Aggretsuko : Réveillez le panda roux qui est en vous

En naviguant dans vos suggestions Netflix, vous avez peut-être aperçu l’avatar d’un petit panda roux à l’air angélique ou bien au contraire totalement démoniaque. 

Aggretsuko, contraction de « Aggressive Retsuko » est une série d’animation créée pour les entreprises Sanrio (créateurs d’Hello Kitty) par le designer Yeti. Diffusée au Japon comme une série de cent épisodes d’une minute par le studio Fanworks, elle passe sur la chaîne TBS depuis avril 2016. Netflix les a ensuite compilé par tranche de quinze minutes pour en faire une première saison de dix épisodes disponibles depuis le 20 avril dernier.

Si vous ne vous êtes pas encore laissé séduire par la série de cette petite mascotte totalement déjantée, Journal du Japon vous explique pourquoi vous devriez vous y mettre dès aujourd’hui.

La face cachée du panda roux

Retsuko est une jeune panda roux de 25 ans, toute fraîchement embauchée dans le département comptabilité d’une grande firme commerciale. Mais sa nouvelle vie de jeune active est loin d’être le petit bonheur qu’elle espérait : rumeurs, heures supplémentaires, ou encore harcèlement au travail, elle subit des épreuves qui ont de quoi lui faire perdre la tête. Et qu’elle est la première chose qui nous vient à l’idée quand on est à bout de nerf ?

TU TE SENS PLUS PISSER, LE PETIT CHEF ?

ATTERRIS, ON VIT AU XXIÈME SIÈCLE !

TU ME GAVES DÈS LE MATIN ! TON GROIN C’EST UNE FOSSE À PURIN !

CHEFAILLON DE MERDE !!

Hurler, crier, bref se défouler quelque part sans se sentir jugé.

Aggressive Retsuko / ©Sanrio - Netflix

Aggressive Retsuko / ©Sanrio – Netflix

Et la jeune Restuko a un endroit bien à elle pour expulser ses frustrations : un karaoké où elle se rend tous les soirs après le travail pour chanter, ou hurler, sur du death metal. Pas commun pour une charmante jeune fille de son âge ! C’est pourquoi elle garde ce côté de sa personnalité pour elle en faisant bien attention à ce qu’il ne ressorte pas dans un moment de faiblesse. Elle ne sort d’ailleurs jamais sans son micro, grâce auquel elle peut se défouler dans les toilettes ou la salle des archives, loin des oreilles indiscrètes.

Je compte jusqu’à dix et je redeviens une employée modèle

Et hop, elle repart de plus belle, et avec son plus beau sourire pour affronter ses tracas quotidiens.

Au milieu d’un environnement toxique, elle trouve des alliés là où elle ne le soupçonnait même pas, alors que ses collègues les plus proches sont peu réactifs face à ses problèmes.

Un dessin enfantin pour illustrer les difficultés de la vie courante

Peut-être vous êtes-vous dit « Ce dessin est trop simpliste, c’est sûrement une série pour les enfants ». Détrompez-vous ! Aggretsuko illustre des situations rencontrées par les adultes, qui contrastent avec ce côté enfantin que l’on peut trouver au design. Oubliez les mignonnes petites histoires de Kitty-chan, place à Retsuko, employée exploitée et fan de death metal.

Mis à part ce contraste cocasse, la série illustre avec humour de petits instants gênants du quotidien qui peuvent arriver à n’importe lequel d’entre nous : arriver au travail en chaussure d’intérieur, un mot maladroit qui prend des proportions énormes ou encore l’énervement face à une vendeuse un peu trop insistante… Chacun de nous peut s’identifier à un moment ou un autre à une de ces scènes embarrassantes et c’est aussi la raison pour laquelle on enchaîne les épisodes.

Dans un monde où le bien-être commun et les apparences comptent plus que les sentiments individuels, Retsuko devra garder la face et porter un masque pour survivre en société. Et ce masque est dur à porter, même pour les Japonais qui sont habitués au principe de Honne et Tatemae (“ce que je pense réellement” et “ce que je dis pour le bien du groupe”).

La question se pose alors : cette série a-t-elle pour but d’aider les nouvelles générations à se sentir moins seules dans cette manière de vivre ? Ou la dénonce-t-elle ?

Un animal pour chaque personnalité

Comme pour Hello Kitty, Sanrio utilise une fois de plus des animaux au design adorable pour ses séries, avec cette fois une tonalité  beaucoup plus sarcastique. Chaque personnage peut être associé à un animal en fonction de sa personnalité, et l’association fonctionne plutôt bien. 

Si Retsuko est un mignon petit panda roux représentant une jeune fille délicate et innocente mais à la face cachée agressive, les autres personnages n’en sont pas moins bien représentés. 

Ton, le directeur du département de comptabilité au caractère explosif et aux remarques sexistes est associé au cochon et à juste titre. Il mènera la vie dure à Retsuko et ne ratera aucune occasion pour lui faire subir ses caprices et lui donner du travail supplémentaire. La supérieure directe de la jeune recrue est quant à elle représentée comme une vipère. Toujours prête à la critiquer et la rabaisser, elle enchaîne remarques sur remarques en critiquant ses subordonnés à qui elle délègue tout son travail.

Entretien avec un cochon

Entretien avec un cochon / ©Sanrio – Netflix

On pourra citer également l’hippopotame toujours prête à ouvrir sa grande bouche quand il y a une rumeur à diffuser ou encore l’adorable daim à l’apparence candide mais qui agit avec des arrière-pensées.

Ces animaux sont associés à des stéréotypes communs à beaucoup d’entreprises. Qui n’a jamais comparé un collègue désagréable à une fouine ou un serpent ? Certains passages vous évoqueront sûrement une personne de votre entourage, et peut-être que vous vous mettrez même à chanter du death metal dans les toilettes à votre tour !

Une critique déguisée de la société moderne

"Je te hais" / ©Sanrio - Netflix

« Je te hais » / ©Sanrio – Netflix

Comme nous l’avons souligné un peu plus haut, cette série parle d’une société et d’un quotidien difficiles à supporter. Les jeunes employés tentent de se faire une place dans le monde moderne et peuvent passer par de dures épreuves. C’est davantage le cas pour les femmes. On ne vous l’apprendra pas, au Japon, la place des femmes dans la société est encore sujet à débat. Beaucoup pensent encore qu’elle doit rester à la maison à s’occuper des enfants, et qu’une fois qu’elles trouvent un mari, elles quittent leur entreprise. Ce problème est souligné dans la série lorsque Retsuko voit le mariage comme une porte de sortie au harcèlement qu’elle subit. Pour autant, Aggretsuko n’approfondit pas le sujet au point de créer une polémique, mais étant un phénomène de société ancré dans leur quotidien, il était sûrement inévitable de l’aborder.

Les femmes sont également les plus touchées par les cas de harcèlement au travail, et c’est principalement autour de ce problème que tournent ces épisodes. La solitude ressentie, l’acharnement et le travail supplémentaire sont le quotidien des victimes qui tentent de sauver les apparences du mieux qu’elles le peuvent. Mais quand on n’a pas le choix, qu’on doit payer un loyer et qu’il n’y a pas de porte de sortie, on ne peut pas faire autrement que de serrer les dents et continuer de supporter ces épreuves. Beaucoup d’entre-vous le savent, ces cas de harcèlement sont loin d’être rares dans la société japonaise, et les entreprises qui pratiquent des horaires à rallonge et l’exploitation ont un nom bien à elles : les black kigyô.

Ces expériences de vie ne touchent pas seulement le Japon, le sexisme et le harcèlement sont vécus dans tous les pays même s’ils sont affrontés de manières différentes. Pourtant, certaines réactions restent humaines et communes à tout le monde, notamment l’envie de hurler sur son patron quand celui-ci dépasse clairement les bornes.

En somme, Aggretsuko c’est une bonne pointe d’humour, un dessin simple mais efficace, le tout dans un bon scénario satyrique. On reste dans l’attente de la saison 2 qui devrait arriver courant 2019 et comporter elle aussi une bonne dizaine d’épisodes. En voici d’ailleurs les premières images :

Et si après ça vous n’avez toujours pas envie de foncer sur Netflix pour regarder les premiers épisodes en boucle, alors on ne peut plus rien pour vous.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *