[Interview] Manga Space, la librairie qui se fait galerie d’exposition

Du 24 mai au 22 juin, Manga Space accueille une exposition autour d’Aki Akane, à travers une sélection d’œuvres d’AOJI, une galerie d’art en ligne. Pour l’occasion, nous avons rencontré Romain Gauthier, le gérant de cette librairie.

Manga Space

Manga Space, c’est quoi ?

Manga SpaceCette boutique repose sur deux espaces bien distincts. D’un coté, une librairie spécialisée manga, qui vend exclusivement du manga neuf et des goodies (figurines, t-shirts, posters, parfum, lentilles, etc). « Nous sommes également partenaire avec Okazu-manga.com, pour qui nous faisons du rachat de mangas d’occasion. Nous leur servons de point d’achat et de livraison. Les personnes le souhaitant peuvent se faire livrer au Manga Space gratuitement, et récupérer leurs ouvrages à la caisse. »

La deuxième partie de la boutique est un espace de lecture, qui comporte un salon avec des revues, du matériel de dessin, ainsi que des jeux de sociétés. Une bibliothèque contenant entre 8500 et 9000 volumes différents est à la disposition des visiteurs, ainsi qu’une salle vidéo avec des consoles et des jeux vidéo d’inspiration japonaise et une télévision branchée sur KZTV toute la journée.
La première heure coute 4 €, puis 1,5 € par demi heure supplémentaire. « Il est possible de privatiser la salle le dimanche, de 14h à 16h et de 16h30 à 18h30, moyennant 13€ par personne. Nous acceptons les groupes à partir de 5 personnes, jusqu’à une vingtaine. Il nous est déjà arrivé de faire des évènements nocturnes, comme des soirées d’entreprise. Ce genre de chose est envisageable, il suffit d’en discuter ! »

Le grand écart pour classer la bibliothèque

Manga Space

Avec une bibliothèque aussi conséquente, difficile de classer les ouvrages de façon à l’adapter aux clients : « On trie notre bibliothèque par genre : shōnen, shōjō, et seinen. Cela permet d’éviter que les enfants ne prennent des séries qui ne leur sont pas adaptées. Tout ce qui est 18+ est à retirer à la caisse, bien entendu (rires). Il en va de même pour les volumes collector que nous possédons, dont les Jojo’s Bizarre Adventure, Le Cratère de Tezuka, et les tomes de Candy par exemple. » 
Quand on lui demande ce qu’il pense de l’utilisation de la classification japonaise des mangas (shōnen/shōjō/seinen), il répond qu’elle « ne s’adapte pas vraiment au public français. Je le vois bien tous les jours, les filles lisent autant de shōnen que les garçons. Les shōjō sont quasi-uniquement lus par des filles, mais le shōnen est devenu mixte, pour moi.
Malgré tout, cette classification permet de savoir ce qui est purement shōjō et de ne pas le mélanger au reste. D’autant que le shōjō sert un peu de fourre-tout, on y trouve du contenu très innocent, mais aussi des œuvres beaucoup plus dures.
Pour ce qui est de la pertinence du contenu, je dirais que même en shōnen, il y a des séries que je ne mettrais pas entre toutes les mains, en tant que libraire. En fin de compte, il s’agit d’une classification choisie par les éditeurs, et nous la subissons un peu.

Manga SpaceAprès, c’est au libraire de se montrer force de conseil, et de mettre en garde les lecteurs. Il n’existe pas d’interdiction liée au contenu, donc c’est un peu difficile de refuser l’accès aux ouvrages qui pourraient poser problème. Surtout quand on voit que n’importe quel enfant peut avoir accès à n’importe quel genre dans certaines bibliothèques, sans que personne ne l’encadre. »

Il se rappelle avoir « reçu la visite d’un groupe de collégiens d’un club de lecture manga, avec la responsable du CDI du même collège. À l’occasion d’un prix manga à décerner, un libraire leur a envoyé Wolfsmund, alors que l’âge moyen du club doit tourner autour de 12 ans… Ils l’ont lu et n’ont pas été choqué plus que ça, mais la pertinence de la sélection était assez mauvaise ! »

Le projet d’un fan de bandes dessinées japonaise

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Seul maitre à bord, Romain Gauthier, 37 ans. « Je ne suis pas issu de l’univers des libraires, ni du manga. À vrai dire, je travaillais dans le support informatique. Un jour, j’ai eu envie de tout lâcher pour faire quelque chose qui me plait. Le choix du type de structure s’est imposé de lui-même, puisque je possèdais une bibliothèque personnelle de 5000 tomes et que je souhaitais faire découvrir le manga. Même si le manga a pris de l’importance en France, il est encore peu connu du grand public, et il est victime de beaucoup d’à priori. Quand j’ai réalisé qu’une dizaine de licences occultent le reste du monde du manga, j’ai eu envie de faire découvrir ma passion.
J’ai choisi le 18e arrondissement de Paris parce que j’ai vécu pendant plusieurs années à quelques pas d’ici. C’est un quartier vraiment vivant, presque un village à part entière, et pourtant il n’y avait rien, sauf quelques librairies qui vendaient du Naruto/One Piece/Fairy Tail. »

Se lancer dans une aventure de ce genre n’a pas été une mince affaire, mais Romain n’était pas seul : « Entre les architectes qui me laissent en plan pendant plusieurs mois, et Hachette qui refuse de me reconnaître en tant que librairie spécialisée, tout n’a pas été facile. Heureusement, j’ai eu la chance d’être épaulé par des libraires du 95 qui ont 35 ans de métiers. Ils m’ont soutenu physiquement et moralement, et m’ont même pris en stage dans leurs établissements afin que je puisse voir comment tout cela fonctionnait. »

Les Manga Kissa, qui donc y va ?

« La clientèle tourne beaucoup, parce que les enfants sont très… volatiles. Pendant 6 mois, ils s’intéresseront à fond au manga, avant de passer à autre chose. On les voit parfois revenir après quelques mois d’absence, c’est assez sympa. En marge de ce jeune public, j’ai des réguliers pour la librairie, des passionnés qui passent chaque semaine pour voir les nouvelles sorties.

Manga Space

L’espace lecture attire surtout des jeunes, en général âgés de 12 à 15 ans. La moyenne d’âge a tendance à baisser encore les mercredi et samedi après midi. On a parfois l’impression de servir de garderie, mais c’est le jeu, je m’y attendais (rires).
En pratique, je n’accepte pas les enfants en dessous de 8 ans, parce que je n’ai pas de contenu adapté à leur tranche d’âge. Entre 8 et 10 ans, je demande aux parents de les accompagner, au moins les premières fois. C’est important de voir si tout se passe bien, et si l’enfant s’adapte à l’ambiance et sait rester calme. Au delà de 10 ans, on accepte qu’ils viennent sans accompagnateur, mais je dois souvent faire la police. Surtout dans l’espace jeux vidéo, où le ton monte vite quand on s’échauffe autour d’une partie ! (rires) »

Le relationnel avec les clients n’est pas toujours évident, quand il faut payer à la durée : « Je me rappelle d’une mère qui m’a fait un scandale pour 1,5€. Son fils ne devait rester qu’une heure, mais était finalement resté une demi-heure de plus, et elle ne comprenait pas pourquoi elle devait la payer.
On entend aussi des choses hallucinantes, comme un père qui, après avoir réglé 4€ pour l’heure que son enfant a passé dans l’espace lecture, lui a dit  » La prochaine fois, je te laisserai à la FNAC, ça coûte quand même moins cher !  » Je trouve ça hallucinant que pour certains parents, cela puisse constituer les loisirs de leurs enfants…
Heureusement, ce genre de cas ne représente qu’une minorité. Certains clients m’apportent parfois des dessins, comme cette jeune fille qui a passé six heures à dessiner et à tramer une illustration pour moi ! Ce genre de petites attentions me touchent vraiment beaucoup. »

Des expositions d’art dans une librairie, et pourquoi pas ?

Manga SpaceManga Space n’en est pas à sa première expérience dans le domaine de l’exposition, puisqu’il s’agit de la septième qu’elle héberge. « Nous en avons notamment fait une avec des originaux d’Omega Complex, dont nous avions récupéré l’ensemble des originaux du troisième tome avant tramage. Nous en avions aussi organisé une autour de Golo Zhao, l’auteur de La Balade de Yaya, avec des originaux, des crayonnés, des ancrés, et enfin des repro’ couleurs, ce qui permettait de voir l’évolution, du premier jet jusqu’à la planche terminée. Nous avons aussi hébergé l’exposition de Geek-art.net,  » MANGA! An Art Show tribute to the 80′ and 90’s anime & manga « .

La dernière en date est celle d’Aki Akane. C’est d’ailleurs celle qui a attiré le plus de monde au vernissage, c’était assez impressionnant ! Celle de Geek-art.net et de Golo Zhao avaient bien marché aussi, d’autant que nous avions eu la chance d’avoir l’auteur de La Balade de Yaya en dédicace. »

Leur partenaire de l’occasion était donc AOJI, une galerie d’art en ligne dédiée à l’illustration artistique de style et d’influence japonaise. « C’était la première fois que je collaborais avec eux. Il y a trois ans, je les avais rencontré à la Japan Expo, en tant que visiteur. Cependant, le projet de Manga Space n’en était qu’au stade préparatoire. Je n’ai donc réellement fait leur connaissance que récemment, et tout s’est bien passé, donc je pense qu’on réitèrera ce genre d’évènements. Les précédentes expositions étaient organisées directement avec l’artiste, ou avec leur éditeur. 

Manga Space

C’est Page, qui gère la fanpage française d’Aki Akane, qui a eu l’idée de monter une exposition. Elle m’a contacté via la page Facebook de Manga Space. Je ne connaissais pas beaucoup cette illustratrice. Je suis donc allé voir ce qu’elle faisait et ça m’a bien plu ! J’ai beau connaître la scène manga, je ne connais pas grand chose de la scène purement artistique japonaise. J’ai bien accroché à son univers assez décalé, autant qu’à sont style très moderne et à son utilisation des couleurs. »
Si aucune nouvelle collaboration n’est encore prévueavec AOJI, la programmation de Manga Space n’est pas en reste : « Nous avons évoqué un nouveau projet avec Geek-art.net, autour d’une expo sur les grandes figures de robots mangas, ou animés.
Juste avant la Japan Expo, le 3 juillet, nous aurons aussi une démonstration de coupe au sabre, et nous espérons monter un atelier de création de dessin animé pour les 8-12 ans dans le courant de juillet. »

Infos pratiques :
Adresse
Manga Space, 30 rue Damrémont, 75018 Paris.
Horaires et tarif
Du lundi au samedi, de 11h à 21h.
4€ la première heure, puis 1,5€ par demi-heure supplémentaire
Accessibilité
métro 12, station Lamarck-Caulaincourt
métro 13, station Place de Clichy
métro 2, station Blanche

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