Nagasaki : la plus cosmopolite des villes japonaises

Entre mer et montagne sur l’île de Kyushu, Nagasaki est une ville ouverte sur le monde. Unique port japonais commerçant avec l’étranger à une période où le Japon était coupé de tout contact avec le reste du monde, Nagasaki a conservé les vestiges de ce passé cosmopolite. Journal du Japon vous propose de vous y poser et de découvrir cette ville aux multiples facettes, accueillante et animée, qui renferme de nombreux sites classés au Patrimoine Mondial… dont les églises des premiers chrétiens du Japon.

Vue de Nagasaki depuis les docks Mitsubishi

Vue de Nagasaki depuis les docks Mitsubishi. Photo © Noriko HANADA

Nagasaki : un charme et un exotisme certain

Hollandais, Chinois, Américains ou encore Écossais, les nations ayant commercé avec la ville de Nagasaki durant les 17e et 19e siècle ont largement marqué le paysage architectural de cette cité portuaire. Unique port autorisé à entretenir des relations commerciales avec le reste du monde, Nagasaki renferme des vestiges architecturaux qui donnent à cette ville une charme et un exotisme certain. En vous rendant au Jardin Glover, du nom de l’entrepreneur Thomas Glover qui a joué un rôle central dans l’industrialisation du Japon, dans les hauteurs de la ville, c’est une incursion surprenante dans la Grande-Bretagne des années 1900 qui vous attend. Cottages de style colonial, jardin arboré et mobilier vous propulse dans une ambiance anglo-saxonne proprement dépaysante. Ce site est classé au Patrimoine Mondial depuis 2015.

Maison d'inspiration américaine dans le Jardin Glover

Maison d’inspiration américaine dans le Jardin Glover. Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

D’autant plus que pour arriver jusqu’au Jardin Glover, il vous faut remonter une rue qui nous laisserait croire qu’on se trouve dans une rue hollandaise avec une église qui se dresse au bout de la rue. Cette église d’Oura, aussi appelée Basilique des Vingt-Six Martyrs (seule église du Japon à avoir obtenu l’appellation de Basilique par le Vatican NDLR), l’une des seules en milieu urbain, fait partie des 12 sites dédiés aux Chrétiens cachés de la région de Nagasaki et classés au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

église de Nagasaki classée au patrimoine mondial de l'UNESCO

Ambiance hollandaise aux alentours de la baslique d’Oura. Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

La présence chrétienne : de la tolérance au grand secret

Au 16e siècle, l’arrivée du prêtre portugais François Xavier issu de la Compagnie de Jésus et de nombreux autres missionnaires ouvre la voie à une évangélisation en terre nippone. Nagasaki sera ainsi la première région du Japon a accueillir une communauté chrétienne. Cependant, l’ère florissante d’ouverture sur le monde, de commerce et de tolérance religieuse à l’égard des chrétiens va finir par laisser place à une longue période d’interdiction du christianisme. Durant plus de 250 ans, les Japonais ayant embrassé la foi chrétienne deviennent les  « chrétiens cachés ». Afin de fuir les persécutions, ils se réfugient dans les îles de la région de Kyushu ou alors dissimulent leur foi derrière en pratiquant des rites bouddhistes ou shintoïstes. Les autorités ont exercé une sévère répression à l’égard des chrétiens de la région de Nagasaki. Aujourd’hui, la ville commémore ce passé difficile au travers de nombreux monuments.

Monument à la mémoire des Vingt-Six chrétiens martyrs de Nagasaki

Monument à la mémoire des Vingt-Six chrétiens martyrs de Nagasaki. Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

Une ville au patrimoine historique et industriel riche

Sur l’île artificielle Dejima, à quelques stations de tramway de la gare, c’est l’histoire commerciale de Nagasaki avec le monde extérieur qui vous attend. Partie intégrante de la ville aujourd’hui, l’île en forme d’éventail a été l’emplacement de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Durant la période isolationniste du Japon, ce fut l’unique port d’échanges commerciaux et culturels avec l’Occident pendant plus de 200 ans. Une large partie des anciennes résidences ont été restaurées, selon des méthodes traditionnelles de construction de la période Edo. Plusieurs demeures de Dejima sont aujourd’hui des musées qui permettent de se rendre compte de la vie quotidienne entre hollandais et employés japonais assignés à résidence sur cette île.

Dejima, quartier à Nagasaki

Dejima. Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

Sidérurgie, extraction minière, construction navale… le Japon va s’illustrer par une industrialisation fulgurante au lendemain de la période féodale. Dans le courant du 19e siècle et à l’aube du 20e, Nagasaki est l’étendard de la révolution industrielle de l’ère Meiji. Une période de modernisation rendue possible par les échanges qu’entretient alors la cité portuaire avec les nations étrangères. En s’appropriant les connaissances, savoirs et techniques occidentales, le Japon développe une industrie prospère. Ses infrastructures forment aujourd’hui des sites du patrimoine industriel classés au patrimoine mondial. La ville de Nagasaki renferme à elle seule 8 des 23 sites de la révolution industrielle Meiji au Japon classés au patrimoine mondial.

Parmi eux, les mines de charbon de l’île de Hashima (Gunkanjima, littéralement « île navire de guerre »), est un site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO avec une histoire emblématique de cette période d’industrialisation du Japon. A quelques kilomètres des côtes de Nagasaki, cette île hébergeait uniquement les travailleurs de la mine et leur famille. Résidant en vase clos mais non coupé du reste de l’archipel, cette île fut complètement vidée de ses habitants au lendemain de la fermeture de la mine en 1974. Aujourd’hui, l’atmosphère particulière, sa physionomie et son histoire particulière en fait parfait décor de cinéma. L’île a notamment servi de cadre aux aventures du célèbre agent 007 dans Skyfall en 2012.

Aujourd’hui, il est possible de visiter certaines parties de l’île par le biais d‘excursions en bateau au départ du port de Nagasaki. Néanmoins, les derniers typhons ont rendu dangereux la visite de l’île, temporairement fermée au public. Mais, ne vous inquiétez pas ! Il est possible de visiter virtuellement et en 3D l’île en vous rendant au musée digital Gunkanjima dans le centre de Nagasaki. Une expérience unique où vous aurez notamment l’occasion de croiser l’un des habitants de l’île.

 

Né sur l’île de Gunkanjima où il a vécu avec ses parents jusqu’au départ en 1974, MINORU Kinoshita nous a partagé son quotidien sur cette île et ne cache pas être aujourd’hui nostalgique de cette période de sa vie. Un témoignage passionnant ! Et rassurez-vous, un guide anglophone présent dans le musée pourra se charger de la traduction du japonais vers l’anglais.

MINORU Kinoshita

MINORU Kinoshita. Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

Balade en bateau et musée de l’histoire de la ville de Nagasaki

Pour découvrir depuis les cotes, le patrimoine industriel et architectural de Nagasaki, prenez place dans le bateau historique, le Kankomaru. Une bonne idée pour voir depuis le large les différents sites du patrimoine mondial de l’UNESCO et les 150 ans qui ont fait l’histoire de la ville. Nichée entre mer et montagne, le panorama offert par cette balade maritime est une excellente occasion de profiter du panorama au larges de Kyushu.

Le Kankomaru

Le Kankomaru. Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

Afin de prolonger votre connaissance de cette ville cosmopolite, rendez-vous au musée de l’Histoire et de la Culture de Nagasaki. Il s’agit de l’un des principaux musées du Japon portant sur l’histoire des échanges internationaux. Ce musée renferme des objets et manuscrits de l’histoire de Nagasaki mais également des œuvres d’art. Une immersion ludique dans le Nagasaki de l’époque Edo. On n’oublie pas que Nagasaki fut également le théâtre d’un épisode douloureux de la Seconde Guerre Mondiale avec la ville de Hiroshima. Les sites consacrés à l’histoire de la bombe nucléaire sont évidemment présents dans la ville de Nagasaki. Ces lieux de mémoire font partie intégrante de l’histoire de la région mais ne caractérise pas cette ville dynamique, chaleureuse et cosmopolite, incontestablement tournée vers l’avenir.

Miniature du musée de Nagasaki

Miniature du musée de Nagasaki. Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

Spécialités culinaires et vie culturelle

Au Japon, il est difficile d’être déçu, culinairement parlant. La réputation de la gastronomie japonaise et de ses qualités ne sont plus à faire. Et, à Nagasaki, la cuisine n’est pas en reste. Riche de ses influences chinoise, portugaise, hollandaise, la cuisine de Nagasaki est goûteuse et variée. Les produits locaux, notamment les produits de la mer, viennent enrichir une cuisine savoureuse et accessible. Faites notamment l’expérience d’un dîner Shippoku, un repas autour des saveurs japonaises, chinoises et occidentales. Champon, Saraudon, riz turc, huîtres, fruits de mer, Goto Udon… les gastronomes et les gourmands seront au paradis (nous, on l’était en tout cas). Et mention spéciale au gâteau emblématique de la ville de Nagasaki, la Castella, amenée par les portugais.

Cuisine de rue à Nagasaki

Cuisine de rue à Nagasaki. Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

Une générosité et une chaleur dans l’assiette que l’on retrouve également chez les habitants de Nagasaki. La vie nocturne et dynamique mais elle est surtout rythmée par de nombreux événements tout au long de l’année.

Nagasaki, la ville des festivals d’envergure !

En automne, durant 3 jours, l’impressionnant Festival Kunchi de Nagasaki célèbre la divinité du sanctuaire Suwa. A cette occasion, toute la ville est en ébullition. Les emblématiques chars du festival paradent dans les rues et rappellent l’histoire interculturelle, maritime et commerciale de Nagasaki.

Photo © Rachida Ourahou - Tous droits réservés

Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

Également incontournable, le Festival des Lanternes se déroule chaque année en hiver (fin janvier, début février). A cette occasion, la ville de Nagasaki se pare de plus de 15 000 lanternes colorées et féériques. Mais pas que ! De nombreuses installations lumineuses sont distillées dans différents secteurs de la ville pour le plus grand plaisir des petits et des grands.

Photo © Rachida Ourahou - Tous droits réservés

Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

À l’origine, il s’agissait d’une fête donnée lors du Nouvel an chinois par les habitants du quartier chinois Shinchi. Aujourd’hui, c’est devenu l’un des événements phares de l’hiver à Nagasaki. Dans différents points de la ville, des festivités, spectacles de rue, parades, acrobaties et concerts se déroulent pour le plus grand plaisir des visiteurs. Point d’ogre du festival : les danses de dragon.

Photo © Rachida Ourahou - Tous droits réservés

Photo © Rachida Ourahou – Tous droits réservés

Ambiance féerique garantie ! En 2019, ce sont près d’un million de visiteurs qui se sont pressés dans les rues de Nagasaki. L’édition 2020 a également accueilli près de 500 000 personnes malgré la pluie. Notez que ce festival dure 15 jours et se déroule dans 7 sites différents de la ville : le quartier chinois Shinchi, à visiter impérativement, le Chuo Park, ou encore à Nakashima où vous verrez également le « Megane Brigde », le pont en forme de lunettes.

Allez, pour vous donner envie de faire partie de la fête et ajouter Nagasaki dans votre prochain voyage au Japon, finissons cet article avec une petite vidéo que l’un des participants de la Dragon Dance 2020 à partager avec nous. Merci à Monsieur O. pour cette vidéo.

 

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1 réponse

  1. 24 mai 2020

    […] Pour aller plus loin, nous vous proposons de découvrir Nagasaki, la plus cosmopolite des villes japonaises. […]

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