Gundam : L’éclat de Hathaway, au sommet de Gundam

Il est enfin là, le tant attendu Mobile Suit Gundam : L’éclat de Hathaway ! Après maints reports à cause de la situation sanitaire actuelle, le voici finalement disponible et internationalement, sur Netflix. Cependant, si les adeptes de la franchise Gundam l’attendaient avec grande impatience, les non-initiés peuvent être perdus face au large univers de la saga. Mais en fait d’où vient Hathaway ? Et surtout qu’est-ce que ça vaut ?

©Kadokawa ©Sunrise

Gundam, univers très étendu

Les origines du mythe

gundam film 1 poster

Affiche du premier film de la trilogie Mobile Suit Gundam, remontage la première série ©Sunrise

Pour bien comprendre Gundam l’éclat de Hathaway, il faut remonter pas moins de 40 ans en arrière, en 1979, année bénie qui voit la naissance de la plus grande franchise de science-fiction japonaise : Mobile Suit Gundam. Pour faire court, cet anime créé et réalisé par Yoshiyuki TOMINO révolutionne le genre du super robot (robots aux capacités surhumaines) en lui apportant une approche et un contexte beaucoup plus réaliste : cette révolution donnera donc naissance au nouveau genre du real robot. Si le sujet vous intéresse, nous en parlons plus en longueur dans cet article, ou bien vous pouvez visionner le documentaire réalisé par Pink Platypus consacré à la genèse de la première série. Grossièrement, cette dernière raconte l’histoire de Amuro Ray, jeune geek introverti vivant dans une colonie spatiale qui se retrouve embarqué dans le conflit entre les forces indépendantistes de Zeon et la Fédération terrienne. Il deviendra par défaut le pilote du prototype Gundam pour la fédération terrienne et se confrontera à plusieurs reprises à Char Aznable, homme masqué mystérieux en quête de vengeance. La première série Mobile Suit Gundam (disponible sur Crunchyroll) donnera naissance à une suite en 1985, Mobile Suit Gundam Z, puis Mobile Suit Gundam ZZ l’année d’après. La saga originale va ensuite se conclure en 1988 avec le film Mobile Suit Gundam : Char’s Counterattack, mettant alors un point final d’anthologie à la relation iconique Amuro Ray/Char Aznable.

Des suites à n’en pas finir

La franchise Gundam ne s’éteint pas pour autant, de nouvelles productions voient le jour, et nous pouvons en distinguer deux catégories : les histoires prenant place dans la timeline originale, l’Universal Century, et les histoires se déroulant dans des univers parallèles indépendants, ne prenant de Gundam que le nom ainsi que certains archétypes. Si vous ne comprenez pas, des schémas disponibles sur le net peuvent vous aider à voir plus clair. Gundam l’éclat de Hathaway fait parti de la première de ces deux catégories : il se déroule après les événements de Char’s Counterattack et le protagoniste éponyme, Hathaway Noa n’est autre que le fils d’un des personnages principaux de la première série, Bright Noa, et avait déjà le droit à un rôle important dans Char’s Counterattack. En bref, une histoire bien compliquée qui pourrait malheureusement faire fuir le premier venu.

Comment faire alors ?

Pour résumer, pour regarder Gundam l’éclat de Hathaway, vous avez donc trois possibilités. Regarder tous les anime de l’Universal Century, et ainsi connaître sur le bout des doigts les tensions géopolitiques entre la Fédération et Zeon, les évolutions de la relation Amuro Ray/Char Aznable et les différentes trajectoires humaines de ce monde futuriste en plein trouble. Regarder les films disponibles sur Netflix résumant la première série (Mobile Suit Gundam 1, 2 et  3) suivis de Char’s Counterattack, qui, même s’ils ne contiennent pas tous le spectre historique de la saga, permettent d’avoir les clefs en main pour comprendre les tiraillements de Hathaway dans son film. Numéro 3 : Ou regarder L’éclat de Hathaway sans savoir ce qui s’est déroulé avant, l’apprécier pour son spectacle et ensuite regarder les histoires précédentes par curiosité. En tant que fan de la saga, il nous est impossible ne pas vous recommander la première option tant les différentes séries valent d’être vues et tant l’univers et les concepts dépeints sont au meilleur de ce qu’il se fait dans la science-fiction japonaise en animation. Cependant, il est tout à fait compréhensible que de devoir regarder une centaine d’épisodes accompagnés des films et des différents série d’OVA dans le seul but de voir L’éclat de Hathaway soit décourageant. La solution numéro deux paraît donc la plus réaliste matériellement (tout est disponible sur Netlfix) et au niveau de l’implication en temps.

Char contre attaque poster

Affiche du film Char’s Counterattack avec en premier à gauche ,Amuro Ray, et à droite, Char Aznable ©Sunrise

Mobile Suit Gundam : L’éclat de Hathaway, projet presque maudit

Les romans des robots

Mobile Suit Gundam Hathaway's Flash roman

Couverture du dernier tome du roman Mobile Suit Gundam : Senkô no Hathaway ©Kadokawa

Pour revenir à nos moutons, Gundam : l’éclat de Hathaway est à la base une trilogie de romans écrits de 1989 à 1990 par Yoshiyuki TOMINO, créateur originel de la saga. En effet, face au succès de l’animé, la saga Gundam ne tarde pas à s’essayer à d’autres supports que l’animation, et ce dès la première série en 1979 avec une première adaptation en roman écrite par TOMINO qui se chargera ensuite également la novélisation de Mobile Suit Gundam Z et Char’s Counterattack. Cet espace de création libéré des contraintes imposées par la diffusion à la télévision et par la production, forcément collective, d’un anime, est l’occasion pour TOMINO d’aborder des thématiques (encore) plus matures que dans les séries. Le meilleur exemple est la novélisation du film Char’s Counterattack dont deux versions existent, toutes deux écrites par TOMINO : Mobile Suit Gundam Char’s Counterattack : High-Streamer en accord avec les sponsors et  sur laquelle le film est basé, et Mobile Suit Gundam Char’s Counterattack : Beltorchika’s Children, histoire originale prévue par TOMINO et qui diffère du film. Mobile Suit Gundam : Senkô no Hathaway (traduit littéralement en L’éclat de Hathaway en Français) est écrit directement dans la lignée des romans précédents : une histoire sombre, complexe et tragique. L’éclat Hathaway ne sera cependant jamais adapté sous d’autres formats que celui d’origine, notamment à cause du ton trop grave de son récit, mais aussi à cause du design complexe de ses robots les rendant alors très difficiles, voire impossibles, à animer à la main. Il aura donc fallu attendre plus de 20 ans pour le voir enfin sortir de son statut de roman, et ceci dans les meilleurs auspices.

Projet de rêve

Ces dernières années, Sunrise, studio historique de la saga Gundam qui produit les séries principales depuis 1979, a accordé à plusieurs reprises un soin immense aux productions Gundam issues de l’Universal Century. Les OVA Mobile Suit Gundam Unicorn (OVA disponibles sur Netlfix, remontage en série disponible sur Crunchyroll) suivies des OVA Mobile Suit Gundam : The Origin (remontage en série disponible sur Crunchyroll) ont montré les capacités que possédaient les animateurs de la Sunrise, que ce soit au niveau de l’animation des robots ou au niveau de l’animation des personnages, le tout allant vers la direction d’un réalisme de plus en plus fort. L’éclat de Hathaway ne fait qu’abonder dans ce sens et pousse encore plus loin cette minutie du détail. Le réalisateur Shûkô MURASE, animateur sur la franchise depuis le film Gundam F91, chara designer de Gundam Wing et réalisateur entre autres d’Ergo Proxy et de Genocidal Organ est en effet connu pour ses animations réalistes, notamment par son attention sur la lumière des scènes qu’il anime.

Encore de l’attente

Il était donc de bon ton d’attendre avec impatience la sortie du premier volet de ce qui formera la trilogie Mobile Suit Gundam : l’éclat de Hathaway, et les différentes péripéties apportées par le Covid 19 n’ont fait que renforcer l’expectative. Prévu à l’origine pour l’hiver 2019, il aura fallu entrer dans le mois juin 2021 pour enfin voir le film projeté dans les salles obscures japonaises, puis le 1er juillet pour l’avoir hors du Japon. Une adaptation qui a donc tout d’un projet maudit par le temps mais servie par une équipe de qualité, et heureusement, le résultat en vaut la chandelle.

Des attentes comblées

U.C année 105

L’histoire de L’éclat de Hathaway se déroule en l’an 105 de l’Universal Century. Malgré les guerres sanglantes qui ont ravagé l’espace et la terre durant les dernières décennies, l’humanité ne semble pas prête à arrêter les conflits : une nouvelle entité terroriste, Mafty, dirigée par le mystérieux Mafty Navue Erin, sème le trouble en attaquant la Fédération Terrienne qui n’hésite pas à user de la force pour conserver son hégémonie, et souhaite poursuivre les idéaux de Char Aznable. Dans ce contexte, Hathaway Noa, jeune héros de la seconde guerre de Neo Zeon (les événements de Char’s Counterattack) encore traumatisé par ce conflit, est tiraillé entre deux héritages : celui de Amuro Ray et celui de Char Aznable. Sa rencontre avec l’énigmatique Gigi Andalucia et le militaire Kenneth Sleg lors d’un détournement terroriste d’un avion organisé par une branche de l’organisation Mafty changera pour sûr son destin…

affiche Gundam l'éclat de Hathaway

L’élégance imparable de Pablo UCHIDA, le spectacle et le réalisme

Kit du gunpla (maquette en plastique à monter) d’un des robot principal de L’éclat de Hathaway

Comme on pouvait s’y attendre en regardant la fiche technique, L’éclat de Hathaway est remarquable. L’artiste Pablo UCHIDA a merveilleusement bien adapté les tout aussi beaux, mais un peu vieillots, chara design originaux de Haruhiko MIKIMOTO, chara designer entre autres de Gunbuster et Macross. Les personnages élancés et élégants de Pablo UCHIDA conviennent tout à fait au point clef du récit, tournant notamment autour du triangle amoureux Hathaway/Gigi/Kenneth ainsi qu’à l’ambiance très froide du film : leur beauté en paraîtrait presque inhumaine. Il va sans dire que l’animation et la mise en scène du film rajoutent du poids à cette tension, et ce spécialement les scènes de dialogues. Les scènes d’action, incontournables dans un anime de robot, sont tout aussi bien produites. Le poids et la dangerosité des mobile suit (noms donnés aux robots dans l’univers de Gundam) y sont parfaitement décrits, notamment dans la scène de l’attaque de la ville, et le film a son lot d’actions spectaculaires dans sa dernière partie, avec par exemple son combat en balais aérien. En bref, un réalisme exacerbé, qui se retrouve également au niveau décor photo-réalistes et du traitement du son, qui ne fait qu’encourager l’immersion du spectateur dans le film.

Le Skyfall des robots

En dehors de l’aspect visuel et spectaculaire du film, l’intrigue réussit aussi à accrocher et les fans de la première heure seront bien sûr ravis de pouvoir contempler les nouvelles évolutions politiques, intimes ou technologique de cet univers si riche. Le film intègre formidablement les références aux événements antérieurs, par des flashback de passages réanimés pour l’occasion, ou de citation de noms ou de paroles bien connues des amateurs. Mais même en enlevant L’éclat de Hathaway de son contexte de film d’univers étendu, il reste très bien construit et tient en haleine. Le jeu de mensonges et de non-dits fait fortement penser aux films d’espions, influence confirmée par le générique d’ouverture en simili-James Bond et par les OST hollywoodiennes composées par Hiroyuki SAWANO. Le seul défaut, s’il en est un, est de n’être qu’une introduction à une trilogie : la suite sera tout aussi dure à attendre.

Une distribution décevante

Le plus dommageable pour un si beau film est sans doute sa sortie sur Netlfix. L’éclat de Hathaway reste avant tout un film de cinéma à l’action spectaculaire auquel le petit écran ne rend malheureusement pas tout à fait justice. En dehors de ce problème d’époque (le Covid 19 n’aidant pas à la diffusion de tels films à l’international), le traitement fait par Netflix laisse à désirer : les sous-titres enlèvent la subtilité de certains dialogues, et le traitement de l’image sur certaines scènes, notamment celles se déroulant de nuit, les rend illisibles. On peut tout de même se consoler en se disant qu’il touchera plus de monde, mais il aurait été bien que ce soit le cas dans de meilleures conditions.

Illustration officielle de Pablo UCHIDA pour L’éclat de Hathaway. Au premier plan : Gigi Andalucia. Derrière elle : Hathaway Noa. A l’arrière plan : le Xi Gundam ©Kadokawa ©Sunrise ©Pablo Uchida

Vous l’avez sûrement compris, nous vous encourageons vivement à voir Mobile Suit Gundam : L’éclat de Hathaway. Il représente le meilleur de ce qu’il se fait de nos jours en film animation, et de ce qu’est l’essence de la saga principale de la franchise Gundam. Et sa facilité d’accès, pour le meilleur et le pire, ne vous laisse maintenant aucune excuse pour ne pas vous y lancer. Alors retirez vos préjugés sur les anime de robots et allez-y : vous ne pourrez qu’être surpris.

3 réponses

  1. peterkb dit :

    bon, j’en sort et je suis énormément déçu, sur la remarque « un peu vieillots » des chara design il aurait déjà fallut les voir, j’ai jamais vu une œuvre gundam cacher autant ces mecha, le fond est intéressent mais la forme est pénible, comme cette attaque en plaine nuit sur fond de music de boite de nuit…… et puis « facilité d’accès »???? sérieux? je serai curieux de connaitre l’avis d’un personne n’ayant jamais vu une seul oeuvre gundam et savoir ce qu’il a vraiment compris de tous ça. bref je n’en attendait rien et je suis quand même déçu.

    • Bonjour, Elliot Têtedoie rédacteur de l’article.
      Merci beaucoup pour votre retour sur le film !
      Concernant le côté vieillot des chara design, il était en question dans l’article des illustrations des personnages des romans originaux et non pas des mecha design du film. Sinon, je suis d’accord avec vous, il est vrai que les robots sont malheureusement moins montrés à l’image que dans d’autres séries de la franchise mais ils profitent tout de même de quelques beaux moments de mise en scène.
      Au sujet de la facilité d’accès, j’entendais par là la facilité d’accès matérielle du film sur netflix, merci d’avoir soulevé cette confusion. Il est vrai qu’un nouveau venu dans la chronologie de l’universal century aura bien du mal à totalement s’y retrouver sans l’aide ou les explications d’un amateur de la saga. Mais je pense qu’on peut tout de même apprécier l’éclat de Hathaway sans connaître l’univers, ne serait-ce que pour le spectacle visuel qu’il offre (pour avoir fait justement l’expérience avec un néophyte de Gundam).

  2. Pat dit :

    Bonjour. J’ai pris l’option 3 et ne suis vraiment pas déçu. Un film de méchas sur un ton aussi mature m’incite à être plus curieux sur cette franchise qui jusqu’à présent me rebutait. Ça m’a permis aussi de tomber sur cette article. Merci au passage.

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