Culturespaces à Tokyo : une implantation dans un paysage déjà façonné par l’immersion
En juin 2026, Culturespaces, opérateur culturel français, débarque à Tokyo avec un nouvel espace. Une arrivé qui ne marque pas l’émergence d’un nouveau format dans la capitale japonaise, car il s’inscrit dans un environnement où l’immersion est déjà bien établie. En effet, depuis plus de vingt ans, le collectif teamLab a contribué sur place à faire de ses dispositifs artistiques un langage à part entière. Dans ce contexte, l’enjeu pour Culturespaces n’est pas d’innover technologiquement, mais de faire coexister deux conceptions distinctes de l’expérience artistique immersive.
Journal du Japon vous en dit plus sur ces deux approches, tout à fait complémentaires…
Deux modèles, deux logiques
Fondé à Tokyo en 2001, teamLab rassemble artistes, ingénieurs et chercheurs autour d’une pratique où la technologie constitue la matière même de l’œuvre. Le collectif développe des environnements immersifs autonomes, évolutifs et interactifs.
À l’inverse, Culturespaces, créé en 1990, s’inscrit dans une tradition de médiation culturelle. D’abord spécialisé dans la gestion de sites patrimoniaux, le groupe a étendu son activité à l’art immersif en adaptant des œuvres majeures de l’histoire de l’art sous forme de projections numériques à grande échelle. Il fait de ces chefs-d’œuvre des paysages dans lesquels le public peut déambuler.
teamLab : l’immersion comme système vivant
Les installations de teamLab, notamment teamLab Borderless à Tokyo, reposent sur une immersion libre, sans parcours imposé. Les œuvres circulent dans les différents espaces, interagissent et se recomposent en permanence. Une fleur numérique peut traverser plusieurs zones, tandis qu’un paysage se transforme en fonction des interactions des visiteurs.

Avec teamLab Planets (toujours à Tokyo), l’expérience devient plus physique. Les participants évoluent également dans des projections réactives, les intégrant directement dans l’œuvre. En plus de cela ils traversent des environnements aquatiques, marchent sur des surfaces instables, mettant tous les sens des visiteurs à l’œuvre.



À Tokyo, et notamment grâce à teamLab, l’immersion est déjà bien intégrée dans l’art et la culture mais elle s’étend aussi à des formats hybrides. Des expériences comme MoonFlower Sagaya Ginza ou Vegan Ramen UZU Tokyo illustrent cette diffusion dans des espaces du quotidien, permettant à des clients de restaurants de dîner au milieu d’œuvres numériques qui interagissent même avec les plats.


Culturespaces : une immersion au service du récit
Le modèle de Culturespaces repose sur une approche différente. Avec des lieux comme l’Atelier des Lumières, ouvert à Paris en 2018, l’entreprise transforme des œuvres majeures en expériences immersives. Les peintures de Pablo Picasso, Paul Gauguin, Gustav Klimt ou encore Claude Monet deviennent le point de départ de scénographies numériques projetées sur les murs et les sols d’anciens sites réhabilités. L’objectif ici est de proposer une lecture sensible, accessible, enveloppante de ces œuvres. Culturespaces expose également des créations immersives thématiques ou contemporaines (sur l’espace, les océans, la littérature, la préhistoire, etc.), conçues comme des récits visuels qui proposent aux visiteurs une expérience sensorielle.
Depuis son lancement, Culturespaces a déjà ouvert 9 centres immersifs déployés en Europe (France, Allemagne, Pays-Bas), aux États-Unis et en Asie (Corée du Sud), attirant plus de 21,5 millions de visiteurs. En 30 ans, l’entreprise a produit et réalisé plus de 70 expositions à travers le monde.


Une implantation stratégique à Tokyo
Le 12 juin 2026, Culturespaces inaugurera son dixième site à l’échelle mondiale avec l’ouverture de Rêve des Lumières, sa première implantation au Japon. Situé au sein du Tokyo Dream Park, vaste complexe de loisirs ouvert le 27 mars 2026 dans le quartier d’Ariake et développé en partenariat avec TV Asahi, ce nouvel espace marquera une étape importante dans le développement international du groupe.
Rêve des Lumières disposera d’une salle principale de 1 500 m² où des projections monumentales de lumière et de son transformeront murs et sols en surfaces immersives. Le parcours s’articulera autour de sept espaces d’exposition, dont Infinite Horizon, un univers de miroirs aux effets visuels infinis, et le Cube 360°, une salle de projection immersive inspirée de l’espace. Au cœur du dispositif, un spectaculaire « écran vortex » en spirale de 9,5 mètres de diamètre et 6,6 mètres de hauteur proposera une expérience sensorielle inédite. Une mezzanine offrira également une vue panoramique sur l’ensemble du hall, tandis qu’une boutique officielle complètera l’expérience de visite.
De son côté, le Tokyo Dream Park réunira plusieurs équipements dédiés aux loisirs et au divertissement, parmi lesquels une grande salle polyvalente, un théâtre, différents espaces événementiels, un jardin sur le toit ainsi qu’une offre de restauration variée. L’intégration de Rêve des Lumières au sein de ce vaste complexe illustre la volonté de Culturespaces d’inscrire son offre culturelle dans un environnement de loisirs plus large.
Une exposition inaugurale dédiée à Vincent Van Gogh et à Antoni Gaudí
La première exposition de Rêve des Lumières offrira un voyage numérique spectaculaire à travers les univers de Vincent van Gogh et d’Antoni Gaudí.
Le parcours principal, d’une quarantaine de minutes, plongera les visiteurs dans les chefs-d’œuvre les plus emblématiques de Van Gogh, parmi lesquels Les Tournesols, La Nuit étoilée, Le Café de nuit et plusieurs de ses autoportraits. Les œuvres s’animeront sous les yeux du public : les couleurs se diffuseront, les étoiles sembleront danser et les paysages prendront vie.

Un second programme plus court, d’environ dix minutes, sera consacré à Antoni Gaudí. Il mettra en lumière ses créations architecturales majeures, telles que la Sagrada Família, le Parc Güell, la Casa Batlló et la Casa Milà, à travers un spectacle visuel riche en couleurs qui révélera toute l’originalité et l’inventivité de son œuvre.
Une proposition qui déplace les attentes
Dans ce contexte, Culturespaces n’arrive pas en position de pionnier technologique. L’entreprise développe une expérience narrative construite principalement à partir d’œuvres préexistantes. Sa valeur ajoutée repose alors sur la qualité de sa mise en forme éditoriale : la capacité à articuler un récit cohérent, à orchestrer les images et le son afin de structurer une lecture de l’histoire de l’art. Il s’agit d’un retour au récit et à la médiation, là où teamLab conçoit des œuvres à part entière, des environnements autonomes et non linéaires, dans lesquels espace et interaction constituent un ensemble indissociable.
L’un tend à effacer la médiation au profit de l’expérience directe, l’autre s’appuie sur l’immersion pour la renforcer.
L’enjeu pour Culturespaces ne sera donc pas de détrôner teamLab, dont l’hégémonie semble inattaquable sur le plan de l’innovation technologique, mais de proposer une alternative complémentaire.
C’est dans cette logique de différenciation, fondée sur une immersion narrative axée sur la transmission et le récit, que s’inscrit l’arrivée de Culturespaces à Tokyo. En réintroduisant les figures du commissaire d’exposition et du scénariste dans un paysage largement dominé par l’abstraction et l’interactivité, l’entreprise engage un pari assumé : montrer qu’à l’ère de l’intelligence artificielle et des systèmes génératifs, le public reste attaché à des formes de narration structurées et à une médiation didactique.
Reste à déterminer si ce modèle trouvera sa place. Premiers éléments de réponse à l’ouverture du site d’Ariake, le 12 juin 2026.
