[Interview] Yoshihiko UMAKOSHI, le chara-designer de My Hero Academia – Two Heroes !

Deux ans après notre dernier article sur la série et le début de la deuxième saison de l’anime, l’équipe de Journal du Japon s’est penchée sur le film sorti l’été dernier au Japon, et en ce début d’année en France : My Hero Academia – Two Heroes. Alors qu’actuellement tout le monde attend la saison 4 de l’anime, qui devrait arriver fin 2019, c’est bien sur le film que l’on s’arrête un peu. Et pour cela quoi de plus sympathique que d’offrir une interview ? À l’occasion de sa venue à Paris Manga, Yoshihiko UMAKOSHI, le chara-designer de la série et du film s’est prêté au jeu des questions. Pour en savoir plus et sur le film et sur l’animateur-clé de la série, c’est par ici que ça se passe !

 

My Hero Academia – Two Heroes, un film qui envoie du PLUS ULTRA !

Affiche du film My Hero Academia - Two HeroesSi vous vous demandez où se situe le film de My Hero Academia – Two Heroes par rapport au reste de l’anime et sa chronologie, alors il se placerait juste après le fameux festival des sports de Yuei, celui-là même que Katsuki BAKUGO va remporter sans être ultra satisfait de la manière dont il y parvient. En somme, on se situe grosso-modo à la moitié de la saison 2, juste avant que nos apprentis héros partent en stage d’observation chez des professionnels. Pour autant, pas de relation directe avec l’anime. Au contraire, vous vous trouvez ici face à une histoire inédite, même si elle aurait très bien pu se dérouler directement dans l’anime.

Pour résumer, le film donne l’opportunité à Izuku MIDORIYA d’accompagner son mentor, All Might, lors d’une exposition scientifique novatrice ayant lieu sur une île ultra-sécurisée errant au gré des courants : I-Island. Très vite on comprend qu’y seront présentés les outils de demain, indispensables aux héros dans le futur afin de faciliter leur travail. C’est aussi le moyen pour All Might de rendre visite à un vieil ami qui va se retrouver bien malgré lui au cœur d’une sombre affaire. Alors que tout semble aller pour le mieux pour les élèves de la classe A, qui se révèlent bien sûr également présents sur les lieux, des super-vilains pénètrent l’île errante. Mais en prenant le contrôle de cette dernière, All Might se voit dans l’incapacité d’intervenir. Commence alors une course contre-la-montre pour tous nos apprentis héros qui devront se débrouiller seuls !

Le film est intéressant dans le sens où il reprend à merveille les codes véhiculés par l’anime, mais explore surtout un aspect qui n’est que rapidement survolé lors du festival des sports : les scientifiques et leurs gadgets. Si on sentait l’amorce dans l’anime, le long métrage saisit l’occasion de le mettre en avant vu que Izuku va pouvoir tester par lui-même un bracelet novateur. On découvre alors toutes les possibilités, ajoutant fortement à l’univers déjà bien dense créé par Kohei HORIKOSHI. Et puis depuis le temps qu’on attendait également des éclaircissements sur le passé de All Might, ce film permet d’en dévoiler un joli pan, qu’on ne refuse certainement pas ! D’autant plus quand on sait qu’au Japon, pour la sortie du coffret DVD/Blu-Ray du film, un OAV sur ce dernier a été réalisé, inspiré du one-shot pas encore sorti en France, All Might : Rising. Mais connaissant Ki-oon, peut-être l’aurons-nous dans nos contrées ?

Dans tous les cas, si vous êtes un fan de MHA alors pas de doutes, le film vous plaira : il y a tous les ingrédients qu’on attend, dont un combat particulièrement épique à la fin mettant en scène Izuku et All Might. On en dit pas plus mais ça vaut le coup d’œil et ça donne des frissons ! Et comme on ne voudrait pas vous mettre l’eau à la bouche et vous laisser en plan, sachez que si vous avez raté la diffusion au cinéma, vous pourrez retrouver ce Two Heroes chez ADN le 14 mai prochain. En attendant pour patienter, on vous propose de découvrir le travail de l’ombre réalisé par le chara-designer et animateur-clé de la série.

Yoshihiko UMAKOSHI, un touche-à-tout dans le monde de l’animation

Avec 30 ans de carrière à son actif, ses derniers succès en date comptant l’anime et le film de MHA, Journal du Japon s’est penché sur le travail d’un animateur pas tout à fait comme les autres, qui comme l’indique son CV (Magical Doremi, Berserk, Saint Seiya Omega…) touche un peu à tout : Yoshihiko UMAKOSHI.

Un des côtés de la jaquette du coffret dvd/bluray du film My Hero Academia Two Heroes

©Kohei Horikoshi, Shueisha/ »My Hero Academia: Two Heroes » Production Committee

Journal du Japon : Bonjour Mr UMAKOSHI et merci de nous accorder du temps. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Yoshihiko UMAKOSHI : Je travaille dans l’animation et suis animateur au Japon. Pour préciser un peu à vos lecteurs, l’animation est un travail collectif et l’animateur est là pour dessiner ces dessins animés. C’est mon rôle.

Comment en êtes-vous venu à faire de l’animation ?

Depuis tout petit je dessine. Et quand au lycée il a fallu faire le choix d’une orientation, j’ai décidé de faire un an dans une école spécialisée dans l’animation. Après mes études, je suis entré dans un studio de production d’animation professionnel.

Cela fait 30 ans maintenant que vous avez rejoint pour la première fois un studio d’animation. Est-ce que vous avez vu de grands changements depuis, au niveau technique ou même dans d’autres aspects ?

Oui cela a beaucoup changé forcément vu que cela fait déjà 30 ans que j’y travaille, mais ce que je ressens le plus peut-être, c’est qu’aujourd’hui les œuvres sont plus ciblées. Avant elles étaient plutôt générales et plus grand public alors qu’actuellement il va y avoir des œuvres qui vont vraiment cibler un public en particulier.

Est-ce que pour vous finalement cela a changé en bien ? Ou en moins bien ?

Du point de vue du public, 30 ans en arrière, c’était plus facile de partager car tout le monde avait les mêmes points communs et regardait la même chose. Il y avait quand même des personnes qui savaient ce qu’elle souhaitaient, qui étaient ciblées sur quelque chose, un peu comme une catégorisation et une stigmatisation de l’otaku, ce geek japonais. Alors qu’aujourd’hui cela a évolué, le statut de geek et de fan d’animation japonais est plus ouvert.

Plus accepté peut-être ?

Oui c’est ça, c’est comme une acceptation. C’est devenu naturel, c’est un loisir et non plus une catégorie de personne comme auparavant.

Un des côtés de la jaquette du coffret dvd/bluray du film My Hero Academia Two Heroes

©Kohei Horikoshi, Shueisha/ »My Hero Academia: Two Heroes » Production Committee

Vous n’avez pas forcément occupé qu’un seul rôle dans l’animation, vous avez été chara-designer, animateur, mais aussi directeur de l’animation. Vous touchez à tout donc, mais est-ce un choix ou un travail à un moment clé ?

À force de travailler en tant qu’animateur-clé, de rencontrer des gens et de travailler sur différentes œuvres, les opportunités se sont présentées. Par exemple, ce n’est pas en tant que chara-designer qu’on va dire je veux dessiner là et prendre cette décision. C’est plus un concours de circonstances. On m’a proposé différents projets et c’est là que j’accédais ou non à tel ou tel rôle. Ce n’est pas moi qui ai décidé sur tel ou tel autre projet de faire ceci ou cela, c’est au fil des propositions, le court naturel des choses en fait.

Dans votre carrière, vous avez souvent travaillé sur des animes adaptés de mangas à l’origine. Pour vous, y a-t-il une grosse différence entre le chara-design adapté et le chara-design original ?

C’est un peu au cas par cas car cela dépend de chaque personne. Mais pour moi, ma philosophie, enfin mon idéal c’est de re-transposer le trait du manga en anime. Dans l’idéal, j’essaie de ne pas sortir de la zone correspondant au manga, et je cherche à coller au plus près de l’original. C’est vraiment mon objectif. Il y a des personnes qui décident d’y ajouter leur patte malgré tout, mais moi non. De base je n’ai pas beaucoup d’œuvres originales à mon actif, mais c’est différent comme approche oui. Car dans un chara-design original, c’est moi qui crée et donne naissance à quelque chose. Le point commun aux deux reste le scénario et les producteurs qui donnent les directives. Pour de l’original j’ai également plus de marge de manœuvre, c’est moi qui fait vivre le dessin. Après je n’ai néanmoins pas de méthode ni de protocole pour créer les personnages.

Vous avez abordé plusieurs genres au sein de l’animation, le dernier en date étant MHA, un shônen. Avez-vous une manière particulière d’aborder un genre plutôt qu’un autre ?

Petit j’aimais beaucoup les séries de robots comme Gundam. Et une des grosses œuvres qui m’a donné envie d’entrer dans l’animation, car elle m’a fait forte impression, n’est autre que Ken le survivant. Donc j’avais une préférence on va dire, un peu comme une prédilection, pour les mangas d’action avec des personnages un peu musclés. En réalité j’ai surtout travaillé sur des shôjo et des anime de magical girl, ce qui m’a appris énormément. Car il y a un grand potentiel à exploiter derrière.

Soi-même on a du mal à être objectif, donc on se focalise sur ce qu’on aime en se disant « ah ça c’est mon genre préféré. » Mais de l’extérieur on me propose de travailler sur autre chose car on me signale que je serais capable de travailler sur tel projet par exemple. Donc j’ose, et j’y suis arrivé. C’est ce qui fait qu’à force, j’ai pu travailler sur différents genres, ce que je n’aurais jamais pensé à l’origine.

Visuel du premier teaser du film

©Kohei Horikoshi, Shueisha/ »My Hero Academia: Two Heroes » Production Committee

Au niveau de MHA, avez-vous travaillé de la même manière sur le film que sur la série animée ? Avez-vous rencontré des difficultés à ce sujet ?

C’est plus l’état psychologique, car au niveau des délais la série c’est plein de petits délais à respecter, avec des sollicitations constantes. Alors que le film c’est une période, il y a un peu plus de marge de temps, ce n’est pas la même approche. On se concentre sur une seule chose. C’est différent du coup, même si les deux versions ont leurs difficultés. Mais la sensation d’être poursuivi par le temps dans la série TV, c’est aussi un challenge : celui de réussir. On se découvre de nouvelles capacités et on sort des choses différentes qu’on n’aurait peut-être pas tentées autrement. Et ça fonctionne.

D’après vous que possède MHA par rapport aux autres shônen ?

Ce qui est marquant je trouve, c’est l’évolution des personnages car ils ont tous des objectifs, notamment les adultes qui sont comme des modèles. Souvent dans les shônen ils sont représentés comme des personnes un peu néfastes. Ici au contraire, ils ne sont pas forcément parfaits mais ils font des efforts aussi. C’est ce qui fait que les jeunes héros suivent derrière cette conception de l’idéal. Pour moi c’est ce qui est très prenant.

Pour vous, c’est cet aspect-là qui donnerait le succès que reçoit la série aujourd’hui ou il y aurait également une part dû à l’aspect super-héros et super-vilains ?

Il y a plusieurs facteurs oui. Et le fait qu’en ce moment il y ait cette mode des super-héros, ça y joue forcément. Notamment dans la forme effectivement. Mais MHA c’est un univers à lui tout seul, avec de nombreux personnages qui ont tous leurs défauts et qui vont évoluer. Donc chaque lecteur et chaque spectateur peut s’identifier à un personnage qui va lui plaire… Est-ce spécifique parce que c’est une œuvre japonaise vis-à-vis de l’influence des comics américains ? Peut-être, mais on a ici un côté plus mignon et léger, sans être pour autant dans la mascotte. On reste dans une histoire sérieuse mais on a des personnages attachants, un peu mignon, qui évoluent. C’est peut-être ce plus qui fait la différence par rapport à la vision des comics.

Pour finir sur le sujet, pourriez-vous nous dire qui est votre personnage favori dans la série ?

Pour moi c’est All Might, car ça rejoint ce qu’on a dit tout à l’heure : il représente LE super héros, mais aussi l’adulte qui fait des efforts pour essayer d’être le modèle des générations qui suivent. En tant que dessinateur il est aussi très plaisant à dessiner car il a beaucoup de zones d’ombres et de noir, avec des traits bien marqués. Et puis pour son côté musclé aussi, vu que comme je l’ai dit, j’aime ce genre de personnages. Et en tant que spectateur c’est un personnage que j’apprécie beaucoup, tout simplement.

Merci beaucoup !

 

Nous remercions Paris Mangas pour avoir permis cette interview, ainsi que Andy KIMURA pour la traduction, Emmanuel BOCHEW, son manager, M. OYABU et le Studio BONES.

Charlène Hugonin

Rédactrice à Journal du Japon depuis deux longues années, je suis un peu une touche-à-tout niveau mangas, anime et culture. Mais j'ai une jolie préférence pour tout ce qui a trait à la gastronomie japonaise, et ce qui tourne autour ! Peut-être pourrons-nous même en parler ensemble ?

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