Issak, un Japonais au cœur de la guerre de trente ans

Parmi les nouveautés de ce début d’année, nous nous penchons aujourd’hui sur une œuvre particulièrement intrigante : Issak aux éditions Ki-oon. Avec un trait sombre à l’instar de l’époque illustrée, ce manga nous plonge dans l’horreur de la guerre de trente ans, en Europe au XVIIe siècle… aux côtés d’un samouraï !

Une combinaison qui peut paraître étrange mais qui illustre une réalité peu connue : partons donc en route, grâce au scénariste Shinji MAKARI et au dessinateur renommé DOUBLE-S (Jusqu’à ce que la mort nous sépare), vers l’Allemagne où la guerre règne entre catholiques et protestants… 

Couverture du Tome 1 D'Issak

Une quête de vengeance sous fond de guerre

Allemagne début du XVIIe siècle… Le Saint-Empire Romain Germanique est en proie à une guerre totale entre les différentes nations européennes, un conflit de nobles et surtout de mercenaires qui sont souvent mal payés et donc encouragés à piller les territoires conquis. Les origines de cette guerre sont complexes, c’est d’une part une guerre de religion entre les catholiques et les protestants au sein de l’Empire et du Royaume de Bohême  mais aussi une guerre de succession pour le trône des Hasbourg du Saint-Empire auquel prétendait le Roi d’Espagne. Enfin c’est également la reprise du conflit de la guerre de quatre-vingt ans entre Espagnols et Hollandais auquel on peut ajouter une intervention Française qui s’inquiétait de la montée au pouvoir des Hasbourg.

La défenestration de Prague de 1618 fut l'une des causes de la guerre de trente ans. Trois catholiques furent jetés par une fenêtre par des protestants

La défenestration de Prague de 1618 fut l’une des causes de la guerre de trente ans. Trois catholiques furent jetés par une fenêtre par des protestants

C’est dans ce contexte qu’arrive Issak, un mercenaire Japonais, juste à temps justement pour sauver Zetta, une jeune fille agressée par des mercenaires. Il ramène vite cette dernière auprès de son grand père et le groupe se dirige vers la forteresse de Fuchsburg… eux à la recherche d’une utopie, lui en quête de vengeance. Contrairement aux autres mercenaires il ne se bat pas pour l’argent mais pour venger son maître dont l’assassin se trouverais dans le camp espagnol.

C’est donc dans cette optique que le mystérieux Japonais rejoint le camp hollandais après un long trajet à travers les mers depuis le Japon, armé de son sabre et de son fusil.

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Des Japonais en occident au XVIIe siècle ?

Un mercenaire japonais durant la guerre de trente ans, le postulat a l’air impossible et pourtant les liens entre Japon et occident étaient nombreux à la fin du XVIe siècle : plusieurs missionnaires évangélistes se rendaient en Asie et donc au Japon afin de convertir les populations.

Ainsi Oda NOBUNAGA s’est fortement rapproché de missionnaires jésuites et avait même pris sous son aile un ancien esclave africain. Date MASAMUNE, Daimyô de Sendai s’était très fortement rapproché des missionnaires et leur avait même autorisé à convertir des populations. Il envoya des expéditions jusqu’en Europe au tout début du XVIIe siècle chargé d’une lettre pour le Pape, rédigée en Latin par lui-même. Une partie de ce groupe décide toutefois de s’arrêter en Espagne afin d’éviter les persécutions qui subissent les chrétiens au Japon suite à l’établissement du Bakufu des Tokugawa comme l’illustre bien le film Silence auquel nous avons consacré un article.

Délégation évangéliste au Japon durant l'ère Sengoku

Délégation évangéliste au Japon durant l’ère Sengoku

L’une de ces personnes est donc sûrement celui dont Issak souhaite se venger. Les Hollandais étaient le plus grand partenaire commercial européen du Japon, et cela continuera même durant l’ère Edo alors que le pays est censé être fermé aux étrangers. Aussi les Hollandais et la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales avaient pris pour habitude d’engager des mercenaires japonais pour servir leurs intérêts en Asie, et il n’est alors pas impossible que l’un d’entre eux ai put par ces moyens rejoindre la Hollande en partant de Batavia (l’actuelle Jakarta), la capitale de la compagnie néerlandaise des Indes orientales.

L’auteur d’Issak s’est d’ailleurs bien documenté sur le sujet et a même découvert une carte de l’Europe du XVIIe siècle agrémentée d’illustrations de combattants de l’époque. Parmi ceux-ci on y trouve un personnage possédant l’attirail d’un samouraï et qu’un certain nombre d’entre eux se sont engagés comme mercenaires en Europe apres avoir perdu leur maître durant les guerres de la période Sengoku.

Le fusil, compagnon du Samouraï ?

L'utilisation des armes à feu durant la période Sengoku

L’utilisation des armes à feu durant la période Sengoku

L’image du Samouraï a toujours été liée à celle du katana, au point que le port de sabre fut durant des centaines d’années la marque de ce statut, aussi n’est-il pas étrange de voir Issak portant avec lui un fusil auquel il tient peut être plus qu’à son katanka ?  C’est encore là une vérité méconnue que l’auteur du manga illustre avec brio. À la fin de la période Sengoku, les missionnaires et les marchands occidentaux amenaient avec eux des arquebuses que les seigneurs de guerre ont tôt fait de s’approprier, constatant la supériorité de cette arme face aux katana.

Ainsi Sakai, ville portuaire proche de Kobe, était un haut lieu de commerce avec l’occident où la vente d’armes à feu de fabrication occidentale ou même japonaise était courante. L’utilisation des armes à feu tombera certes en désuétude après l’unification de pays et les trois siècles de paix qui en suivront mais,  à l’époque d’Issak, l’arquebuse de création typiquement japonaise (hinawajû) faisait tout autant partie de l’arsenal du samouraï que le katana.

Une illustration de la guerre de trente ans avant tout

IssakMalgré tout ces apports méconnus au sujet des relations entre Occident et Japon de cette époque, l’œuvre de Shinji MAKARI se penche en vérité fortement sur la guerre de trente ans et l’illustre dans toute sa compcomplex. En effet ce conflit aura de très grandes conséquences pour l’Europe et pour le monde entier. Dès les premières pages l’auteur illustre très vite les problèmes et les idéologies en vogue à cette époque. La guerre se faisait grâce aux mercenaires, une main d’œuvre coûteuse et loyale à l’or plus qu’à un pays comme le montre bien Issak. 

C’est d’ailleurs suite à la guerre de trente ans que le concept d’état moderne commence à se construire, puis les mercenaires seront remplacés par une armée de métier. C’est également l’époque des utopies comme celle que recherche Zetta et son grand père dans le manga. Il ne faut pas oublier que ce conflit était également extrêmement violent. L’illustrateur, Double-S, marque d’ailleurs d’un trait très sombre des batailles où se mélangent combat à la lance et bombardement de canons abattant n’importe quelle muraille.

 

Un bon manga, un bon sujet, et quelques défauts

Attention toutefois, même si ce manga est très recherché sur le plan historique et qu’il représente assez bien les enjeux et la situation de la guerre de trente ans, il n’en reste pas moins une fiction et l’auteur prend de très grandes libertés sur le déroulement des évènement, le destin de certains personnages historiques et introduit également ses propres personnages. Les dessins sont d’une grande qualité et le rythme du manga est très bon, les scènes de batailles et de narrations sont bien enchainées et l’auteur arrive à bien expliquer la situation pourtant complexe de l’époque et l’histoire des différents personnages sans être trop lourd. Ces derniers ne sont toutefois pas des plus originaux, Issak en bon héros est donc doué dans tous les domaines, tireur d’élite, combattant au sabre imbattable et stratège hors pair dans une région et une guerre auquel il n’est pourtant pas habitué. Zetta quant à elle est l’archétype de la jouvencelle en détresse qui suit Issak partout où il va et finira sûrement par être prise en otage. Mais que cela ne vous empêche pas de découvrir Issak qui est avant tout une grande fresque historique et une approche originale de cette guerre qui n’est pas forcément connue de tous.

Issak

ISSAK © Shinji MAKARI, DOUBLE-S / Kodansha Ltd.

Il n’est ainsi pas étonnant de voir cette série arriver si vite chez nous alors que le second tome vient tout juste d’être publié au Japon. Issak plaira autant aux amateurs d’histoires qu’aux fans de seinen, une occasion de découvrir ou redécouvrir la guerre de trente sous un angle original. Pour rappel le premier tome d’Issak est à paraître le 8 mars prochain aux éditions Ki-oon.

Pour plus d’informations sur le titre, rendez-vous sur le site des éditions Ki-oon et jetez un œil aux premières planches ici.

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2 réponses

  1. dbhurley dit :

    Quand les américains, les européens et Israël crient et pleurent, alors on comprend que ce sont leurs mercenaires qui se battent contre larmée syrienne.

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