandrine Thommen a l’art de représenter les moindres petits détails et c’est un bonheur de passer des heures à admirer toutes ces petites choses japonaises qui nous surprennent et qu’on adore lors de nos voyages dans ce pays !

Une journée au Japon en planches colorées

Une journée au Japon de Sandrine Thommen, éditions Picquier : couvertureC’est un livre promenade que le lecteur découvre. Un grand format, des scènes en double-page et des personnages à suivre dans leur quotidien. Ceux qui veulent suivre un personnage pourront chercher et trouver la petite fille au chapeau jaune dans chaque scène. Mais il est également possible de se laisser porter au fil des images par des ambiances, des objets, des animaux ou d’autres personnes croisées en chemin.

Le livre démarre avec le soleil qui se lève sur une petite maison entourée de rizières ; une voiture phares allumés avance… Elle passe sur un de ces hauts ponts que l’on croise souvent au Japon. En-dessous, un homme entouré de ses nombreux chats s’occupe de son potager.

Puis viennent les rues de la ville et leurs boutiques. Les enfants, chapeau jaune sur la tête, vont se promener au bord de la rivière. Le lecteur peut ensuite assister à un combat d’apprentis sumo ou se perdre dans les dédales du marché aux poissons. Il y a le bruit des cigales et les oiseaux qui plongent dans la rivière pour attraper des poissons. Il y a aussi une montagne sacrée et ses beaux torii rouges.

Parfois la pluie se fait diluvienne et on se réfugie dans une boutique de collectionneur où l’on peut admirer plein d’images colorées.

Et après un bon sento, au coucher du soleil, rien de tel qu’un bon repas au restaurant de quartier, une observation de la pêche nocturne au cormoran et un concert de musique pop dans l’enceinte d’un sanctuaire avec feux d’artifice colorés pour finir la journée!

La petite voiture repasse sur le pont et se gare bien sagement à côté de la petite maison… jusqu’au lendemain matin. D’un bonjour à un bonne nuit (en japonais), c’est une belle journée riche en événements que le lecteur a pu passer !

C’est un livre que l’on peut découvrir par petits bouts, se plonger longuement sur une seule planche un jour, à chercher un chien, un oiseau, un balayeur, un distributeur de boissons ou un jizo, à compter les chats, les petits enfants en sortie scolaire ou les gens dans le sento, à s’émerveiller devant cette écriture inconnue et ses beaux kanji, ou à reconnaître les personnages chez le collectionneur (une kokeshi, Hello Kitty, Astro Boy etc.). Qui sait ce qu’on peut découvrir en regardant attentivement…

Une découverte qui ravira petits et grands et comblera les amoureux du Japon !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur. Et découvrez des images de la conception du livre sur le compte Instagram de Sandrine Thommen !

 

Sandrine Thommen et le Japon

Portrait de Sandrine Thommen par Anne-Sophie Guillet

Sandrine Thommen par Anne-Sophie Guillet

Journal du Japon : Comment est née l’idée du livre ?

Sandrine Thommen : Ça a été un long cheminement ! Les « pré-idées » de ce livre ont commencé à naître dans mon esprit en 2013, lorsque j’ai eu l’opportunité de faire mon premier voyage au Japon, en étant accueillie pendant deux mois dans la résidence artistique de Stéphane Barbery, à Kyôto. Mon projet était de réaliser un livre inspiré de ce voyage. Tout ce que je savais, c’est d’une part que je voulais le réaliser au crayon de couleur, comme pour les dessins que j’avais faits en Sibérie l’année d’avant, et d’autre part qu’il y ait beaucoup de détails, et très peu de texte. J’en avais parlé à mon éditeur Philippe Picquier, qui était enthousiaste à cette idée, à la condition qu’il y ait un fil narratif qui guide le livre. J’ai fait plusieurs essais pas très concluants, pendant mon séjour et pendant plusieurs mois après mon retour. J’essayais de développer l’histoire d’un jardinier du temple Ginkaku-ji, à la recherche du phœnix qui se serait envolé du toit du temple… mais quelque part, ça bloquait, et je commençais à laisser tomber. C’est finalement en 2016 ou 2017 que Philippe Picquier m’a téléphoné pour me proposer une idée de structure générale : un livre montrant de grandes doubles pages survolant une ville fictive du Japon, où plusieurs histoires se croiseraient, le temps d’une journée, du lever au coucher du soleil. Cette belle idée a finalement été le véritable point de départ pour moi !

En le regardant, on voit que vous avez observé attentivement le quotidien des Japonais pendant de longues heures. Quels sont les détails qui vous surprennent le plus au Japon ? Quels sont les petites choses que vous aimez particulièrement dans ce pays ?

Il y a énormément de détails qui me plaisent et me surprennent au Japon ! J’adore le sens esthétique des Japonais.e.s, qui, je trouve, ont une manière très belle et particulière d’organiser l’espace en terme de formes et de couleurs, que ce soit dans la réalité d’un paysage ou sur un bout de papier. Pour ne citer qu’un petit exemple, un costume fréquent de petit.e écolièr.e, celui au chapeau jaune tout rond et simple, est un plaisir pour les yeux, car on a l’impression de voir de petits boutons d’or se déplacer… Et puis, j’apprécie beaucoup les touches d’attention et de délicatesse que mettent les Japonais.e.s dans leurs relations aux autres, que ces autres soient humains, animaux, objets, dieux, esprits…
Aussi, à Kyôto, ce qui m’avait surpris lors de mon premier voyage, c’est le nombre d’oiseaux présents dans la ville, et surtout le long de la rivière Kamogawa. J’avais en particulier adoré voir tous ces hérons et aigrettes, si élancés et élégants. Et puis, la démonstration de pêche aux cormorans m’avait marquée, car même si cette technique n’est plus vraiment utilisée aujourd’hui, ce spectacle d’oiseaux majestueux dressés et attachés illustrait quelque part à mes yeux le rapport ambivalent des japonais à la liberté.
Par ailleurs, une des choses que j’aime le plus dans ce pays, ce sont les sentô ; leur mélange de classes sociales (même une personne vivant dans une cabane sous un pont peut aller s’y laver) et de générations, et la douceur des rapports humains qui se créent à l’intérieur de ceux-ci…

Il n’y a pas « d’histoire », pas de texte, cela peut paraître déroutant au premier abord. Est-ce que c’était votre intention dès le départ ? Quelle a été la réaction de votre éditeur ?

Nous nous étions mis d’accord dès le départ avec mon éditeur que le livre pourrait être sans paroles ou presque, et qu’il y aurait plusieurs petites histoires, plusieurs fils narratifs, qui se croiseraient au fil des pages. Je tenais à ce « concept » car je trouve qu’il reproduit bien le sentiment que ressent le voyageur solitaire qui débarque dans un pays étranger très éloigné de ses habitudes, et j’avais envie de plonger le lecteur dans cet état que j’ai tellement apprécié au Japon. Plein de détails surprenants s’offrent aux yeux, sans personne pour nous expliquer leur signification ou pour nous guider (juste des gens pour nous dire bonjour et nous prêter un parapluie !). J’aime l’idée que les yeux des lecteurs puissent retourner plusieurs fois explorer les pages de mon livre, pour y découvrir de nouveaux détails à chaque fois. Mon éditeur m’a en quelque sorte laissé carte blanche à partir de cette idée de départ, et j’ai beaucoup apprécié avoir cette liberté.

Chaque double page fourmille de détails. Cela a dû représenter une quantité de travail impressionnante ! Quelle planche vous a demandé le plus de temps ?

Une journée au Japon de Sandrine Thommen, éditions Picquier : page intérieure

© THOMMEN Sandrine

Oui, c’était très long, car j’ai souhaité que chaque détail soit bien documenté, quasiment tous les éléments étant exactement ce que j’ai vu dans mes voyages. Les planches les plus longues à réaliser ont été les premières que j’ai essayé de finaliser, car j’ai eu des difficultés pour trouver l’équilibre des formes et des nuances dans chacune des illustrations. J’ai passé des semaines sur la page de garde (que j’avais dessinée beaucoup plus détaillée au départ), et sur la montagne sacrée (celle avec les statues de renard). C’est cette dernière qui m’a pris le plus de temps, car je l’ai d’abord réalisée presque entièrement au crayon de couleur (mais compte tenu de l’ampleur du projet, cette technique était finalement trop longue et douloureuse pour ma main), puis entièrement à l’ordinateur (mais le résultat n’était pas encore assez satisfaisant), puis entièrement à la gouache ! Et je l’ai même encore entièrement reprise sur ordinateur ensuite ! Au final ça coïncide avec les 4 ou 5 fois où j’ai refait le tour complet de Fushimi Inari Taisha (dont cette double-page est très inspirée) pendant mon premier séjour à Kyôto ! (rires) J’avais tellement adoré cet endroit, que je tenais à ce que l’atmosphère globale du dessin soit à la hauteur de mon souvenir, et que ma représentation de ce lieu magique soit sobre et nuancée, fraîche et chaleureuse, sombre et lumineuse à la fois…

On « repère » plusieurs bouts de Kyoto et de sa région. Comment avez-vous procédé ? Des « collages » de plusieurs éléments vus lors de vos séjours japonais ? Le sentô présenté fait rêver avec ses oiseaux et son dragon qui crache de l’eau. Existe-t-il vraiment ?

Oui, c’est surtout à partir de mes milliards de photos de mon premier voyage à Kyôto que j’ai travaillé. J’ai passé beaucoup de temps à les trier à choisir les personnages, les bâtiments et autres détails que je souhaitais absolument représenter dans ce livre. Et puis, comme j’ai passé une année à Tokyo par la suite, et un mois à Onomichi, j’ai aussi voulu intégrer quelques éléments marquants de ces endroits.
Une journée au Japon de Sandrine Thommen, éditions Picquier : page intérieure

© THOMMEN Sandrine

Le sentô présenté est un mélange de deux sentô de Kyôto : l’onsen Funaoka, où l’on peut trouver cette fontaine en forme de tête de dragon dans la partie des bains extérieurs, et le Matsuba-yu, où l’on peut véritablement observer plein de jolies perruches depuis son bain. Dans le nouveau nom que j’ai créé pour mon sentô, j’ai aussi mélangé les deux, et ça a donné Matsuoka Onsen. Pour l’anecdote, je suis allée plusieurs fois à l’onsen Funaoka, et un jour dans le bain, lieu très propice aux conversations, une inconnue japonaise a commencé à discuter avec moi. Je lui ai dit mon intérêt pour les oiseaux de Kyôto, et c’est elle qui m’a aiguillée vers cet autre sentô avec des oiseaux à l’intérieur…

Les boîtes et étiquettes colorées de la boutique du collectionneur sont superbes. Les collectionnez-vous vous-même ? On sent une passion pour les différentes typographies, et pour la langue japonaise qui apparaît tout au long du livre. Quel est votre rapport à cette langue ?

Une journée au Japon de Sandrine Thommen, éditions Picquier : page intérieure

© THOMMEN Sandrine

Non je ne collectionne pas toutes ces belles boîtes et étiquettes, par souci d’économie et par manque de place ! Mais j’en ai quand même rapporté quelques unes, bien sûr, qui deviennent pour moi de véritables trésors… Pour la boutique du collectionneur que j’ai représentée dans mon livre, j’ai travaillé à partir de photos que j’avais prises dans cette fameuse boutique de Kyôto. J’avais discuté avec son très sympathique propriétaire, Suzuki-San, et je lui avais promis que je lui enverrais mon futur livre avec les dessins de sa boutique (c’est bientôt chose faite !).
J’adore en effet les écritures japonaises et leurs diverses compositions graphiques, surtout dans les univers anciens, ou du moins un peu « rétro ». Mon goût pour l’écriture japonaise s’est développé en l’apprenant pendant 9 mois intensifs dans une école de Tôkyô. Cette langue a quelque part un côté minimaliste et très créatif, et toutes les nuances de politesse y sont très intéressantes. J’adore les kanji pour la poésie de leur construction graphique et sémantique, les hiragana pour la fluidité de leur dessin, les katakana pour leur sobriété géométrique. Depuis mon retour, j’ai cependant laissé mon apprentissage du japonais de côté, par manque de temps, mais aussi car l’envie que j’avais de m’installer au Japon m’est passée. Je crois que j’étais arrivée à un point où je ressentais finalement de plus en plus fortement mon côté français et non-japonais (alors qu’à une époque j’avais presque l’impression que je pourrais devenir japonaise)… Néanmoins, c’est toujours un grand plaisir de me replonger dans cette langue, comme dans un bon bain !

Journal du Japon remercie Sandrine Thommen pour sa disponibilité et ses réponses passionnantes ! N’hésitez plus, plongez dans ce grand beau livre et passez des heures à observer les petits détails passionnants de chaque double page !

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