Chroniques Hentai : au-delà des interdits

Après avoir passé en revue les secteurs principaux de l’industrie manga pornographique que sont le Hentai et le Yaoi, nous allons nous intéresser à des sujets plus spécifiques : y-a-t-il des thèmes récurrents dans ces œuvres ? Des fetish typiques au hentai ? Des sous-genres underground ? Des tabous ?
Comme il faut bien commencer quelque part, nous parlerons cette fois-ci de sujets qui tâchent : le lolicon et le viol. Comme toujours, les couvertures des mangas chroniqués et les visuels sont majoritairement non censurés et peuvent ne pas convenir à un public mineur. À bon entendeur.

nisemonogatari-shinobu

Araragi prend son bain avec Shinobu, enfreint-il la loi ? Non, puisque elle a plus de 500 ans…

 

Moi lolita…

Partout à travers le monde, les adolescentes dégagent un fort pouvoir de séduction, mais si l’Occident les vieillit en leur donnant une apparence de femme-fatale, le Japon part dans l’autre sens et les infantilise encore plus. Cette course à la jeunesse a fini par donner naissance à des genres. La culture hentai n’échappant pas à la règle, voici donc venu le Lolicon et le Shotacon, respectivement contraction de Lolita-complex et Shota (jeune garçon)-complex.
À la base le terme signifie simplement l’attirance pour des personnages aux allures juvéniles, mais la présence de lolicon dans les mangas hentai a fini par le faire connaitre systématiquement en tant que catégorie pornographique.

Dans les mangas à harem il y a souvent un personnage qui endosse le rôle du gamin de service (Shinobu dans Love Hina, Mitsukuni dans Horst Club, Papi dans Monster Musume) et lorsque le manga est du genre ecchi, comme Monster Musume, il commence déjà à y avoir une notion d’attirance sexuelle et des situations grivoises, fan service oblige. En opposition aux filles sulfureuses à forte poitrine, les filles flat chest sont là pour satisfaire les fétichistes des filles plates et chétives. Il est alors notions d’être adorable, attendrissante, la imouto (petite sœur) que l’on rêverait d’avoir, les liens du sang en moins…

Les auteurs de hentai proposant des œuvres respectant ces codes franchissent alors la limite de la loi et bascule dans la pédopornographie, car l’aspect physique des personnages ressemble trop à des enfants (ou pour certain en sont carrément).
Si le sujet est, à raison, plus que sensible chez nous, les limites pénales au Japon sont plus floues et laissent passer bien plus de choses que partout ailleurs. C’est seulement depuis le 15 juillet 2015 que la possession de photo ou vidéo pédopornographique de personne réelle est devenue illégale au Japon, suite à la pression de l’ONU. Un délai d’un an avait cependant été mis en place pour que les possibles détenteurs suppriment ces « produits » de leurs affaires avant de risquer un an d’emprisonnement ou un million de yens (8 800€) d’amende.
À titre de comparaison, en France, ce sont deux ans d’emprisonnement et 30 000€ qui sont encourus depuis mars 2002, que les clichés soient réels ou que ce soient des représentations en image*. Notons également que la majorité sexuelle au Japon est fixée à 13 ans contre 15 chez nous.

Live Cum

La jaquette japonaise (gauche) et la jaquette française (droite) de Live Cum, cherchez l’erreur…

Que le Japon ait des lacunes dans ce domaine est un fait, qu’il y ait une production notable de manga hentai mettant en scène du lolicon/shotacon également. Toutefois, il ne faut pas s’acharner sur ce pays comme c’est souvent le cas dans les médias généralistes l’accusant d’être le centre du monde en terme de dérive sexuelle.

Dans la culture érotique japonaise, la puérilité joue une part très importante dans les « parades » féminines. Regard timide, attitude effarouchée, gêne, posture infantile : cette manière contemporaine de mettre en scène la sensualité et la sexualité (on est loin de l’image de la geisha découvrant avec grâce son épaule, le regard fuyant) évoque pour nous l’idée de la femme-enfant. Mais si chez nous cette simulation s’estompe dès que les rapports deviennent réellement adultes, côté nippon la comédie est bien plus ancrée. La plupart des actrices d’AV (Adult Video, équivalent japonais des nos films « X » ou « rose ») gardent, et insiste, sur ce rôle de « gamine » jusqu’au bout, renforçant le malaise de certains Occidentaux face à la pornographie made in japan.

Néanmoins, dès que nous jetons un regard sur les temps anciens de la civilisation, il n’est pas rare d’associer sexualité et enfance, et ce, quels que soient les continents. Des Grecs pédérastes (dans le sens éphebophile), au mariage précoce traditionnel africain*, l’homme a souvent navigué en eaux troubles : le Japon n’est donc pas un cas isolé. C’est la méconnaissance du grand public pour les mœurs japonaises qui alimente les fantasmes d’une sexualité déviante.

Historiquement, le Japon a aussi connu une période où les filles étaient amenées à avoir des relations précoces sans que cela soit puni par une loi. À l’ère d’Edo dans les quartiers de plaisir, les courtisanes (comprenez les prostitués) commençaient leur apprentissage dès 6 ans en tant que suivante, puis prenaient leurs fonctions entre 14 et 15 ans sous le nom de shinzo.
Le manga Sakuran (Pika) de Moyoco ANNO, par ailleurs adapté en film avec Anna TSUCHIYA, décrit ce milieu dans un superbe one shot à lire de toute urgence. Mais ceci sera l’objet d’un autre article qui reviendra plus longuement sur la prostitution à travers les âges.

  

Tu veux ou tu veux pas ?

Également présent sur le marché du sexe, le viol se retrouve par exemple dans les productions hentai via l’utilisation de tentacules, ou bien dans les AV de manières plus… réalistes.

En opposition aux carcans pornographiques américains : ce qui excite c’est de voir quelqu’un être gêné, qui refuse d’admettre qu’il prend du plaisir. Bien loin des Caucasiennes en demandant « encore !« , les personnages de hentai et actrices murmureront « Yamete kudasai« (Arrêtez s’il vous plaît) ou « Atsu kashi… » (C’est embarrassant).
Si cette comédie est naturellement comprise par le public japonais visé, ce n’est pas forcément le cas de l’Occidental qui tombeahegao-face sur ce type de contenu.

Certaines scènes, laissant planer le doute sur le réel consentement des jeunes femmes, se justifient parfois par une des mimiques typiques des mangas hentai : la Ahegao Face. Yeux qui se révulsent, langue pendante, joues rougissantes, il s’agit ici de dessiner le visage des jeunes femmes « déformé » de plaisir selon le principe suivant : alors qu’il pouvait se montrer réticent de passer à l’acte, le protagoniste finit enfin par se laisser aller au seuil de l’orgasme et conclut le coït avec un faciès crispé par une intense quantité de plaisir. Mais si cette exagération des traits est aussi extrême, c’est justement parce que le visage est un sanctuaire sacré toujours impassible au pays du soleil levant. Évidemment les ahegao ne sont qu’un moyen de montrer la jouissance et peuvent se retrouvés dans n’importe quel hentai, aussi soft soit-il.

Ce n’est bien sûr pas le cas de tous les hentai : il est possible de trouver des œuvres où les rapports ne sont pas consentis et où l’auteur ne justifie rien. Ce type d’ouvrage restera certainement cantonné à l’immense marché japonais, les éditeurs français filtrant suffisamment leurs choix de publication pour nous épargner les productions aux situations trop extrêmes. 

Pour en savoir plus sur le sujet, vous trouverez quelques liens en bas de page, ainsi que le texte actuellement en vigueur de la loi française sur la pédopornographie. Maintenant, place aux publications hentai et yaoi disponibles dans nos librairies.

 

Chroniques sous X

Honey Days par TANA
Taifu comics
– collection Hentai Sans Interdit
Contenu : Hardcore ! Pour les aficionados du genre ou pour les curieux.

Honey Days 01Sous cette couverture plutôt « mignonne » (pour du hentai) se cache son contraire. Il ne faut pas juger un livre sur sa couverture, c’est souvent le cas pour les hentai (dans un sens comme dans l’autre) et cela n’a jamais été aussi vrai ici. Nous aurons donc 2 types de dessin bien distincts dans Honey Days. D’une part, un character design assez kawaii pour des scènes de discussions et d’intrigue et d’autre part des illustrations « dégoulinantes » pour les parties de jambes en l’air.

Devant les Ahegao Faces de sa femme fiévreuse de plaisir, le visage placide du mari a de quoi surprendre, car ces deux designs sont présents, parfois sur une même case pour un résultat assez singulier.
Ce type de dessins, où les fluides coulent à flots et éclaboussent à tout va, sont monnaie courante dans les productions pornographiques japonaises. Ce n’est cependant pas le type de hentai à s’exporter le plus hors du Japon. Si vous voulez avoir une idée de ce qui se fait là-bas, Honey Days vous en donnera un bon aperçu.

Côté histoire, nous suivons durant 2 tomes les aventures (sexuelles donc) d’un jeune couple de mariés composé d’un salarymen et d’une femme au foyer portant le kimono, une sorte de Blue Indigo trash, en somme. Niveau pratique, les anulingus font figure de banals entractes et vous allez en voir de toutes les couleurs. Vous aurez également droit à une séquence tentacle car le héros travaille sur des Erogame, ce qui sera d’ailleurs l’occasion durant un chapitre de théoriser sur l’existence de ces appendices monstrueux.
Ce passage sera donc plus extrême que le premier tiers du livre. Tentacules, ventres déformés par les membres, femmes enceintes et fille au bord de l’asphyxie pendant des rapports buccaux : l’auteur va très loin, car il est justement question d’illustrer quelque chose d’extrême dans un cadre irréel. Néanmoins, la représentation est là. Dans un même ordre d’idée, le slut-shamming mis en scène pour illustrer la « revanche des otakus » a du mal à passer…

Concernant la beauté des dessins, il sera question de gout, mais sachez que comme les pratiques présentées, les visages seront déformés à l’extrême et la représentation des corps à la limite du raisonnable. Des passages en SD sont là pour temporiser, mais la surenchère de scènes hard peut être un peu lourde pour certains.
Une série en deux tomes qui a connu une adaptation animée au Japon.

 

Doukyusei – First season de Asumiko NAKAMURA
Boy’s Love IDP – collection Hana
Contenu : Soft.

doukyuseiRésumé : Hikaru est élève dans un lycée privé pour garçon. En cours de musique, sa classe se prépare pour une chorale qui aura lieu dans quelques mois. Pour Hikaru qui fait partie d’un groupe, la tâche est plutôt aisée. Mais quand il réalise aux répétitions que Rihito – un discret et intelligent camarade de classe – ne chante pas, cela l’intrigue et lui propose alors de l’entrainer. Mais tandis qu’ils passent de plus en plus de temps ensemble, Hikaru réalise à contrecœur que les efforts de Rihito sont pour Harasen, leur professeur de musique.

Soyez assurés qu’en un unique tome, cette histoire vous enchantera et vous surprendra. Si vous cherchez de l’explicite, passez votre chemin, si vous cherchez au contraire une histoire touchante, alors restez et savourez ces quelques mots. Cette série était depuis longtemps attendue en France, et c’est chez un nouvel éditeur de boy’s love qu’on la découvre avec plaisir depuis cet été ! Doukyuusei, c’est une histoire naissante entre deux adolescents, le temps d’un été : tantôt maladroits, tantôt sûrs d’eux-mêmes, mais c’est avant tout une claque visuelle.

Tout est finesse et poésie. Le dessin, particulièrement intrigant, sait nous transporter de la plus simple des manières. Tout paraît évanescent, un peu à l’image des sentiments de nos héros qui ont du mal à se mettre en place, cela étant dû en partie à la naïveté et l’innocence de la jeunesse. Le regard de leur entourage, les risques encourus à se fréquenter, la peur de l’inconnu ou d’être incompris… Ces deux adolescents, Hikaru et Rihito, sont au cœur même de cet imbroglio de sentiments aussi forts qu’indécis et on prend juste plaisir à suivre leur idylle naissante. Que feriez-vous si vous vous retrouviez à la même place ? Crieriez-vous haut et fort votre amour envers l’autre malgré les difficultés ? Resteriez-vous simplement sur vous-même, de peur de subir un échec ? 

Ce n’est pas ce qui arrête Hikaru, qui va s’avouer rapidement ce qu’il ressent, et qui va chercher à savoir ce que Rihito ressent vraiment. Ce chassé-croisé des sentiments nous offre un véritable bijou dans un écrin de pure poésie. L’auteure sait en effet nous transporter sans forcément aller très loin dans les scènes à connotations sexuelles : un baiser de temps à autre, de la suggestion, et vous obtenez une relation aussi simple qu’enchanteresse. On leur souhaite juste le bonheur, et un bonheur sincère.

 

Voilà pour cette édition d’automne de nos Chroniques Hentai. Rendez-vous dans trois mois pour un nouveau numéro, un nouveau thème, et de nouvelles critiques de mangas érotiques.

Remerciements à Charlène Hugonin pour sa chronique yaoï.

 

*Un billet, parfois subjectif, qui a le mérite d’illustrer clairement les incohérences des lois sur la représentation des mineurs en dessin, dans le cadre de la pédopornographie : http://hyperbate.fr/dernier/dernier/?p=27210

*Article sur les mariage forcé au Sénégal : http://www.rfi.fr/afrique/20160616-journee-enfant-africain-rencontre-autour-mariage-force-senegal

Rappel de la loi française sur la pédopornographie :
« – Le fait, en vue de sa diffusion, de fixer, d’enregistrer ou de transmettre l’image ou la représentation d’un mineur lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Lorsque l’image ou la représentation concerne un mineur de quinze ans, ces faits sont punis même s’ils n’ont pas été commis en vue de la diffusion de cette image ou représentation.
– Le fait d’offrir, de rendre disponible ou de diffuser une telle image ou représentation, par quelque moyen que ce soit, de l’importer ou de l’exporter, de la faire importer ou de la faire exporter, est puni des mêmes peines.
– Les peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et à 100 000 euros d’amende lorsqu’il a été utilisé, pour la diffusion de l’image ou de la représentation du mineur à destination d’un public non déterminé, un réseau de communications électroniques.
– Le fait de consulter habituellement ou en contrepartie d’un paiement un service de communication au public en ligne mettant à disposition une telle image ou représentation, d’acquérir ou de détenir une telle image ou représentation par quelque moyen que ce soit est puni de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende.
– Les infractions prévues au présent article sont punies de dix ans d’emprisonnement et de 500 000 euros d’amende lorsqu’elles sont commises en bande organisée.
– La tentative des délits prévus au présent article est punie des mêmes peines.
– Les dispositions du présent article sont également applicables aux images pornographiques d’une personne dont l’aspect physique est celui d’un mineur, sauf s’il est établi que cette personne était âgée de dix-huit ans au jour de la fixation ou de l’enregistrement de son image. »
Article 227-23 du code pénal
.

Sources : Wikipédia, L’imaginaire érotique au Japon d’Agnès Giard.

©NISIOISIN/KODANSHA, ANIPLEX, SHAFT
LIVE CUM © SAIGADO 2007 First published in Japan in 2013 by ANGEL PUBLISHERS LTD, Tokyo
Oyomesama HONEYDAYS © 2013 TANA / AKANESHINSHA
Doukyusei © Asumiko Nakamura/Opera

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8 réponses

  1. KattoChan dit :

    | Désolé pour le pavé-prise-de-tête, je comprendrais un TLDR lol J’espère ne pas avoir été trop chiant, ce n’étais pas mon attention. C’est juste que le sujet m’intéresse et que si j’adhère à 100% à l’intention de l’article, c’est moins le cas pour la réalisation, et je tenez à me justifier là-dessus. A dans 3 mois, en espérant ne pas vous avoir découragé ! |

    Ah, ça fait plaisir ! 🙂 Je vois que vous tenez vos promesses et que vous avez commencé à « creuser davantage la thématique », pour reprendre les mots de M. Ozouf, avec deux sujets qu’on attendait.

    Avec cet article vous avez opté pour l’approche anthropo-sociologique, qui m’a d’ailleurs rappelé l’approche d’Agnès Giard dans son excellent bouquin, « L’imaginaire érotique au Japon ». Le chapitre sur « La violence » commence avec le titre « Yada, Yamete ! Le petit jeu du viol simulé » qui commence comme suit : « En Occident les actrices pornos demandent : « Oui, vas-y, prends-moi ! ». Au japon, c’est le contraire ; il faut protester – « Yada, dame, yamete, hanase ! », « Non, stop, arrêtez, laissez-moi ! » – et se débattre en geignant. Le modèle de la séduction c’est la femme timide qu’on force à jouir bien malgré elle et qui doit faire semblant de n’être pas vraiment consentante : une victime. Sous le nom de gukan play, le scénario du viol est extrêmement populaire au Japon. ETC. » L’ouvrage s’ouvre carrément sur les articles parlant du Lolicon, englobé dans le chapitre 1 sur « La culture de la culotte », avec « Un idéal féminin puéril », « Lolita-complex : oups on voit ma culotte ! », et « Un érotisme Kawai-Kawai ».

    Je ne vais trop citer Giard, mais c’est en lisant vos paragraphes sur le loli tout en ayant en tête ce qu’elle en dit que j’ai commencé à tiquer. C’est que, bien que ce que vous dites ne me semble pas incorrect, ça m’apparait comme un peu maladroit (et ça se ressent sur l’écriture), et sonne beaucoup comme une défense un peu forcée d’un sujet que vous avez reconnu comme étant délicat. Giard en parle avec la même approche anthropo-sociologique, mais teintée d’un regard sympathique qui, paradoxalement, semble objectif car notamment parfaitement expliqué et convaincant. Ici, on a l’impression que vous ne savez pas trop comme régler le problème du lolicon ! On n’a l’impression que vous ne vous convainquez pas vous-même. Votre meilleurs argument c’est : « non mais vous savez, les jap’ sont pas plus pervers que les grecques de l’antiquité hein » ? Allo-lol quoi …
    En plus, on se dit que votre défense ne saurait être efficace si vous ne posez pas le problème de savoir si le loli contribue à la pédo-criminalité ou non au Japon. Je veux dire, c’est la question que tout le monde se pose, non ? Parler du débat sur le loli au Japon aurait été intéressant aussi (en citant Tsutomu Miyazaki, et les tentatives d’interdiction par ex., en sachant qu’avec les J.O. de 2020 ça risque de revenir sur le tapis).

    Le problème de l’approche socio-culturelle c’est qu’elle reste un peu vague, qu’elle n’est pas censée être beaucoup plus qu’un contexte. Tout ça manque de réalité concrète. Une des choses que je reproche à cet article c’est de ne finalement pas parler du manga lolicon/shotacon ! La seule chose qu’on nous en dit, c’est qu’il y en a « une production notable ». C’est tout.
    Du coup, tout un tas de questions, dont certaines auraient pu être évoquées, restent sans réponse ; le lecteur repart avec aucune connaissance de plus sur le loli/shota (il n’aura appris qu’une seule chose dans le meilleure des cas).
    J’étais parti pour citer quelques-unes de ces questions mais je vais essayer de ne pas vous accabler encore plus en verbiage ^^ Une seule suffit pour mon argumentation : quel est le contenu des manga dit « loli » ? On ne sait pas ce qu’ils contienent en lisant l’article, et c’est ballot puisqu’on n’a pas le droit d’en lire, donc on ne peut l’apprendre par nous-même. C’est pourtant la chose la plus importante à dire, et la meilleure façon de défendre ce type de manga selon moi. Montrer ce qu’il sait faire très bien – sans parler de goût ni de morale, en parlant juste de BD ! Et bien pour faire court, parce qu’il représente des mineurs/es, il fait excellemment tout ce qui est mignon et sentiments agréables, tout ce qui est domination et violence, et tout ce qui est humour (l’autodérision est régulière dans le loli par ex.). On peut ajouter que c’est la « catégorie » la plus variées du manga hentai.

    Je parlais plus haut de petites choses incohérentes ou peu compréhensibles dans l’écriture de cet article, je ne voudrais pas faire trop mon relou mais y’en a deux que j’aimerais reprendre.
    « [ces] œuvres […] frisent alors (ou franchissent carrément […]) la pédopornographie » Tous les mangas pornographiques représentant des mineurs/es sont « pédopornographiques » ; c’est ce que le mot veut dire. Pas un peu ou carrément, juste tout court. On comprend que vous voulez dire qu’il y a des mangas loli/shota qui représentent des mineurs/es d’environs 12 ans ou 14 ans, et d’autres d’environ 5 ans ou 8 ans, mais c’est à mon avis mal formulé. D’ailleurs il est intéressant de noter qu’il existe des mangas où les personnages vont être mineurs (de moins de 18 ans) sans que ce contenu soit considéré comme « lolicon » (les hentai qui se passent au lycée posent se problème).
    « l’Occident […] vieillit [les adolescentes séduisantes] en leur donnant une apparence de femme-fatale » Wikipedia est comme moi, il ne voit pas bien quelles adolescentes auraient été transformées en femmes fatales ^^ Alors certes, y’a probablement des ados qui sont « sexualisées », mais ça me semble un peu différent. D’autant plus qu’il faut rappeler que la jeunesse est aussi un des clichés de l’industrie du porno mainstream, dans lequel toutes les actrices de 18 à plus de 25 ans ont … 18 ans, d’après elles et les réalisateurs. De même, habiller des actrices en gamines à couettes est un des classiques du porno. Ça lui est d’ailleurs régulièrement reproché.

    Très bonne idée que de parler de « l’ahegao ». Bon, encore une fois, s’en servir pour justifier les représentations du viol me semble un peu tirer par les cheveux et inefficace (vous voulez dire que le viol n’est pas tant immorale si la victime éprouve du plaisir ? je suis sûr que non ! donc l’argument coince pas mal).
    Je veux dire, sérieusement. Une bonne fois pour toute. On ne peut pas seulement dire que ce sont des REPRÉSENTATIONS, et que ça ne pose donc pas de problème (pour un public majeur) ?! Je crois que l’article d’hyperbat « Une loi qui défend des enfants imaginaires » est encore mieux que vous le pensez, et qu’il est dans le juste. Moi j’aime illustrer cela autrement : goo.gl/06XPTy (La trahison des images – Magritte). D’ailleurs, je n’ai entendu aucun contre-argument pertinent à part celui de « l’influence » (qui comme je l’ai évoqué plus haut n’est pas cité dans l’article). Dans le porno la question est différente puisque tout n’est pas représentation (il y a à la fois sexualité – les acteurs forniquent -, et pornographie – la fornication est diffusée – c’est-à-dire représentation). Mais dans la BD, c’est simple.
    Autre faiblesse de la justification socioculturelle pour les représentations du viol dans les mangas : elle n’explique pas leur succès en Occident. Celui-ci est dur à estimer puisque ce genre de mangas n’est pas publié, mais le hentai en est rempli, et le hentai est très populaire sur internet. Donc on en tenté de dire que ce contenu a bien du succès en Occident ^^

    Je voudrais aussi revenir sur une affirmation qui me semble inexacte. Celle selon laquelle l’ahegao peut se retrouver « dans n’importe quel hentai, aussi soft soit-il ». Je dirais au contraire, qu’on ne trouve pas d’ahegao dans les mangas non « sales ». Alors certes, il existe des exceptions, mais elles sont très rares (il y deux semaines je n’en avais jamais encore constatées). En fait, la représentation de l’ahegao en elle-même est sale. L’ahegao, c’est un peu comme faire régresser le personnage à l’état de viande ou d’objet (elle n’est plus capable de voir clair, plus capable de penser clairement, et plus capable de se tenir) ; ça ne peut donc pas vraiment être « soft ». (encore une fois sauf exemple qui confirme la règle).
    Il faut bien reconnaître que définir l’ahegao n’est pas facile, et si on en fait une définition moins stricte (bouche juste ouverte, rougissement, et yeux fermés), on peut dire qu’on le retrouve dans des œuvres « soft ».

    Je voudrais juste finir en parlant de deux des illustrations. La légende de la toute première prête un peu à confusion. Je crois comprendre que c’est de l’ironie, mais ce n’est pas si évident ; c’est un argument que j’ai déjà entendu dire non-ironiquement. Pour la loi française, il n’est pas acceptable, au moins depuis la jurisprudence de la cours de Cassation du 12 Septembre 2007 (06-86.763).
    Quant à l’illustration de Live Cum en v.o. Vraiment ? Vous savez qu’elle enfreint possiblement la loi que vous avez copiée/collée juste à la fin de l’article ? ^^ D’ailleurs il est bon de rappeler que la loi française ne définit pas ce qu’elle entend par « pornographique », ce travail revient à la seule interprétation du juge. Et justement, dans les affaires de pédopornographie, il arrive que les juges considèrent comme « pornographique » de simples photos de nus.

    • Olivier Benoit dit :

      Bonjour KattoChan,

      Merci de nous avoir lu et ne t’inquiète pas, ce n’est pas parce que ton message est long (en effet lol) que je le mettrai de coté.

      Comme tu t’intéresses aussi au sujet de la sexualité sous toutes ses formes au Japon, tu dois donc aussi savoir que la référence fiable et documentée sur le sujet se compte sur les doigts de la main. C’est en partant de ce constat que j’ai voulu faire cette série d’articles (tout du moins l’idée des premières parties d’articles, la seconde mettant simplement en avant des mangas boudés par les sites spécialisés à cause de leurs thématiques).

      Les points de références sont donc évidement Agnès Giard et des reportages d’Arte type Tracks, mais il est bien difficile de dénicher d’autres sources malheureusement.
      N’ayant pas vécu en immersion au Japon dans ce milieu, je ne peux pas m’avancer sur certaines mœurs, habitude, normalité de là-bas et fais parfaitement confiance à Giard pour ça.
      J’ai beaucoup hésité avant faire ce sujet car il fallait garder un ton objectif et n’avancer que des choses dont j’étais sûr par des infos fiables.

      L’article n’a pas pour but de régler le problème du lolicon, loin de là, mais simplement d’en montrer les aspects à un lecteur novice en la matière pour qu’il ne se fasse pas d’idées déformées en tombant sur certains blogs ou média généraliste (qui se servent souvent de ce sujet pour faire du clic en prenant parti…).
      Il y a beaucoup de choses que je comptais écrire, mais que je n’ai finalement pas mises, car j’avais l’impression de trop prendre parti parfois pour, parfois contre, et me semblais loin de la neutralité que je voulais trouver. Encore une fois c’est cette neutralité, à cause du sujet, qui fait que je « ne fais pas avancer la problématique » et que je m’appuie sur des sources qui me semblent authentiques, je ne voulais pas biaiser le regard du néophyte et le laisser réfléchir au sujet seul avec cette base d’information.

      J’ai me suis évidement penché sur la question « est-ce que le lolicon contribue oui ou non à la pédo-ciminalité ? », mais les infos trouvées ne me semblaient pas suffisantes pour dire si oui ou non.

      C’est vrai que je n’ai pas défini le contenu loli/shota avec le caractère de ce type de personnage (attitude, psychologie) et que je me suis limité à décrire la pornographie infantile. Je rajouterai une partie pour cet oubli, ainsi que pour les œuvres qui franchissent la pédo-porno qui n’est pas clair.

      Concernant les hentai au lycée : même s’il y a des rapports entre adulte et lycéen il est alors plus notion d détournement de mineur, pas de la pédophilie (de part la différence entre la majorité civil et la majorité sexuelle).

      J’avais déjà pour idée de parler de l’ahegao, avant même d’avoir commencé cet article, et j’ai pensé le glisser ici car certaines œuvres tournent les choses comme ça : « ça ressemble à un viol, mais ça n’en est pas un, la preuve avec l’ahegao (elle voulait, mais faisait mine que non) ».

      Ces simulacres de viol jouent sur les deux tableaux et n’abordent finalement pas la question de l’immoralité de la chose.
      C’est pour cela que j’écris que certains auteurs laissent planer le doute, mettent en scène des viols pour juste après dire « non ce n’en est pas un ». C’est une facilité certes, mais ce n’est peut-être pas plus enviable de vraiment montrer un viol. Ça existe bien entendu, le marché du doujin est suffisamment vaste pour ça, mais je ne pense pas qu’en France soient édités ce qu’il y a de plus « sale ». Je pense que l’on a seulement ces « faux-viol » dans nos contrées.

      Quand je dis que l’article d’Hyperbat et subjectif ce n’est pas du tout une critique, loin de là, je pense également qu’il est dans le juste, mais simplement il prend parti là où je ne peux pas pour rester dans l’informatif (d’ailleurs c’était une volonté de rester dans l’informatif et non pas une bride).

      Difficile d’estimer le succès du hentai sur internet. Nos centres d’intérêt (vous et moi, désolé si je m’avance trop sur vos centres d’intérêt ^^ » ) sont évidemment aiguillés vers la culture japonaise et ses œuvres, également sexuels donc, et nous voyons ce « succès » autour de nous par ce prisme. Mais sincèrement, quand on voit le marché du porno en Occident, quel pourcentage le hentai représente-t-il hors Japon ?
      Tout comme le hentai au Japon doit représenter une quantité colossale (rien que la proportion de doujin au comicket donne une idée), le porno « live » outre-Atlantique est gigantesque.

      Enfin évidemment la légende sous l’illustration de Nisemonogatari est ironique et permet de mettre en image les contradictions de la loi (tel que je la comprends en tout cas) :
      Un dessin de mineur dans un contexte sexuel, mais dont un texte stipule qu’il est majeur, ne pose pas de souci, alors qu’une femme à l’allure adulte en plein ébat, mais dont l’auteur précise qu’elle à moins de 15 ans tomberait théoriquement sous le coup de la loi.

      Et même si cette définition peut paraitre aberrante, elle nous permet de voir une série comme Nisemonogatari. La capture d’écran illustre bien le problème : l’anime ne fait bien sûr pas l’apologie de la pédophilie, la relation entre Shinobu OSHINO et Koyomi ARARAGI est bien plus complexe que ce qu’il parait, mais or contexte cette scène du bain serait interdite chez nous.

      En tout cas merci beaucoup pour se retour, c’est justement de ce genre d’arguments donc j’ai besoin pour définir la teneur de cette rubrique. Sans retour je ne sais pas comment c’est interprété par les gens.

  2. KattoChan dit :

    Et bien, merci beaucoup de votre réponse et de vos explications ! merci de votre temps 😉

    Rapidement cette fois :
    Sur les « points de références » (plus sur le hentai que la sexualité), on peut ajouter le bouquin de Jean-Marie Bouissou, « Manga – Histoire et univers de la bande dessinée » qui contient quelques pages intéressantes sur le sujet qui nous intéresse.
    Autre point de référence que j’aimerai rappeler, c’est les études scientifiques ! Oui, il y en a une 10ou15zaine environ sur les sujets qui nous intéressent (Peek-a-boo, I See You: Watching Japanese Hard-core Animation / Underage Sex and Romance in Japanese Homoerotic Manga and Anime / Is sexual erotica associated with sexual deviance in adolescent males ; ETC.). Malheureusement la plupart ne sont pas accessible gratuitement en full text. En revanche, toutes les études de Patrick W. Galbraith le sont, à commencer par la très intéressante « Lolicon: The Reality of ‘Virtual Child Pornography’ in Japan », publiée dans Image & Narrative, Vol 12, No1 (2011). Vous trouverez le full text depuis Google.

    Le « hentai » doit représenter un pourcentage tout-piti-piti dans la totalité du « marché du porno », en effet. Mais puisqu’il y a une tonne de fois plus de contenu et donc de consommateurs pour le hentai numérique illégal, on peut dire qu’il est, comparativement au hentai légal physique, « très populaire sur internet ».

    Je crois que vous faites erreur quant à votre interprétation de la loi. C’est pour ça que j’ai évoqué la jurisprudence dans mon comm’ précédent, lien ici : http://bit.ly/1HoGinq L’âge donné par l’auteur n’a aucune importance, c’est l’apparence physiologique uniquement qui compte et sert au juge pour déterminer si le personnage est majeur ou mineur.

    #Jaifait(unpeu)pluscourt

    • Olivier Benoit dit :

      Merci beaucoup pour ces références je les rajoute à ma watchlist 🙂

      Oui clairement si on parle du hentai « légal et physique » par rapport au marché illégal l’engouement est bien là.

      Je suis loin d’être calé en droit, mais je me base sur la partie :
      « Les dispositions du présent article sont également applicables aux images pornographiques d’une personne dont l’aspect physique est celui d’un mineur, SAUF s’il est établi que cette personne était âgée de dix-huit ans au jour de la fixation ou de l’enregistrement de son image. »
      pour dire que l’âge donné par l’auteur prévaut, mais selon le cas de jurisprudence que vous citez, la décision du juge table plutôt sur une « tolérance zéro » (je vois également qui est le Cédric de cette affaire, ça devait pas être très plaisant de finir au tribunal comme ça :/ ).
      Il faudrait se penché sur ce cas en particulier, mais j’ai tendance à penser en lisant ce compte rendu (et avec une recherche rapide sur l’anime) que la non-connaissance du juge des codes de la japanime/hentai a rendu un avis plus sévère que ce qu’il ne mériter, les arguments tenus par Cédric sont tombés dans l’oreille d’un sourd. Avec une affaire jugée comme ça, difficile en effet d’imaginer un autre juge prendre le temps de réétudier la question et revoir l’interprétation de la loi.

  3. KattoChan dit :

    Vous avez carrément mis le doigt sur un truc ! C’est une partie de la loi qui a été assez commenté dans le jugement de cassation qui fait jurisprudence si je ne m’abuse.
    En fait, n’est-ce pas là un bel exemple de ce qu’il arrive quand on « défend des enfants imaginaires » ? Car normalement, comment on fait pour établir que la personne était majeur ? Ben on regarde le certif’ de naissance ! ^^ Les vrais personnes ont un âge, pas les personnages fictifs ! Du coup cette partie de la loi ne marche pas …

    Après, si je jugement avez été différent sur ce point, la jurisprudence aurait tout simplement légalisée le lolicon/shotacon en France pour peu que l »éditeur mettent en exergue : « tous les personnages sont majeurs ». C’est pour ça que je trouve le jugement logique (mais balot pour SeeBD et Kaze) ; c’est la loi qui est absurde XD

    • Olivier Benoit dit :

      Il est déjà parfois difficile de statuer sur l’âge d’une personne physique; si caractère sexuel il y a; si une représentation est suffisamment réaliste pour être assimilable à une personne réelle; alors si en plus il faut définir l’âge supposé d’un personnage fictif selon les codes visuels japonais c’est un bourbier sans fin lol

      Bon après pour le cas de Twin Angels, avec une recherche rapide de « Lord Onimaro » sur google image : il est clairement dans un style SD, avec un design typique des animes des 90’s, mais quand on connait les codes des animes ça ne veut pas dire pour autant que c’est un gosse.

      En fait la loi était déjà stupidement floue à la base, mais avec la décision de 2007 sur Twin Angels elle devient bien trop dure et aveugle. À côté de ça on a les mangas de Nozomu TAMAKI qui sont publiés sans soucis. J’ai juste lu le tome 1 de Angel Para Bellum et ça m’a suffi… là il y aurait matière à appliquer la loi.

  4. KattoChan dit :

    Salut Oliver !
    Dis-nous : la prochaine Chronique Hentaï arrive bientôt ??
    ^^

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