Entretien avec Dimitri Ianni, responsable du comité de sélection du festival Kinotayo

Tous les ans, le festival Kinotayo offre la possibilité aux cinéphiles de voir des productions japonaises récentes et qu’ils ne verraient pas autrement, mais aussi de pouvoir rencontrer des réalisateurs, acteurs, scénaristes, producteurs lors des séances de projections. Le festival a aussi fait le choix de se tenir à Paris et dans des villes de province.

Rencontre avec Dimitri IANNI, responsable du comité de sélection du festival.

Journal du Japon : Bonjour Dimitri Ianni, et merci pour votre temps. Pour commencer, pour situer le contexte,  pouvez-vous nous dire comment l’aventure du festival a commencé ?

Dimitri Ianni : Le festival a été fondé dans un contexte de déclin de la visibilité du cinéma japonais en France amorcée depuis plusieurs années. Les règles de la distribution commerciale ne proposant qu’une approche très fragmentaire de cette création souvent réduite à quelques cinéastes identifiés. D’autre part, même si l’on trouvait des festivals de cinéma asiatiques qui diffusaient des films japonais, il n’y avait à l’époque plus aucun festival consacré à l’une des cinématographies les plus riches au monde. Le festival est né en 2006, à l’initiative de Michel Motro, président d’honneur, en partenariat avec la région du Val-d’Oise qui a accueilli et financé l’association Kinotayo, car c’est le département qui comporte le plus d’entreprises japonaises en France. Au départ il s’appelait le Festival du Film Japonais Contemporain à L’Ère Numérique. En effet, c’était aussi un parti pris audacieux pour l’époque que de ne projeter qu’en numérique. La cérémonie d’ouverture de la première édition était présidée par Pierre Cardin et Kiyoshi KUROSAWA était le parrain du festival. Le premier Soleil d’Or a été attribué à titre posthume à Shôhei IMAMURA.

Et concernant votre propre parcours et votre arrivée au sein de l’équipe du festival ?

Je suis passionné de cinéma depuis mon adolescence et suis tombé amoureux du Japon lors de mon premier séjour dans ce pays il y maintenant 20 ans, ce qui m’a poussé à approfondir ma connaissance de cette culture et de son cinéma. Je me suis lancé dans l’écriture un peu par hasard au début des années 2000. Je suis autodidacte. Je n’ai jamais fait d’études de cinéma. C’est venu à l’époque où les premiers sites spécialisés consacrés au cinéma asiatique ont éclot et j’ai publié mes premières critiques et entretiens sur Sancho does Asia une revue électronique pionnière en France. A l’époque où Internet n’était pas aussi développé, nous étions l’une des rares à faire un travail de défrichage sur des pans méconnus du cinéma de genre asiatique tels que les films de Catégorie III hongkongais ou les V-Cinema (Ndlr : films destinés au marché de la vidéo) japonais des années 90. Cela pouvait prendre un aspect un peu maniaque mais c’était réjouissant. Il s’agissait avant tout de partager sa passion de manière totalement naïve et désintéressée.

Aujourd’hui, on trouve à peu près tout sur le net, notre démarche a donc perdu de son sens. Peu à peu, j’ai été reconnu comme « spécialiste » du cinéma japonais, et invité à présenter des films, à collaborer avec des éditeurs vidéo, et différentes manifestations et festivals comme Les Journées Cinématographiques Dionysiennes de Saint-Denis avec qui je travaille toujours. J’ai aussi commencé à écrire pour d’autres revues de cinéma comme Repérages, CinémAction, Vertigo, Mad Movies ou encore Répliques, une revue d’entretiens au long cours autour du cinéma, pour laquelle j’ai récemment publié un entretien fleuve avec le cinéaste Rûysuke HAMAGUCHI autour des films Senses et Asako I&II. De la critique cinéma que j’exerce encore, je suis ensuite passé à la programmation en 2013, année où j’ai rejoins le comité de sélection de Kinotayo à l’invitation de Jean-Pierre Limosin, fin connaisseur du Japon et réalisateur bien connu des amateurs de cinéma japonais, qui dirigeait à l’époque le comité et qui est toujours vice président du festival. Je lui ai succédé quelques années plus tard, Jean-Pierre ayant de nombreuses activités et projets qui ne lui permettent plus de s’investir autant dans un travail de sélection très chronophage.

Je me demandais aussi d’où venait le nom Kinotayo ?

Il s’agit d’une contraction faite à partir des mots japonais « kin no taiyo » qui a donné kinotayo, et qui signifie soleil d’or. C’était le nom du prix du public qui était une création de notre sponsor de l’époque le joaillier Mellerio, dits Meller. Le soleil d’or est aussi un hommage en creux au peintre Van Gogh dont une trilogie de célèbres tableaux portent le nom, ainsi qu’aux pointillistes qui créaient dans le Val-d’Oise et dont la technique peut évoquer le cinéma numérique, un parti pris du festival dès son origine.

L’intitulé complet du festival est “Festival du Cinéma Japonais Contemporain ? Qu’est-ce qui se cache derrière cet intitulé (quelle volonté se cache derrière cette précision) ?

Comme son nom l’indique, le festival a pour vocation de présenter au public français, aussi bien à Paris qu’en province, une sélection, la plus riche et diversifiée possible de la production cinématographique de l’archipel, autant dans sa forme (fictions et documentaires se côtoient) que dans le type de productions (indépendantes et commerciales). Ainsi, chaque année nous présentons une dizaine de films inédits produits depuis moins de 18 mois au Japon. Ce n’est certes qu’une infime part d’une pléthorique production, mais elle se distingue par une volonté de porter à la connaissance du public français la singularité du regard et du rapport au monde de cinéastes sur la société contemporaine japonaise ou des faits de société communs à nos deux pays.

De gauche à droite : Katsuya TOMITA ©Getty/Vittorio Zunino Celotto - Ryusuke HAMAGUCHI ©Pascal Le Segretain/Getty Images Europe / Kiyoshi KUROSAWA ©Timeout - hk - Hirokazu KORE-EDA ©Jacovides-Borde-Moreau/Bestimage

De gauche à droite : Katsuya TOMITA ©Getty/Vittorio Zunino Celotto – Ryusuke HAMAGUCHI ©Pascal Le Segretain/Getty Images Europe / Kiyoshi KUROSAWA ©Timeout – hk – Hirokazu KORE-EDA ©Jacovides-Borde-Moreau/Bestimage

Comment s’est fait le choix des films, comment les dénichez-vous et quel sont les critères de sélection mis en place, votre ligne éditoriale ?

Le festival fonctionne sur le principe d’un comité de sélection composé de membres bénévoles qui visionnent les films que nous recevons (180 pour cette édition). Nous nous réunissons à plusieurs reprises durant l’année, afin de composer notre sélection. L’idée est donc d’ouvrir un espace de discussion démocratique afin de confronter nos opinions et nos regards qui divergent selon notre propre perception du cinéma et notre rapport au monde. C’est aussi ce qui est enrichissant dans ce travail de sélection. On apprend du regard des autres. Il est difficile de parler de critères de sélection précis car nous avons tous un rapport différent au cinéma. Pour ma part, je défends l’idée de choisir un film sur ses qualités intrinsèques, c’est à dire principalement sa mise en scène, ce qui bien entendu, n’exclut pas le scénario ou le sujet et son traitement. Mais je ne suis pas favorable à choisir un film sur le seul critère de son sujet, aussi passionnant soit-il. C’est l’idée que je me fais d’un festival de cinéma. Le cinéma doit rester au centre, la culture en périphérie. Ce n’est que mon avis. Mais il est vrai qu’il faut aussi prendre en compte un public qui ne vient pas forcément pour ce seul cinéma, mais aussi pour goûter à la culture japonaise. C’est pourquoi vous trouverez dans cette édition des films aussi différents que And Your Bird Can Sing qui témoigne d’un vrai regard de metteur en scène, et Dans un jardin qu’on dirait éternel, un film qui célèbre la culture traditionnelle japonaise à travers l’art ancestral de la cérémonie du thé. Je crois que c’est à travers cette diversité que s’épanouit la réussite du festival et la qualité de sa programmation.

Pour finir, nous repérons les films par de multiples sources. Comme le travail de sélection se déroule du printemps à l’été, nous nous rendons chaque année au Marché du Festival de Cannes afin d’y rencontrer les distributeurs japonais présents, mais aussi au festival Nippon Connexion à Francfort, qui propose chaque année une sélection très importante de films japonais contemporains. Nous suivons également l’actualité des sorties dans les salles japonaises et nous nous appuyons sur un réseau de contacts au Japon établis depuis la création du festival.

Le cinéma d’animation reste rare dans vos sélections alors qu’il est le pan le plus populaire du cinéma japonais, y-a-t-il une raison à cela ?

Nous ne sommes pas réfractaires au cinéma d’animation. Nous avions d’ailleurs fait l’ouverture de notre 12e édition avec l’avant première du magnifique Dans un recoin du monde de Sunao KATABUCHI et la clôture de la précédente avec Your Name de Makoto SHINKAI. Néanmoins, et comme vous le faites remarquer, c’est un cinéma qui est déjà populaire, de ce fait nous sommes plutôt amenés à soutenir et montrer des films traditionnels qui ne bénéficient pas de la même visibilité en termes de distribution.

Parlons du public : entre, les férus de la pop culture, ceux passionnés par une frange culturelle japonaise, les cinéphiles, les curieux, les cinéphages, etc…quel est votre cible public et quel est le public qui vient au festival ?

Notre but est de nous adresser au plus large public possible. Je crois que chaque public est susceptible de trouver une oeuvre qui le touchera, des simples curieux aux cinéphiles pointus. Le public augmente d’ailleurs à chaque édition, ce qui nous encourage à poursuivre dans cette direction. Nous n’avons pas de cible particulière, néanmoins de par les lieux dans lesquels le festival se déroule, notre public est amené à se segmenter. Pour simplifier, le public qui fréquente les projetions à la MCJP (Ndlr : Maison de la culture du Japon à Paris) est un public assez identifié qui s’intéresse de manière générale à la culture japonaise. Celui du Club de l’Etoile aura tendance à être un peu plus cinéphile. Mais ce n’est pas si tranché. Et le public de province est encore différent, selon les régions et les salles partenaires.

De gauche à droite et de haut en bas : And your bied can sing de Sho MIKAYE, Dans un jardin qu’on dirait éternel de Tatsushi OMORI, The Kamagasaki cauldron war de Leo SATO, Family of strangers de Hideyuki HIRAYAMA, Oyster factory de Soda KAZUHIRO, Fires on the plain de Shin’ya TSUKAMOTO, Bangkok nites de Katsuya TOMITA

De gauche à droite et de haut en bas : And your bied can sing de Sho MIKAYE, Dans un jardin qu’on dirait éternel de Tatsushi OMORI, The Kamagasaki cauldron war de Leo SATO, Family of strangers de Hideyuki HIRAYAMA, Oyster factory de Soda KAZUHIRO, Fires on the plain de Shin’ya TSUKAMOTO, Bangkok nites de Katsuya TOMITA

Quelle a été, pour vous en tant que responsable du comité de sélection et en tant que fan du cinéma japonais également la plus grande évolution dans le cinéma japonais ces 13 dernières années, depuis la création du festival ?

L’une des tendances lourdes, qui remonte à bien avant la naissance du festival, c’est une baisse générale de la qualité des productions indépendantes et de leur visibilité, dû à des raisons structurelles qu’il serait trop long de détailler dans cet entretien. Mais il suffit de se souvenir de la vitalité du cinéma japonais des années 90 pour en dresser le constat. A ce titre, la trajectoire de Takeshi KITANO, Lion d’or à la Mostra de Venise en 1997 avec Hana-bi et dont les derniers films sont quasi invisibles chez nous, est emblématique de cette réduction de visibilité générale. L’on ne compte plus aujourd’hui qu’une dizaine de sorties en salle, dont la moitié sont des films d’animation, alors qu’il y en avait le double dans les années 90. Pour autant, le nombre de productions japonaises n’a cessé d’augmenter. On produit aujourd’hui plus de films au Japon que durant les sommets de l’âge d’or des studios (1958-1961). D’autre part, depuis la fin des années 2000, la part de marché des films japonais n’a cessé de dépasser celle des films d’importation. Mais ces chiffres ne sont qu’un écran de fumée, car l’industrie ne doit son salut qu’à un cinéma commercial ultra formaté, aseptisé et qui se désintéresse des sujets sociétaux. Mais ce cinéma est impossible à exporter. Par ailleurs, à cause de la crise, cela s’accompagne d’une précarisation croissante du cinéma indépendant sous financé (il n’existe pas de système de financement public type CNC au Japon), alors que c’est justement là que la liberté créative des cinéastes est la plus grande. Entre les deux, presque rien. Comme dans d’autres pays, y compris chez nous, ce qui est préjudiciable c’est la disparition des films dits du « milieu », dotés d’un budget intermédiaire, entre le film indépendant à petit budget et la grosse production commerciale. Impossible aujourd’hui de produire un film comme Tokyo Sonata au Japon.

Pour en revenir à la période du festival, et pour ne pas désespérer de cette situation, la nouveauté la plus réjouissante de cette dernière décennie aura été l’avènement de nouveaux visages du cinéma japonais indépendant. En effet, depuis les cinéastes emblématiques de la nouvelle vague des années 90 que sont les Kiyoshi KUROSAWA, Hirokazu KORE-EDA ou Naomi KAWASE, nous attendions la relève et l’émergence d’une nouvelle génération sur la scène internationale. Ceci à depuis changé avec la découverte en France de plusieurs cinéastes importants, tels que Kôji FUKADA qui avant de recevoir la Montgolfière d’or au Festival des Trois Continents pour Au revoir l’été et le Prix du Jury Un certain Regard à Cannes pour Harmonium avait été découvert et primé par Kinotayo en 2008 avec La Grenadière, un moyen-métrage d’animation adapté de Balzac. Parmi ces nouveaux visages l’on peut également citer Katsuya TOMITA, le réalisateur de Saudade et Bangkok Nites, qui sera présent en ouverture du festival avec Tenzô. Enfin Rûysuke HAMAGUCHI, consacré l’an passé avec le succès étonnant en salle de Senses ( Ndlr : environ 150.000 entrées en cumulé sur les 3 épisodes) et son entrée directe en compétition officielle à Cannes avec Asako I&II, sans oublier une rétrospective que lui a récemment consacrée la MCJP. L’autre tendance qui a accompagné l’émergence de cette nouvelle génération, c’est l’accession progressive de certains de ces jeunes cinéastes à la coproduction internationale, ce qui leur a permis de sortir de l’isolement où se trouvent habituellement les cinéastes japonais. C’est sans doute par là que passera dorénavant l’avenir du jeune cinéma japonais qui souhaite conserver son indépendance et sa liberté de création.

Quel bilan tirez-vous de ces treize ans d’existence ?

A la création du festival nous n’existions pas, aujourd’hui il se situe dans la norme : une moyenne de 80 spectateurs par séance sur l’ensemble de la France, une audience globale annuelle qui se rapproche des 10.000 spectateurs, 10.000 abonnés Facebook et une sélection unanimement appréciée par le public (note des films entre 16 et 19/20). Au niveau du Japon, désormais les films nous sont très rarement refusés, sauf circonstance indépendante comme la priorité donnée à un festival international pour une première mondiale ce qui est logique, comme c’était le cas pour And Your Bird Can Sing que nous voulions déjà projeter l’an passé mais qui a finalement été choisi par Berlin. Si l’on devait chiffrer notre bilan depuis l’origine, cela représente plus de 1.000 projections organisées, 2.000 films visionnés pour 221 films présentés au total, mais aussi 75 personnalités invitées qui sont venues dialoguer avec le public français dont des réalisateurs, acteurs et producteurs.

Logistiquement parlant, comment s’organise la diffusion des films, de leur sélection jusqu’à la diffusion en salle (entre le contact avec les ayants droits, les contrats, la récup des bobines, etc )?

La première phase consiste à repérer puis établir une liste d’environ 200 films produits au cours des dix huit mois écoulés les plus susceptibles de faire partie de notre sélection. Seul critère la qualité (artistique et technique) et l’intérêt du thème du film. Il nous faut ensuite collecter par tous moyens un fichier de ces films : VO ou VOST-anglais, le français étant rare à ce stade. Ces films sont ensuite visionnés et choisis par le comité artistique. Il faut ensuite négocier les droits et différents termes et conditions avec les ayants droit et signer un contrat en bonne et due forme ce qui est assez long. Suit la réalisation des films au format « DCP » VOSTF. Nous effectuons la post production lorsque c’est nécessaire, puis un sous titrage de qualité professionnelle, c’est-à-dire à partir du script japonais, chronométrage des dialogues, traduction, adaptation et finalement simulation. Les films sont ensuite dupliqués et transmis aux salles en copie physique ou via internet.

Le festival en soi à lieu fin novembre sur Paris, puis il y a une édition dans plusieurs villes de Province sur plusieurs mois, appelée “hors-les-murs”. Pourquoi cette édition provinciale et comment cela fonctionne-t-il ?

Lorsque le Festival a été conçu il était prévu qu’il ait lieu la même semaine dans toute la France, grâce à l’utilisation des technologies numériques d’où son nom d’origine : Festival du Film Japonais Contemporain à L’Ère Numérique. Quelques difficultés matérielles comme la disponibilité des écrans, la nécessité de plan marketing locaux et la disponibilité des bénévoles, nous ont conduit à étaler ce processus sur trois mois. De plus au début, les ayants droit ne souhaitaient pas ces projections hors les murs pourtant essentielles pour leur notoriété. Nous avons donc revu ces projections comme un début de distribution avec visa, bordereaux CNC et reversement des droits. Ainsi ces projections représentent maintenant près de 50% de notre audience. Si jamais le film trouve entre temps un distributeur, Kinotayo s’efface derrière lui. Nous enregistrons aussi des entretiens des réalisateurs envoyés au format DCP aux salles hors les murs qui ont ainsi des projections enrichies d’un accompagnement.

De gauche à droite : Leo SATO – Ayumi SAKAMOTO ©Kukuru inc – Kazuhiro SODA ©University of Michigan/um photography, M. Vloet – Koji FUKADA ©Pascal Le Segretain/Getty Images Europe)

Enfin, quelques questions plus “légères” . Pour finir vos coup de coeur, découvertes, déceptions sur les éditions que vous avez vécues que ce soit un film ou un invité?

Je dois avouer que je garde un souvenir mémorable de notre 11e édition. Ce n’était certainement pas la plus consensuelle mais en termes de qualité je crois que c’est l’édition dont je suis la plus fier. Cette année là nous avions le chef d’oeuvre de Ryûsuke HAMAGUCHI qui ne s’appelait pas encore Senses mais Happy Hour et durait 5h17. C’était réconfortant de constater que la projection à la MCJP avait même refusé du monde ! La présence de Kôji FUKADA qui revenait au festival avec deux films : Sayonara et Harmonium. Et Bangkok Nites de Katsuya TOMITA, un grand film sur le post-colonialisme, ainsi qu’Oyster Factory du documentariste d’observation Kazuhiro SODA ou encore HIME-ANOLE, un film de genre détonnant dont j’entends encore Kazuhiro Soda, venu voir le film, rire aux éclats face à l’humour noir et décapant de Keisuke YOSHIDA. Sans oublier Three Stories of Love qui marquait le retour Ryôsuke HASHIGUCHI, le réalisateur de Petite fièvre des 20 ans après plus de sept ans d’absence. Enfin, le radical Artist of Fasting de Masao ADACHI toujours interdit de sortie du territoire, et dont on nous reproche encore aujourd’hui la sélection. Je suis aussi très fier d’avoir participé à inviter Fires on the Plain de Shinya TSUKAMOTO lors de notre 10e édition, un grand film politique âpre et sans concessions sur les horreurs de la guerre qui aurait mérité une sortie en salles, même s’il a tout de même fini par bénéficier d’une édition vidéo. Enfin, c’est très personnel, mais je garde un souvenir ému de la venue en France lors de la 9e édition de Ayumi SAKAMOTO, une jeune réalisatrice qui avait tourné Forma, un premier film exigeant, audacieux et à la construction originale, qui avait obtenu le prix de la Meilleure Photographie. C’est une ancienne chef éclairagiste de Shinya TSUKAMOTO avec qui elle travaille toujours, et nous sommes devenus amis par la suite. Je lui rends visite à chaque fois que je retourne au Japon et j’attends son prochain film avec impatience.

Pour finir, quels films fait/font parti de vous coups de coeurs sur cette édition  2019 ?

En premier lieu, j’encourage tout le monde à aller voir Tenzô le dernier Katsuya TOMITA, l’un des cinéastes contemporains les importants du moment et que nous projetterons en ouverture. En ce qui concerne la compétition de cette 14e édition je citerai en premier The Kamagasaki Cauldron War de Leo SATO, pour ce qu’il montre du Japon et la manière dont il le fait. C’est un film tourné en 16 mm avec de vrais habitants de Kamagasaki, qui est un ghetto où se rassemblent les travailleurs journaliers d’Osaka et où Nagisa OSHIMA avait tourné jadis L’Enterrement du soleil. Quelque part, cela m’a évoqué le travail de TOMITA qui est d’ailleurs le premier à m’avoir recommandé le film de ce cinéaste. C’est un film tourné en totale indépendance à la lisière de la fiction et du documentaire et qui montre un aspect rarement évoqué de la société japonaise. J’aime aussi And Your Bird Can Sing de Shô MIYAKE, un film de jeunesse en forme de triangle amoureux, très vaporeux et plein d’ambiguïté. MIYAKE a un réel talent de metteur en scène et de direction d’acteur. Le jeu est très retenu, plein de justesse. Enfin, j’ai une certaine affection pour Talking the Pictures de Masayuki SUO qui parvient à réaliser un pur film de divertissement, tout en étant un film réflexif sur les origines du cinéma japonais et des benshi.

Et revenons pour conclure sur votre métier, quelles sont les qualités, selon vous, pour gérer le comité de sélection d’un festival de cinéma ?

D’une manière générale, il faut une bonne connaissance du cinéma et de ses réseaux afin d’effectuer une veille permanente sur la production cinématographique sur laquelle on travaille. Il faut savoir repérer les films qui échappent aux radars des grands festivals, mais méritent l’attention. La production indépendante étant au Japon très éclatée, c’est donc un travail difficile si l’on n’est pas sur place. Enfin, il faut des qualités d’ouverture et d’écoute de l’autre, on ne choisit pas par autosatisfaction. Il y a parfois des choix qui s’imposent ou des opportunités à saisir. Il faut aussi une capacité à affirmer ses choix esthétiques, et cela ne peut se faire qu’en exerçant son regard, voir et revoir des films.

Merci Dimitri et bon festival !

Toutes les informations sur le site et les RS.

 

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