25 ans du CEEJA : estampes japonaises par Nicolas et Natalia Annenkoff
Institution incontournable de Colmar, le Centre Européen d’Etudes Japonaises d’Alsace fête ces 25 ans. Depuis le début de cette année 2026, le CEEJA met à l’honneur le travail d’artistes et artisans de la région et, du 24 juin au 5 juillet 2026, les visiteurs ont pu découvrir les œuvres du duo d’artistes Natalia et Nicolas Annenkoff avec des reproductions contemporaines d’estampes japonaises. Pour l’occasion, Journal du Japon s’est rendu à ces rencontres autour de l’estampe japonaise au Corps de Garde de Colmar.
Une mise en avant des artistes alsaciens pour les 25 bougies du CEEJA
Cette exposition se fait dans un contexte global de présentation d’artistes locaux inspirés du Japon soit dans la forme, soit dans le contenu. Au début de cette année, le CEEJA avait invité l’artiste alsacienne Manda qui y a présenté des œuvres à travers la réalisation de haiga qui consiste à réaliser sur le même support la calligraphie d’un haïku et une image. Avec un pinceau, elle crée des compositions mêlant poésie et illustrations dans le respect des techniques traditionnelles japonaises.

Du 24 juin au 5 juillet dernier, le Centre Européen d’Etudes Japonaises d’Alsace a décidé cette fois-ci de mettre en avant le travail de Natalia et Nicolas Annenkoff qui développent depuis plusieurs années un langage plastique singulier, à la croisée de l’art et de l’artisanat. Cette exposition conviait les visiteurs à une expérience contemplative, centrée sur la rencontre entre des compositions d’estampes japonaises et une approche plastique fondée sur la matière et le volume.
En parallèle de cette exposition, le directeur d’études à l’Ecole Française d’Extrême Orient, François Lachaud, a animé une conférence sur l’estampe japonaise moderne où il évoquait les différents genres d’estampes et leur sens à travers les époques.

D’autres expositions d’artistes alsaciens sont prévues avec le plasticien et calligraphe Jean Martin Vincent et le céramiste Alain Kern qui présenteront leurs œuvres du 30 septembre au 10 octobre 2026.
Une exposition qui revisite l’esthétique des maîtres de l’estampe japonaise
Avec une vingtaine d’œuvres présentées, Nicolas et Natalia ont cherché à explorer une nouvelle dimension de leur travail en entrant en résonance avec l’esthétique des maîtres de l’estampe japonaise. Leur démarche consistait à revisiter des estampes japonaises, transposées avec leurs propres techniques. Pour chaque production, ils utilisent le bois, la résine ou encore de la feuille de pierre afin d’offrir une nouvelle perception de l’estampe japonaise, centrée sur la texture et le relief.

Mariés depuis plus de trente ans, ils ont commencé à travailler ensemble dans le domaine artistique vers 2019-2020. Pour la répartition des tâches, Nicolas travaille la marqueterie, la feuille de pierre avec un fraiseur numérique qu’il a réalisé lui-même. Quant à Natalia, elle s’occupe de la résine. « Le choix de l’œuvre est toujours commun, on la réalise seulement si elle nous plaît » expliquaient-ils.
À travers ces œuvres, le duo d’artistes essaient d’exprimer des émotions. « On retrouve des paysages paisibles ou des fleurs car c’est agréable à regarder et ce que nous voulons transmettre » affirmait Nicolas Annenkoff devant les tableaux de fleurs en hommage à des artistes comme Konan Tanigami, qui a contribué à l’illustration botanique durant les ères Meiji (1868 – 1912) et Taisho (1912 – 1926). Pour créer ces oeuvres, ils préparent une planche en bois qui permettra de positionner les pièces en marqueterie avec la feuille de pierre et la résine en creusant les alvéoles. A savoir également que Nicolas et Natalia peuvent mélanger différentes techniques dans les tableaux avec du bois, de la feuille de pierre pour les fleurs. Natalia expliquait qu’il y avait une « prépondérance de la résine, il y a peu de pierre… ce sont des choix communs selon les impressions que l’on veut transmettre ».

Parmi les œuvres qui ont attiré le plus l’œil des visiteurs celle du Mont Fuji derrière les cerisiers en fleurs en hommage à l’iconique Hokusai a beaucoup marqué. La délicatesse de cette œuvre vient du travail sur les fleurs expliquait Natalia qui a travaillé sur cet aspect du tableau. Une telle œuvre leur a pris deux mois de réalisation.

Pour aller plus loin, Nicolas et Natalia Annenkoff exposeront leurs créations à la Fête du Bois à l’église de Villotte dans les Vosges le 23 août 2026 du 9h à 19h et plusieurs fois en Alsace à l’automne. Vous pouvez également suivre leur actualité sur leur site ou leur page instagram.

Projet du MEMA, le 25e anniversaire du CEEJA… échange avec Virgine Fermaud, directrice générale
A l’issue de cette exposition, nous avons pu échanger avec Virginie Fermaud, directrice générale du Centre Européen d’Etudes Japonaises d’Alsace autour de la mise en place de ces expositions temporaires, des moments clés de ces 25 ans mais aussi de l’avancement du projet du Musée Européen du Manga et de l’Animé.
Des expositions temporaires en série
Journal du Japon : Bonjour Virginie, merci d’échanger à nouveau avec nous dans le cadre des 25 ans du CEEJA. En quoi était-ce important pour vous de valoriser le travail de Natalia et Nicolas Annenkoff ?
Virginie Fermaud : Il nous a paru important de faire une séquence sur les estampes. Monsieur et Madame Annenkoff ont vraiment saisi la beauté de l’estampe et je trouve que ça rend l’image encore plus belle que dans l’oeuvre originale elle-même. Le travail est admirable. On est dans l’art de l’illustration puisqu’on va vers l’ouverture du Musée Européen du Manga et de l’Animé qui est aussi dans cette sphère de l’art graphique.
Est-ce que pour vous cette manière de reproduire des estampes peut être interprété comme l’estampe du « 21e siècle » ?
On peut voir ça comme un dialogue entre le Japon et l’Occident. Je pense que le travail sur la couleur donne une intensité supplémentaire à ce travail d’estampe. Avoir osé rajouter une touche pour intensifier certains éléments, ce n’est pas banal. C’était la première fois que je voyais ça.
Parmi les œuvres présentes, laquelle vous a le plus attiré ?
Les visiteurs ont été extrêmement enthousiasmé par la représentation du Mont Fuji. Personnellement, je préfère les paysages en vert et bleu enneigés de Kawase. Il y a un travail sur les contrastes qui enrichit l’œuvre originale.

Le bilan de ces 25 ans et l’avancement du projet du Musée Européen du Manga et de l’Animé
Quel bilan faites-vous de ces 25 ans du CEEJA ?
Le CEEJA est né en 2001. C’était très universitaire. On a essayé d’avoir une approche de la coopération avec le Japon à 180 degrés dans tout les domaines. On marque ce 25e anniversaire par la concrétisation du MEMA qui va permettre de rassembler ce que nous avons pu faire depuis toutes ces années.
Justement, pouvez-vous nous dire où en est le projet du Musée Européen du Manga et de l’Animé ?

Nous avions reçu les clés du bâtiment. Nous allons maintenant choisir quels scénarios de travaux nous allons faire en fonction des ressources financières que nous aurons.
Lors de notre précédent échange, vous expliquiez que vous aviez rencontré des contraintes financières. Qu’en est-il aujourd’hui ?
C’est un bâtiment de 3000 m². On a déjà installé une partie de nos collections de livres puisque nous sommes un des plus grands fonds privés en Europe avec plus de 135 000 ouvrages. Notre bibliothèque est déjà ouverte sur le site du musée. On va bien sûr utiliser tout l’espace. On envisage d’avoir 600 m² d’exposition temporaire, un parcours permanent, un endroit pour visionner des films puisque le musée inclut l’animation japonaise. On pense héberger le musée de la Glyptographie de Colmar car c’est de l’art graphique.
Les contraintes financières sont plus que jamais présentes mais on a franchi la première étape. Nous ne sommes plus que des bénévoles au CEEJA. Nous réembaucherons à nouveau quand le musée ouvrira ses portes. L’ouverture se fera en fonction du scénario de travaux. Soit nous ferons très peu de travaux et nous ouvrirons probablement le musée fin 2027, soit nous le ferons en 2028 et ça coïnciderait avec les 170 ans des relations diplomatiques entre la France et le Japon.
L’accompagnement envers les entreprises japonaises pour s’installer en Alsace
Comment est-ce que vous accompagnez les entreprises japonaises à s’installer en Alsace ?
Ce n’est plus le CEEJA qui s’en occupe. Nous avons crée une nouvelle association qui s’appelle Cluster Japan Tech Grand Est. C’est un volet qui est financé par la région Grand Est, le pôle métropolitain et l’Eurométropole de Strasbourg. Nous faisons l’interface entre les cadres japonais qui s’installent dans le Grand Est comme par exemple avec l’entreprise Kawasaki (spécialisée dans la fabrication de motos) qui s’installe à Strasbourg. Ils ont besoin d’assistance car ils ne parlent pas français et il faut organiser des cours et mettre en place d’autres types d’accompagnement. Nous faisons la médiation avec les services de l’état. Nous aidons également les entreprises et start-up du Grand Est à aller vers le Japon.
Pourquoi toutes ces entreprises sont attirées par le Grand Est et l’Alsace ?
Il y a un effet de localisation. Vous avez un accès direct aux marchés allemand, suisse, italien. On a une cinquantaine d’entreprises japonaises dans le Grand Est. Il y a aussi cette tradition de l’accueil que nous avons et que nous avons conservé au CEEJA. C’est un service probablement unique et qui paie sur le long terme.
Pour terminer, comment voyez-vous les relations culturelles et économiques entre l’Alsace et le Japon dans les années à venir ?
Nous nous sommes alliés dès le départ avec les régions du Japon et nous réalisons la promotion de leur art traditionnel. Nous avons remporté un marché pour faire la promotion de la ville de Kurayoshi dans la préfecture de Tottori, un lieu lié au célèbre manga Quartier Lointain de Jiro Taniguchi. Ensuite c’est plus de partenariats étroits avec les régions : on voit au niveau du surtourisme qu’elle sont épargnées car les étrangers n’ont pas encore les informations pour s’y rendre ou quoi y faire. Elles se tournent vers des partenaires en France qui ont envie de les présenter. C’est une tendance qu’on observe depuis quelques temps et qui va sans doute durer.
Merci à Virginie Fermaud pour cet échange.
Durant cette exposition, nous avons été bluffé par les différentes œuvres réalisées par Nicolas et Natalia Annenkoff. À l’image du tableau représentant le Mont Fuji, ils ont su apporter leur touche qui donne cet aspect très contemplatif grâce aux reliefs et aux couleurs. C’est un bel hommage rendu aux artistes comme Hokusai ou Konan Tanigami. Merci au CEEJA pour cette belle mise en avant des artistes de la région et bon anniversaire !
Quelques images des œuvres présentes à l’exposition



