Souvenirs (jap)animés #3 : Wolf’s Rain

Un univers désolé, une touche mélodramatique et une atmosphère lyrique… Wolf’s Rain nous conte le voyage d’une meute de loups en quête d’un paradis éloigné. Paru en 2003, l’anime, signé Tensai OKAMURA, a su marquer sa génération grâce à des scènes poignantes et à une réflexion poétique sur la vie… et la mort. 

Retour sur cette œuvre du studio d’animation Bones !

Wolf's Rain : anime du studio Bones

 

« Il paraît que le rakuen, le paradis, n’existe pas. On dit qu’on pourrait marcher jusqu’au bout du monde sans jamais le trouver. Quelle que soit la distance que l’on parcourrait, il serait toujours plus loin… encore plus loin. Pourtant, je continuerai à le chercher. » (Kiba, épisode 1)

 

Une errance sans fin sur les traces d’un paradis perdu

La série s’ouvre sur un curieux mélange de mélancolie et d’espoir, sentiments qui accompagneront le spectateur tout au long des épisodes. Dans un futur indéfini, le monde est plongé dans le chaos. Les humains tentent de survivre malgré la famine et le climat extérieur, marqués par une ère glaciaire et des conflits internes. Quant aux loups, ils ont disparu depuis bien longtemps… du moins, selon les dires. Ceux qui se souviennent de leur existence n’en parlent qu’à travers des légendes. Pourtant, ils errent encore et trompent le regard des Hommes en prenant apparence humaine. Une manière de se protéger du regard des autres et de leur cruauté, tout en continuant de se fondre dans la masse…

Dans cet univers post-apocalyptique, une prophétie persiste : quand le monde touchera à sa fin, le paradis apparaîtra. Cependant, seuls les loups pourront l’atteindre. C’est sur cette conviction que Kiba, Tsume, Hige et Toboe se lancent en quête d’une terre oubliée, bien décidés à y trouver la prospérité.

Commence alors pour la meute une aventure hors du commun, durant laquelle leurs destins seront à jamais entremêlés. Sur les traces de la « Fille-fleur », clé de leur bonheur, ils feront face à leurs propres démons et confronteront leur vision du monde à la réalité. Leur motivation sera-t-elle assez forte ?

Un conte onirique sublimé par une atmosphère atypique

Wolf’s Rain suit les traces de son prédécesseur Cowboy Bebop en matière de qualité technique. Le chara-design de Toshihiro KAWAMOTO (qui officiait déjà sur Cowboy Bebop) rappelle forcément la patte artistique du studio Bones et l’animation sait montrer les crocs lorsqu’il le faut. Elle reste fluide et dynamique sur l’ensemble de la série. L’alternance entre la vision du loup et celle de l’homme est bien ficelée et apporte une dynamique appropriée. Par ailleurs, les personnages conservent leur aspect animal même lorsqu’ils prennent apparence humaine, ce qui les rend plus singuliers.

Tensai OKAMURA signe ici l’une de ses premières grandes réalisations, après avoir travaillé en tant que storyboarder et directeur d’épisodes sur l’excellent Neon Genesis Evangelion. Par la suite, il ajoutera plusieurs flèches à son arc : Darker than Black, Nanatsu no Taizai, Ao no Exorcist

Les fans d’animation et de mythologies y trouveront à coup sûr leur compte, mais pas que ! La série sait toucher un plus large public à travers des plans proches de la cinématographie. Notre « metteur en scène » réalise ici un tableau mélancolique où la société est en pleine perdition. Des paysages réussis et une nature morte omniprésente dépeignent avec réussite la lente agonie du monde.

L'animation dans Wolf's Rain

©Wolf’s Rain by Fuji TV / Dybex

Les technologies sophistiquées détenues par les Nobles du récit marquent cependant un contraste flagrant. Machines volantes, forteresses à la pointe de l’innovation, laboratoires… La science-fiction et le fantastique se mélange pour nous plonger dans un décor hybride étrangement satisfaisant.

Le tout est porté par une bande-son magistrale de la compositrice Yōko KANNO. Subtil mélange de peine, de poésie, de motivation et de nostalgie, elle renforce la puissance émotionnelle ressentie au fil du scénario. Un véritable cri du cœur… L’opening apparaît ici comme un coup de griffe au milieu de ce paysage mélancolique, présentant une mélodie entraînante et aux sonorités anciennes.

Un scénario en manque de rythme et des personnages inégaux

Si Wolf’s Rain séduit par son atmosphère, son univers riche et sa forme, le fil rouge de l’intrigue finit par tirer en longueur. Une cadence trop linéaire et des passages flous ne donnent pas la possibilité au spectateur de s’approprier entièrement l’œuvre. Quant aux quatre épisodes récapitulatifs imaginés suite à un problème de production, ils arrivent comme un cheveu dans la soupe et freinent un peu plus le rythme du récit.

Cet aspect lent reste pourtant en totale cohérence avec l’ambiance de la série. L’histoire n’est-elle pas, au final, un simple support pour aborder des thèmes et des réflexions plus profondes ?

Autre élément important : les protagonistes. Le début de l’anime nous présente un quatuor principal assez figé et stéréotypé. Il faudra attendre plusieurs épisodes pour passer au-delà de l’archétype et se laisser un minimum porter par leurs idéaux. Une sensation nébuleuse et de « trop peu » nous laisse cependant sur notre faim. Wolf’s Rain aurait gagné en profondeur en effectuant un travail de fond un peu plus prononcé sur la psychologie de ses loups.

La deuxième partie de l’anime rattrape un peu la donne et certaines scènes poignantes vécues par les protagonistes ne peuvent que nous lier un peu plus à leur quête. Au final, ce sont tout de même les personnages secondaires qui volent très vite la vedette en offrant une véritable bouffée d’oxygène à l’intrigue.

On se plait ainsi à découvrir le passé de Quent, ex shérif d’une ville complètement détruite, et de son fidèle compagnon Blue. Convaincu du rôle néfaste joué par les loups dans ce drame, il cherchera à se venger. La scientifique Cher Degré et son ex-époux Hubb nous touchent également de par leur relation, mais aussi à travers leur évolution individuelle. Leurs doutes, leurs motivations et leur sincérité paraissent réels aux yeux du public et finissent par nous transporter.

Ce flot de personnages s’entremêlera et se démêlera au fil du récit dans une tempête d’événements où rien n’est jamais certain.

Les personnages dans Wolf's Rain

©Wolf’s Rain by Fuji TV / Dybex

Une métaphore de notre passage sur Terre

L’instinct animal des loups nous transporte dans une quête emplie de symbolismes et de réflexions sur l’univers, les croyances et la vie. Entre la guerre des classes, la pauvreté, l’esclavagisme et la loi du plus fort se mêlent les notions de liberté, d’amitié et de volonté. Wolf’s Rain représente ce que pourrait devenir le monde s’il continue de sombrer dans une lutte de pouvoir sans fin.

Au-delà de questions sociétales, la série interroge directement le spectateur sur ses propres motivations. Faut-il se contenter d’une vie sans histoire et du sentiment de sécurité qui nous enveloppe ou tout risquer pour être véritablement libre ? Le chemin est-il plus important que la destination ? Elle nous invite à chercher notre propre rakuen et à donner un sens à notre existence pour continuer d’avancer.

L’apogée de l’anime mène vers une fin ouverte où chacun peut interpréter les choses selon son vécu et ses convictions. Si les dernières minutes de la série ont beaucoup fait parler d’elles pour de nombreuses raisons, elles parviennent à remettre en question notre propre perception du monde. Une chose est certaine : elles ne vous laisseront pas indifférent…

Wolf’s Rain est une puissante allégorie qui invite à l’introspection. Sans se définir comme l’anime du siècle, la série a su nous offrir de magnifiques moments d’émotion. La nouvelle génération, comme l’ancienne, y trouvera son compte grâce à des thèmes intemporels et universels. Alors… Prêt(e) à hurler au clair de lune ? Rendez-vous sur le site de Dybex pour vous procurer l’intégrale en Blu-ray. 

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2 réponses

  1. 9 février 2020

    […] Wolf’s Rain et sa meute de loups, notre rubrique dédiée à la japanimation des années 1970 à 2000 se penche aujourd’hui […]

  2. 12 février 2020

    […] nos trois derniers épisodes de Souvenirs (jap) animés : Nadia ou le secret de l’eau bleue, Wolf’s Rain et le légendaire Gundam… La liste est incroyablement longue, en réalité, tant des […]

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