Gojira, le monstre des 20 000 lieux sous les mers de Shigeru Kayama

Dans nos articles autour du Roi des Monstres Godzilla, nous avons maintes fois démontré qu’il était un événement déclencheur du Kaijū eiga et plus généralement du Tokusatsu. Cependant, nous oublions, souvent à tords, qu’il y a eu le roman paru en octobre 1954 au Japon : Gojira de Shigeru KAYAMA. Cette parution était finement pensée pour anticiper la sortie du film au mois de novembre 1954. Il est heureux de constater qu’en ce 12 mai, nos libraires proposent ce roman fondateur d’un genre, disponible aux éditions YNNIS. Journal du Japon s’attèle aujourd’hui à vous en faire la chronique.

Shigeru Kayama, le « père » de Godzilla

©MUBI

Connu sous son nom de plume, Shigeru Kayama est né à Tokyo en 1904. Koji YAMADA de son nom de naissance, était un romancier et scénariste japonais connu pour ses œuvres de fantaisie et de suspens. Il est peut-être exclusivement reconnu comme l’auteur du scénario du film d’Ishirō HONDA et de sa suite, mais son œuvre ne s’arrête pas là.

Kayama commence à écrire en 1940 alors qu’il travaille pour le ministère des Finances, se spécialisant dans les tanka, des poèmes courts. En 1946, il est salué par la critique pour sa nouvelle, La vengeance des orangs-outans Pendek. Continuant à écrire, il reçoit un second accueil chaleureux pour son deuxième travail, Curieuses histoires de la Maison de l’Anguille. Il décide donc de poursuivre l’écriture à plein temps en 1949.

En parallèle, le cinéma japonais s’intéresse déjà au film d’Eugène Lourié : Le monstre des temps perdus projeté dès le mois de juin 1953 aux États-Unis. Il met en scène un dinosaure géant dans la ville de New York. En raison de son incorporation de la vie marine mutée et des créatures inconnues dans ses écrits, Shigeru Kayama est recruté en 1954 par le jeune producteur de la Tōhō, Tomoyuki TANAKA pour affiner ses idées pour un film impliquant un monstre géant dans un traitement d’histoire tangible.

Le réalisateur Ishirō HONDA souhaite que le monstre serve d’allégorie pour les essais nucléaires. Il adapte l’histoire de Kayama sur une créature marine coulant des navires de pêche dans le scénario de ce qui allait devenir Godzilla. L’écrivain est de nouveau engagé pour le prochain projet de kaijū de la société, L’Abominable Homme des neiges, mettant en vedette un monstre Yeti qui n’est pas sans rappeler l’Orang-outan Pendek de ses premiers écrits. Cependant, le projet est retardé en faveur d’une suite à Godzilla, pour laquelle Kayama sera également crédité en tant que scénariste.
Son dernier travail pour la Tōhō date de 1957, aidant Takeshi KIMURA (aussi scénariste du film Matango) à adapter l’histoire de Jojiro OKAMI : Prisonnière des Martiens pour l’écran.

Kayama continue à écrire des contes fantastiques de façon sporadique jusqu’à sa mort en 1975, à l’âge de 70 ans.

©Ynnis éditions

Retour à la genèse d’un monstre et d’une œuvre cultes avec le roman

C’est un bien bel objet qui est mis à la disposition des lecteurs par les éditions YNNIS sous le format : 14,3 x 21,0 cm pour un total de 288 pages. Le travail des traducteurs Sarah Boivineau et Yacine Youhat est mis en avant dans une mise en page très lisse et aérée. Les chapitres se succèdent et le lecteur tourne vite les pages dévorant ainsi ce roman sans anicroches, comme le Roi des Monstres dévorerait une vache dans un pâturage !

Ce roman nous permet de saisir l’essence de la démarche humaniste du genre kaijū eiga, au travers du regard des protagonistes. Les évènements s’enchainent d’abord sous forme d’une inquiétude incompréhensible, puis d’une enquête quasi policière mêlant données crypto zoologiques et l’évidente préoccupation des autorités. Ainsi désarmés devant la réalité de ce qui n’était jusqu’alors qu’une légende folklorique, ils sont aussi perdus que nous devant l’incompréhensible, et l’urgence décisionnelle d’éviter une tragédie sans précédent.

La trame monte crescendo jusqu’à des combats acharnés, où les mots défilent comme les balles des mitrailleuses contre la légende devenue tangible. Ceci permet à notre imaginaire d’à la fois reconstituer les deux premiers films, dans une dynamique encore inédite aujourd’hui, et de saisir la pleine essence des combats homériques. Nous saisissons aussi la pleine teneur du regard profondément humaniste, qui jalonnera ce genre cinématographique (dans sa vision japonaise et non occidentalisée) jusqu’à nos jours.

Il est vraiment heureux de constater qu’aujourd’hui, il existe une vraie fascination pour le kaijū eiga portée par des passionnés de tous bords. C’est en cela qu’il est particulièrement judicieux de s’approprier cet ouvrage, autant pour les simples curieux que pour les vétérans. C’est la genèse d’un monstre et d’une œuvre cultes qui nous est apportée avec le plus grand soin et la plus grande passion.

Guillaume PAUCHANT

Il faut avoir des films en soi, pour faire rêver le monde.

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