Zainichi, les Coréens du Japon

Les Zainichi Kankokujin sont des résidents coréens qui n’ont pas la nationalité japonaise mais qui vivent et travaillent au Japon. Rattachés idéologiquement à la Corée du Nord, à la Corée du Sud ou détachés de leur pays d’origine avec une volonté de s’intégrer totalement à la société nippone, encore aujourd’hui, ils subissent de fortes discriminations dans ce pays d’accueil qui les a toujours traités comme des citoyens de seconde zone.

Actuellement à la 4e génération de Zainichi, on pourrait penser que les choses vont en s’améliorant mais les tensions entre le Japon et la Corée demeurent. Les clichés persistants font que les plus jeunes Coréens du Japon peinent encore à se forger une identité. Découvrons qui sont ces Zainichi et comment ils s’organisent au Japon, pour faire face à la xénophobie qu’ils vivent au quotidien.

zainichi coréens

Drapeaux de la Corée du Sud et du Japon – Montage de Hidechika Nishijima pour Nikkei Asia

Les Zainichi, ces Coréens qui sont restés au Japon

Le terme Zainichi (在日) désigne littéralement « ceux qui résident au Japon » et ne s’applique donc pas uniquement aux seuls Coréens mais bien à tout résidant au Japon à long terme sans avoir la nationalité japonaise. Toutefois, il est majoritairement utilisé pour parler des Coréens qui ont débarqué dans l’archipel dès 1910, suite au traité d’annexion de la Corée qui a fait du pays une colonie japonaise.

À cette époque, l’empire du Grand Japon (大日本帝国 Dai Nippon Teikoku), qui imagine se forger un puissant empire, est plus industrialisé que son voisin coréen. Avec une population croissante et une industrie en plein essor au pays du Soleil Levant, la confiscation d’une bonne partie des terres agricoles en Corée pousse des Coréens à émigrer au Japon. Pendant une dizaine d’années, ces nouveaux arrivants, une centaine de milliers de Coréens, vont donc remplir les usines et constituer une main d’œuvre peu chère pour le Japon. Occupant des postes difficiles, dans des conditions de travail peu reluisantes, ils vivent de fortes discriminations. Les Japonais estiment alors que les Coréens sont peu éduqués et peu travailleurs. Et ce racisme sera exacerbé après le séisme du Kantô du 1er septembre 1923, quand des rumeurs accusèrent les Coréens de profiter du chaos ambiant pour piller, empoisonner l’eau ou déclencher des incendies. Il en résulta un massacre, avec plusieurs centaines voire plusieurs milliers de Coréens tués selon les sources.

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Officiers Japonais en Corée – Photo de Topical Press Agency (Getty Images)

Une situation difficile qui ne fera que s’accentuer durant la Seconde Guerre mondiale alors que le Japon fait face à une pénurie de main d’œuvre. Le gouvernement puise dans ses colonies pour remplir ses usines d’armement ou ses mines de charbon, avec une campagne de recrutement mise en place en Corée en 1939, qui devient un service obligatoire en 1944, quand la tournure des événements devient moins favorable aux Japonais. En 1940, on compte plus de 1 400 000 Coréens au Japon et même plus de 2 millions à la fin de la guerre. Si un grand nombre d’entre eux retournera sur sa terre natale après la guerre, environ 650 000 Coréens installés depuis suffisamment longtemps pour se penser acceptés vont décider de rester au Japon.

Ce sont eux que l’on nomme les Zainichi. Et depuis 1991, ils sont de moins en moins nombreux et ont perdu leur statut de minorité ethnique au Japon la plus représentée au profit des Chinois. En 2018, on recensait environ 500 000 descendants des migrants de l’ère coloniale : avec pour zones de résidence principales Osaka  en comptant 105 184 et Tokyo, 99 901 Zainichi.

Comment s’organisent les Zainichi ?

Sur fond de tensions liées à la guerre de Corée (1950-1953), durant laquelle certains habitants du pays cherchent à fuir les tortures et la répression anti-communiste menée par le président Syngman RHEE et trouvent refuge illégalement au Japon, le racisme anti-coréen croît encore et le Premier ministre d’alors, Shigeru YOSHIDA propose même que le gouvernement finance la déportation des Zainichi, qui ne contribueraient en rien à l’économie japonaise et qui serviraient l’ennemi communiste.

La scission de la Corée en deux entités, Corée du Sud et Corée du Nord, va amener à d’autres questionnements sur le statut des Zainichi. Conséquence : en 1950, les Coréens sont face à un choix. S’ils soutiennent le Sud, ils peuvent alors opter pour la nationalité de Daikan Minkokun correspondante au nouvel état formé en Corée du Sud. Quant à ceux qui restent fidèles au nord, ils écopent du statut de Chōsen-seki, qui est une nationalité alternative et qui n’est pas considérée comme un statut officiel car le Japon ne reconnaît pas la Corée du Nord comme un pays.

Plus japonais, pas coréens ?

En 1952, après la signature du traité de de San Francisco (ou traité de paix avec le Japon, qui prévoit notamment la l’indépendance de la Corée, des compensations aux pays et aux victimes de l’expansionnisme nippon et qui marque l’indépendance du Japon, avec la fin de l’occupation américaine début en 1945), les Coréens Zainichi perdent la nationalité japonaise. Cela aura un impact considérable sur la vie des Coréens qui ont choisi le Japon comme terre d’accueil. Ils vivent dans ce pays, y paient leurs taxes et leurs enfants assimilent la culture locale ; mais de facto sans la nationalité japonaise, ils se voient priver du droit de vote. Les deux premières générations d’immigrants, qui espéraient certainement un futur meilleur pour les progénitures, ont subi de plein fouet les discriminations. Cet espoir, couplé au nationalisme distant diffusé par les deux principales associations de Zainichi au Japon, permet de mieux saisir pourquoi certains ont cédé aux sirènes du rapatriement, quand d’autres ont préféré se refermer dans le communautarisme.

Les organisations coréennes au Japon : Mindan et Chôsen Sôren

Les Zainichi qui n’ont pas choisi l’assimilation et qui tentent de préserver la culture de leurs racines se tournent vers deux associations : Mindan aux valeurs anti-communistes liée à la Corée du Sud (65 % des Zainichi, soit environ 400 000 dans ses grandes années) et Chôsen Sôren qui soutient le régime nord-coréen (25 % des Zainichi, soit environ 150 000 à son pic de popularité). Quand on sait que les Coréens du Japon proviennent à 90 % du sud de la Corée, on peut s’étonner du grand nombre d’adhérents de l’association de soutien à la Corée du Nord. En fait, cela s’explique principalement par une propension plus marquée de celle-ci à préserver les valeurs de la culture coréenne.

Mindan, l’association des Zainichi du Sud

Établi en 1946 à Tokyo, Mindan (Union des Coréens du Japon) regroupe les partisans du Sud et tente de faire le lien entre la culture coréenne et la société japonaise. L’association organise ainsi des voyages en Corée du Sud pour les Zainichi les plus jeunes qui voudraient découvrir la patrie de leurs ancêtres ou des événements interculturels. Elle apporte aussi des aides financières comme ce fut le cas pour les victimes du Tohoku après la catastrophe de Fukushima. Avec ses 48 ​​sièges régionaux et 277 succursales, l’association s’est donnée pour objectif d’améliorer la vie de leurs citoyens résidents au Japon.

la corée au japon

Korea Town à Tokyo – Photo de Trevor Dobson (Flickr)

Chongryon (Chôsen Sôren), le soutien nord-coréen

L’association Chongryon (Chôsen Sôren en japonais) représente, elle, la Corée du Nord et sert d’ambassade au pays. Si elle dispose de nombreux soutiens de la part de ses membres, elle est au cœur de polémiques et fait face à de nombreuses accusations. On lui reproche notamment : de financer le Parti communiste dirigé par Kim Jong Il via les dons des familles destinés à leurs proches en Corée du Nord ; de jouer aux espions sur le territoire japonais ; et de faire de la propagande pro-Pyongyang dans les salles de classe ou lors des réunions.

Certains anciens adhérents ont d’ailleurs porté plainte contre Chongryon à la suite de la campagne de rapatriement baptisée « Paradis sur Terre » mise en place entre 1959 et 1984. Cette dernière promettait une maison meublée et au moins 3 mois de riz aux Coréens du Japon qui rentreraient dans la mère patrie. Les 93 340 malheureux qui firent le voyage, des Zainichi et certaines épouses japonaises, ont vécu l’enfer là-bas ! Et ceux qui ont réussi à fuir parlent aujourd’hui de kidnapping national. Cela n’a fait qu’accroître les suspicions sur le bien-fondé d’une telle association et cela a poussé le gouvernement japonais et les mouvements nationalistes à protester. Toutefois, les première et deuxième générations de Zainichi soutiennent encore fortement le Chongryon et rappellent que seul le Nord les a défendus après la scission de la Corée.

Les écoles coréennes au Japon

L’un des catalyseurs des discriminations rencontrées par les Zainichi se trouve dans les écoles coréennes, fondées et financées par les Coréens travaillant au Japon et restés fidèles à la patrie nord-coréenne; auxquelles les Japonais reprochent de servir de terrain de propagande pour le Nord. On y enseigne en coréen (mais aussi en anglais et en japonais, désormais), on trouve le portrait de Kim JONG-IL dans les salles des professeurs (ils ont été retirés des salles de classe en 2002, en signe d’apaisement) et les livres scolaires diffusent un programme qui a tendance à idéaliser la Corée du Nord et les actions de ses leaders historiques.

Toutefois, une loi japonaise promulguée en 2003 a exclu les étudiants des écoles ethniques coréennes des concours d’entrées dans les universités japonaises, avant que le gouvernement ne décide de couper les subventions pour ces établissements depuis 2010-2014. Un scandale pour les parents des étudiants qui fréquentent ces écoles, qui accusent le pouvoir politique japonais de prendre en otage l’éducation de leurs enfants et de faire subir aux Zainichi des pressions basées uniquement sur les tensions entre le Japon et la Corée du Nord.

Aujourd’hui, 8 000 élèves sont scolarisés dans une centaine d’écoles coréennes ethniques sur le territoire japonais. Leur fréquentation est en chute libre pour plusieurs raisons. D’abord, l’absence de subventions empêche d’entretenir les bâtiments qui deviennent vétustes et ne répondent plus aux normes antisismiques attendues au Japon. Ensuite, les Coréens nés au Japon ont tendance à être envoyés dans le système scolaire classique, par simple souci d’intégration, mais aussi pour éviter les frais de scolarité élevés dans ces écoles (400 000 yens par an, soit environ 3 200 euros). Enfin, les écoles ethniques coréennes ont été prises à plusieurs reprises pour cible par des groupes nationalistes japonais, ce qui ne peut que susciter des craintes chez les parents d’élèves.

Entre racisme, luttes et repli nationaliste

Au quotidien, les Zainichi doivent faire face à de multiples discriminations, que cela soit dans la recherche d’un emploi ou d’un appartement, dans leurs relations amoureuses mais aussi de leur place dans la société japonaise. Comme nous allons le voir, les racines de ces maux sont profondes et cela entraîne des réactions nationalistes de part et d’autre.

Un racisme historique sur fond de géopolitique

Les tensions politiques entre le Japon et la Corée ne datent pas d’hier et elles influent sur la perception qu’ont certaines franges de nationalistes japonais sur les Zainichi. Parmi les conflits actuels, chacune des deux nations se disputent depuis plusieurs décennies les Rochers Liancourt, des îles situées en Mer du Japon. Autre point de tension vif entre les deux pays, le cas des « femmes de réconfort », l’euphémisme qui sert à désigner le système d’esclavagisme sexuel mis au point par le Japon durant la Seconde Guerre mondiale, où plus de 200 000 Coréennes (mais aussi des milliers de femmes originaires d’autres pays d’Asie) ont été enlevées et piégées pour le plaisir des soldats impériaux. Un fait que le gouvernement japonais n’a toujours pas reconnu officiellement et pour lequel il ne s’est donc jamais excusé. Pire, l’extrême-droite attise la haine en parlant de « nécessité ». Tous les mercredis midi à Séoul, depuis 1992, des manifestants viennent demander justice, maintenant ainsi le débat pour que les victimes de ces viols ne tombent pas dans l’oubli et qu’elles reçoivent des indemnisations et des excuses.

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Manifestation du Zaitokukai en 2013 – Photo de Yonhap News Agency

Parmi les plus virulents dans la lutte contre les Zainichi et par extension contre les Coréens, on trouve le parti Zaitokukai, « l’association des citoyens contre les privilèges spéciaux des Coréens du Japon ». Fondé en 2007 par Makoto SAKURAI, ce parti raciste est actif sur internet (avec les Netto-Uyoku) et dans des manifestations publiques qu’il organise dans les quartiers coréens majeurs du Japon, comme celui de Shin-Okubo à Tokyo. Tous les mouvements de l’extrême droite japonaise profitent évidemment de la moindre tension diplomatique entre l’une des Corées et le Japon comme un tir de missiles de Pyongyang au-dessus du Japon ou la reconnaissance partielle de la Corée du Nord d’enlèvements de citoyens japonais, par exemple, pour exprimer leur haine des Coréens. Leurs discours ouvertement racistes et xénophobes sont tolérés depuis trop longtemps au Japon… En janvier 2020, un centre communautaire de la ville de Kawasaki qui organise des échanges culturels entre Japonais et résidents étrangers a même reçu une lettre anonyme appelant à « exterminer les Zainichi coréens de la surface de la terre » ! Face à une telle violence, il n’est pas si étonnant de voir des Coréens du Japon se rapprocher de leur racine.

Vers un nationalisme coréen au Japon ?

Sommet Corée - Japon en 2009

Sommet Corée – Japon en 2009 à Seoul avec le président coréen Lee Myung-bak et le Premier ministre japonais Taro ASO – Photo de la République de Corée (Flickr)

Si les deux premières générations de Coréens au Japon ont subi leurs lots de discriminations sans véritablement pouvoir se révolter, la troisième génération de Zainichi qui est née et qui a grandi au Japon, souhaite lutter pour ses droits et refuse d’être traitée comme une minorité ethnique de seconde zone. Les membres des différentes associations, même si toujours moins nombreux ces dernières années, revendiquent leur culture et leurs traditions et forment un clan à part de Coréens au Japon qui cherchent à s’émanciper du carcan japonais. C’est toutefois une minorité, souvent membres de Chongryon, qui répond simplement à « la stratégie anti-coréenne » de Shinzō ABE, comme ont été perçues les décisions politiques de ces dernières années.

Qui pour défendre les Zainichi ?

Les choses changent au Japon, comme le prouvent les premières lois « anti hate-speech » adoptées le 25 mai 2006. Un premier effort contesté, car il ne pénalisait en rien les menaces verbales, mais uniquement les menaces physiques ou les menaces de mort. Il a été suivi cette année par la promulgation d’une loi plus effective, dans la ville de Kawasaki qui compte l’une des plus grandes communautés coréennes du Grand Tokyo. Elle punit les discours haineux dans la rue et les actions anti-étrangers d’une amende de près de 4 000 euros et de la divulgation des noms et adresses du contrevenant. Un pas en avant pour combattre les discriminations, auxquelles viennent s’ajouter plusieurs groupes de soutien aux étrangers.

  • Le CRAC : Counter Racist Active Collective, proche de nos mouvements Antifa, qui organise des contre-manifestations et des événements en soutien aux Zainichi et aux communautés étrangères du Japon.
  • Des communautés locales, comme le Tokkabi de la ville de Yao (Osaka) ou le Mukuge à Takatsuki, qui œuvrent pour aider les nouveaux arrivants étrangers au Japon, et qui ont été très actives dans les années 1980 pour favoriser l’intégration des Zainichi.
  • À Osaka, on trouve également Taminzoku kyôsei jinken kyôiku senta, une association à but non-lucratif qui traite des discriminations rencontrées à l’embauche, du bien-être des personnes âgées résidentes au Japon sans la nationalité ou des problèmes d’identité liés au multiculturalisme, dans des conférences et des lectures destinées au départ aux Zainichi, mais qui englobent désormais les troubles rencontrés par les nouvelles communautés d’étrangers.

Quelle identité pour les Zainichi de 3e et 4e générations ?

enfant zainichi japon

Enfants supporters lors d’un match de baseball Japon-Corée – Photo de EL Fredy (Flickr)

La grande majorité des Zainichi de 3e et 4e générations n’a peu ou pas de lien avec la Corée et ils sont bien plus liés au Japon qu’à un pays qu’ils n’ont jamais vu. Pourtant, ils font toujours face à des discriminations quotidiennes qui prennent des formes variées et qui entraînent un véritable problème identitaire. Il faut savoir que les principales associations que sont Mindan et Chongryon n’hésitent pas à parler de « traîtrise », quand un Coréen Zainichi fait une demande de naturalisation. Pourtant, plus de 60 % des demandes de naturalisation pour devenir Japonais proviennent de Coréens (environ 10 000 demandes / an), ce qui tend à prouver que la tendance est à l’assimilation culturelle plutôt qu’au nationalisme prôné par ces groupes.

Le sociologue Yasunori FUKUOKA, dans sa thèse The Lives of Young Koreans in Japan (« La vie des jeunes Coréens au Japon »), classe les Zainichi en 4 groupes :

  • Les « Pluralistes » orientés vers la culture japonaise qui renient un peu leur identité culturelle d’origine et qui souhaitent vivre avec les Japonais.
  • Les « Nationalistes », Coréens plus proches de leur terre natale et qui se voient comme des citoyens étrangers. Ce sont souvent des membres de Chongryon.
  • Les « Individualistes » qui prêtent peu d’importance au fait d’être Japonais ou Coréens et qui se concentrent sur leur réussite personnelle plutôt que sur les problèmes de la communauté zainichi.
  • Les « Assimilationnistes » qui veulent devenir Japonais et qui demandent leur naturalisation pour n’utiliser que leur nom japonais.

Il faut comprendre que pour faire face aux discriminations du quotidien, les Zainichi doivent faire des concessions. La plupart doivent utiliser un nom d’emprunt japonais, pour ne pas se voir refuser l’accès à une location d’appartement ou un entretien d’embauche s’ils mentionnent leur véritable nom coréen. D’autres doivent subir les demandes des propriétaires qui ne souhaitent pas qu’un nom coréen apparaissent sur la boîte aux lettres. Certains Zainichi expliquent ne pas donner leur véritable nom ni même mentionner leurs origines ethniques dans les premières semaines de leur relation amoureuse pour ne pas créer de souci avec le partenaire ou sa famille. Ceux qui ont subi des brimades à l’école à cause de leur patronyme étranger et qui savent ce que peut entraîner la simple mention d’un nom coréen expliquent qu’ils préfèrent cacher cette information, par peur. Toutefois, certains des Zainichi, notamment ceux qui ont reçu la nationalité japonaise, affirment leurs origines en mentionnant leur véritable nom en société, comme un drapeau brandi face au racisme. Ils restent toutefois minoritaires, la plupart d’entre eux préférant pour le moment faire profil bas.

quartier coréen de Tokyo

Bar coréen à Shin Okubo, le quartier coréen de Tokyo ©Mickaël Lesage pour Journal du Japon

Dans un tel contexte, difficile de se forger une identité culturelle complète, entre les problèmes géopolitiques qui affectent l’image qu’ont d’eux les Japonais et leur propre attitude vis-à-vis de ces pays respectifs. Grâce à des mariages mixtes de plus en plus fréquents où 90 % des jeunes zainichi épouseraient un(e) japonais(e) et un taux de naturalisation croissant, la communauté coréenne se dilue dans la population de l’archipel. En attendant, on peut espérer que le renforcement de l’image positive de la Corée à l’international va améliorer la perception des Zainichi actuels et faciliter leur intégration.

Vers une acceptation de ces descendants de Coréens ?

Si l’image de la Corée du Nord reste déplorable dans l’opinion publique internationale, et que les membres encore actifs de Chongryon restent de fait les principales cibles de la haine anti-coréenne, il en va autrement pour la Corée du Sud qui a envahi le monde entier avec : sa K-Pop, ses dramas, son cinéma, ses produits high-tech, sa mode, ses cosmétiques ou sa street-food… Cet engouement mondial n’a pas épargné le Japon, qui voit sa jeune génération se prendre de passion pour son ancien « ennemi ». De quoi faciliter une acceptation des Coréens du Japon ? Certainement, d’autant plus que l’image internationale de la Corée du Sud est très positive, alors que celle du Japon s’étiole un peu plus à chaque nouveau scandale raciste ou négationniste, ce qui pousse bon nombre de Japonais à se désolidariser de ses idées autrefois tolérées.

BTS Kpop

Le groupe de KPop BTS, en show le 27 juillet 2013 – Photo de bulletproof7bts (Wikimedia Commons)

Il suffit de voir les échoppes coréennes s’étendre toujours plus loin dans les rues des quartiers coréens du Japon et les différents matsuri célébrés chaque année en l’honneur de la culture coréenne, dans les villes ou les communautés coréennes sont les plus actives, pour comprendre que les échanges entre ces deux peuples vont dans la bonne direction. Les jeunes Japonais, contrairement à leurs aînés, n’ont pas été élevés avec des rêves d’empire et de colonisation, mais dans un pays qui fait face à des crises et qui peinent à maintenir son statut de centre de la Pop-Culture en Asie, ce qui les poussent à revoir le statut de peuple supérieur dont parle encore, en 2020, le vice-Premier ministre japonais Taro ASO.

Plus d’humilité, c’est la voie à l’acceptation de l’autre, et il semble probable que les Zainichi des futures générations deviennent des Japonais comme les autres, ou qu’ils parviennent à atteindre une stabilité identitaire qui leur permettra de vivre à la japonaise, comme des Japonais, tout en revendiquant avec fierté leurs origines et la culture du pays de leurs parents ou de leurs grands-parents.

L’histoire des premiers Coréens du Japon est faite de violences, de discriminations et de fausses promesses, qui ont conduit à un repli communautaire de certains des Zainichi des générations suivantes. Toutefois, l’évolution des mœurs, les mesures anti-haines raciales et les efforts des associations de lutte pour l’intégration des étrangers au Japon pourraient porter leurs fruits. Enfin, l’engouement de la jeune génération japonaise pour la culture sud-coréenne devrait favoriser l’acceptation des descendants de Coréens au Japon, qui pourront enfin se forger une identité propre et affirmée au sein de la société japonaise.

Sources :

  • The Lives of Young Koreans in Japan de Yasunori Fukuoka (2000)
  • Diaspora without Homeland: Being Korean in Japan de Sonia Ryang et John Lie (2009)
  • Nationalisms of and against Zainichi Koreans in Japan dans Asian Politics and Policy de Apichai Shipper (2010)
  • Diversity of Zainichi Koreans and their ties to Japan and Korea de Soo Im lee (2012)
  • Representations of Zainichi Koreans in Japanese Media : the case of The Japan Times 2000-2014 dans International Journal of Area Studies de Arvydas Kumpis (2015)
  • Statistiques sur les résidents étrangers sur E-stat.go.jp

 

Mickael Lesage

J’ai découvert le Japon par le biais d’un tome de Dragon Ball il y a fort longtemps et depuis, ce pays n’a jamais quitté mon cœur…ni mon estomac ! Aussi changeant qu’un Tanuki, je m’intéresse au passé, au présent et au futur du Japon et j’essaie, à travers mes articles, de distiller un peu de cette culture admirable.

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