Manga Taishō 2018 : lumière sur les nommés !

Fin du mystère… Les résultats sont tombés ! Le nom du titre lauréat ainsi que le classement général de la onzième édition du Manga Taishō ont été dévoilés à l’issue de l’annuelle cérémonie du prix, qui s’est tenue hier à Tokyo. L’an dernier, l’auteur Mitsuharu YANAGIMOTO remportait le trophée avec son manga Hibiki – Shōsetsuka ni naru hōhō, porté par son héroïne, jeune prodige aussi étonnante que caractérielle.

Au menu de cette édition 2018 ? Douze prétendants et un choix habituellement éclectique incluant quelques surprises d’ores et déjà ou prochainement disponibles dans les librairies françaises. Journal du Japon a passé l’ensemble en revue pour vous livrer ses impressions et coups de cœur avant de se pencher, bien entendu, sur le grand vainqueur du Manga Taishō !

Manga Taishô Awards 2018

 

Préambule : qu’est-ce que le Manga Taishō ?

Depuis sa création en 2008, l’événement a toujours permis à son comité organisateur de poursuivre un objectif double. En premier lieu, celui de mettre en lumière des œuvres « récentes » au-delà de toute considération financière : pour être nommé, un manga doit seulement avoir été publié au cours de l’année précédente et ne pas excéder les huit volumes. Si sa réalisation répond à ces deux conditions, tout(e) mangaka, simple rookie ou artiste expérimenté(e), peut dès lors défendre ses chances.

Le prix a également pour vocation de proposer de nouvelles pistes aux lectrices et lecteurs curieux de nouvelles histoires à découvrir. Des suggestions bienvenues dans un monde où les nouveautés se comptent chaque année par centaines. Ainsi devient-il de plus en plus difficile de faire un choix parmi la pléthore de titres disponibles, bien souvent couverts d’un film plastique de surcroît, pour quiconque oserait s’aventurer en librairie sans idée précise en tête. C’est par ailleurs tout sauf un hasard si le large panel choisi pour la sélection n’est composé que de passionné(e)s, parmi lesquels bon nombre de libraires, aux goûts multiples et à l’affut constant de la moindre perle. À ce titre, l’harmonisation de leurs votes a toujours offert des listes variées et révélatrices des potentiels du moment. De quoi assurément inspirer les éditeurs français par la même occasion.

 

Gloutons et Dragons (Dungeon Meshi), de Ryoko KUI

Gloutons et dragons taishō

L’expédition au sein du donjon mystérieux tourne court pour le chevalier Laïos et ses compagnons. La faute à une rencontre inopinée avec un dragon peu accueillant bien décidé à les dévorer. L’équipe ne doit son salut qu’à un sort magique lancé dans un ultime effort par Farin, la sœur de Laïos, avant qu’elle ne soit engloutie par le monstre. À l’extérieur, dépourvu de matériel et sans un sou, le jeune chevalier décide malgré tout de retourner au donjon pour sauver sa sœur, dont le corps est menacé de digestion. Il sera accompagné dans son aventure de Tirchac, son fidèle maître des clefs, et de Marcille, une Elfe magicienne. Pour pallier le manque de vivres, rien de plus simple, Laïos a une brillante – et saugrenue – idée : il leur suffira de cuisiner, et bien sûr déguster, toutes les créatures qui croiseront leur chemin ! 

Des monstres qui passent à la casserole… La recette surprend et séduit toujours, en témoigne cette troisième nomination consécutive au prix Taishō pour le manga de Ryoko KUI. En apportant de multiples précisions quant à la manière de cuisiner les bestioles issues de son imagination, la mangaka apporte une certaine cohérence à son histoire, aussi loufoque soit son concept de base. Les passages culinaires n’en deviennent que plus drôles, en considérant le fait que les créatures n’existent évidemment pas dans notre monde. L’oeuvre se distingue justement par un humour décalé et parfaitement dosé. S’autorisant régulièrement une pause casse-croûte au cours de leur périple, les personnages semblent en total décalage avec la réalité et la gravité de la situation. Farin, leur camarade, est sur le point de se faire digérer par le dragon, convient-il de rappeler. Qu’importe, son sauvetage attendra encore un peu. Nos héros ont un champignon à deux pattes et un poulet géant à la queue de serpent sur le feu !

Que les amoureux de cuisine se rassurent, le titre est publié en France chez Casterman depuis mai dernier.

Beastars, de Paru ITAGAKI

Beastars taishōÀ l’école de Cherryton, l’ambiance n’est pas à la fête. Le jeune alpaga Tem, un des élèves herbivores de l’établissement, vient de se faire assassiner. Les esprits s’échauffent dès lors, les herbivores accusant les carnivores du meurtre de leur semblable. Ainsi Legosi, loup de 17 ans, membre du club de théâtre comme l’était son ami Tem, se retrouve-t-il naturellement suspecté, en sa qualité de canidé. Il faut dire que les normes qui régissent ce monde, partagé entre herbivores et carnivores, n’épargnent guère les carnassiers. Les regards suspicieux et les craintes constantes que sa présence suscite composent son quotidien depuis toujours, reconnait Legosi, fataliste. À sa grande surprise, le drame va pourtant occasionner de nombreux changements dans sa vie qui vont l’amener, un peu malgré lui, à grandir et s’ouvrir davantage aux autres.

Alerte, coup de cœur ! 

En démarrant son histoire par un événement tragique, la mangaka nous plonge d’emblée dans son univers contemporain habité par des animaux anthropomorphes. Elle prend ensuite le temps de le poser subtilement à travers les différentes interactions qui s’opèrent entre les personnages sans oublier de tenir compte de chacune de leurs caractéristiques animales. À ce titre, nombre de ses planches regorgent de petits détails, parfois amusants comme ce passage avec la lapine qui se réjouit d’avoir des carottes au menu du soir ou celui où l’écureuil rencontre quelques difficultés à casser une noisette. Ces touches d’humour, légères et bien dosées, viennent apaiser l’atmosphère globalement noire de l’oeuvre. Une noirceur naturellement imposée par la nature même des sujets qui y sont abordés tels que le harcèlement à l’école, les discriminations ou encore les addictions. En composant avec ces thèmes, ô combien sensibles, Paru ITAGAKI fait preuve d’une étonnante justesse : assurément un des réels points forts du manga.

Beastars

Beastars © P.ITAGAKI 2017. All rights reserved.

Runway de Waratte (Smile at the runway), de Kotoba INOYA

Runway taishōDepuis toute petite, Fujito Chiyuki rêve de défiler à la Paris Fashion Week pour y représenter l’agence de mannequins de son père. Malheureusement, un problème se dresse devant elle, et il est de taille : en dernière année de lycée désormais, elle ne mesure qu’un mètre cinquante-huit, soit dix-sept centimètres de moins que la norme minimum exigée pour pouvoir prétendre participer au prestigieux défilé. Une fatalité qui, associée aux réticences répétées des professionnels de son agence, finira par ébranler sa légendaire force de caractère. Son premier échange avec le timide Tsumura Ikuto, un camarade de classe qu’elle n’avait jamais remarqué jusqu’alors, va changer la donne. Il se trouve que lui aussi entretient une relation délicate avec son propre rêve. Dévoué à sa famille, il s’est résolu à l’idée de ne pouvoir se lancer dans des études de couture malgré ses aspirations et un talent évident. Un lien fort va se créer entre les deux personnages qui vont dès lors se motiver mutuellement à aller de l’avant et poursuivre leurs rêves respectifs.

Avec Runway de warette, Kotoba INOYA propose une sympathique immersion dans l’univers de la mode. Défilés, ateliers de couture, agences de mannequins… En faisant évoluer ses personnages au sein de plusieurs environnements propres à ce monde, il nous entraîne dans l’intimité de ces lieux. Les phases explicatives, mesurées, viennent équilibrer l’ensemble en y apportant une certaine cohérence. La paire Fujito / Tsumura fonctionne à merveille : la première demeure sûre d’elle, arrogante et (un brin) égocentrique quand le second s’avère totalement introverti, effacé et innocent. Le contraste entre les deux personnalités ne rend leur alchimie que plus manifeste. 

Un titre solide promis à un bel avenir.

L’Atelier des Sorciers (Tongari bochi no atelier), de Kamome SHIRAHAMA

Atelier des sorciers taishōFérue de magie depuis son plus jeune âge, Coco a toujours voulu devenir sorcière. Seulement, elle n’est pas née avec le don de sorcellerie comme l’imposent les standards de son monde. Frustrée de ne pouvoir suivre cette vocation, Coco assiste sa mère couturière chaque jour, ne pouvant que rêver de cette vie qui lui est inaccessible. Son destin bascule lorsqu’elle rencontre le mystérieux sorcier Kieffrey, alors de passage au village pour quelques courses. Sa fascination pour la magie et sa trop grande curiosité vont lui jouer un bien drôle de tour… 

Avec L’Atelier des Sorciers, Kamome SHIRAHAMA présente une bien jolie histoire de magie, aux allures de conte, mettant en scène une pétillante et attachante héroïne. Si le concept de base ne révolutionne pas le genre, il s’avère suffisamment posé et développé pour intriguer. Dès lors, l’immersion au sein de l’univers imaginé par la mangaka s’opère vite, grandement facilitée, il convient de le souligner, par les superbes dessins qui subliment chaque page. Diplômée des Beaux-Arts (Tokyo) et connue pour avoir composé diverses illustrations pour de célèbres comics, l’artiste démontre, à travers cette histoire de sorciers, toute l’étendue de son talent. Un coup de crayon précis, puissant et assurément magique que les lecteurs français peuvent découvrir depuis peu dans l’Hexagone : le premier volume ainsi qu’une version collector, publiés chez Pika, sont disponibles dans les librairies depuis le 7 mars dernier.

TONGARI BOSHI NO ATELIER, Vol. 1 @ 2017 Kamome Shirahama. All rights reserved.

TONGARI BOSHI NO ATELIER, Vol. 1 @ 2017 Kamome Shirahama. All rights reserved.

Nagi no Oitoma, (Nagi’s Long Vacation) de Misato KONARI

nagi no oitoma taishōNagi, 28 ans, employée de bureau, s’évertue chaque jour à se montrer gentille en toutes circonstances, ne voulant contrarier personne dans son entourage. Une nature qui l’amène entre autres à subir les réprimandes de son supérieur pour une faute qui n’est pas la sienne ou à accepter qu’une collègue prenne tout le crédit d’une tâche qu’elle a elle-même accomplie. Les quelques économies qu’elle parvient à réaliser tous les jours, en cultivant ses petits pois notamment, et la relation secrète qu’elle entretient avec son collègue, le populaire Shinji, lui apportent ses seuls moments de réconfort. Mais un jour, à son travail, elle surprend une conversation au cours de laquelle celui-ci tient des propos peu élogieux à son égard. Un choc qui lui vaut une sévère crise d’angoisse. Suite à cet événement, elle décide de quitter travail, réseaux sociaux et appartement en ne gardant que le strict minimum, bien décidée à changer de vie et repartir de zéro !

Appuyer sur « Reset » et tout recommencer. N’y avez vous jamais songé ? Misato KONARI s’est reposée sur cette idée pour démarrer puis composer son oeuvre. Elle parvient brillamment à faire monter la pression crescendo lors des premières pages pour ensuite la faire chuter d’un coup, provoquant de ce fait un soulagement aussi bien pour ses lecteurs que du point de vue de son personnage principal Nagi. Celle-ci porte d’ailleurs le manga à elle seule tant la mangaka nous la rend vite attachante et sympathique. Les nombreuses injustices dont elle est victime à son travail permettent de compatir aisément à sa détresse. Sa personnalité s’avère pourtant bien plus intéressante qu’elle ne semble le penser. À son tour de le découvrir désormais !

Nagi no Oitoma : quelle bouffée d’air frais !

Warera Contactee, de Rui MORITA

warera contactee taishōLa soirée entre collègues ne se termine pas de façon très agréable pour Kanae, employée de bureau, qui finit par quitter les lieux après plusieurs remontrances et remarques désagréables émises par son supérieur à son égard. Sur le chemin du retour, elle croise alors Kazuki, un ancien camarade de classe. Celui-ci l’invite à le suivre à son lieu de travail, situé à deux pas, pour lui présenter les premières ébauches de son projet. Son objectif ? Lancer une fusée dans l’espace équipée d’un géant vidéo-projecteur qui permettra de faire découvrir son film favori aux éventuels extra-terrestres. Bien qu’au stade de prototype, le moteur de l’appareil conçu par Kazuki impressionne Kanae lors de la démonstration. Elle décide dès lors de se joindre à l’aventure, motivée en premier lieu par le côté lucratif que peut impliquer telle entreprise. Elle ne se doute pas à ce moment là que le rêve de Kazuki va vite devenir le sien.

L’OVNI parmi la sélection de cette année. Avec son one-shot Warera Contactee, Rui MORITA signe sa première oeuvre notable. Son trait reste particulier mais s’apprivoise vite, le tout étant sublimé par un superbe jeu de lumière. Le scénario improbable constitue sans nul doute le grand atout du manga. À travers son histoire solidement menée, le mangaka, amateur de cinéma, nous invite à répondre à une intéressante question : si l’être humain venait à disparaître un jour, quel film aimerions-nous transmettre aux prochaines civilisations ou extra-terrestres ? Difficile de choisir. Une chose est sûre malgré tout, ce ne sera pas Dragon Ball Evolution

Warera Contactee, une bien surprenante histoire qui se dévore d’une traite. Sa nomination au Manga Taishō devrait apporter une reconnaissance bienvenue et méritée à son prometteur auteur, merci donc aux votants pour cette jolie découverte.

Golden Gold, de Seita HORIO

golden gold taishōLa jeune Ruka, en seconde année de collège, vit sur l’île de Neijima, bien connue pour ses légendes divines. D’une nature plutôt distante, elle n’a qu’un seul ami : son camarade de classe Oikawa. Elle l’accompagne partout, parfois même en dehors de l’île lorsque celui-ci se rend dans sa librairie préférée « Animate ». Le monde de Ruka s’écroule quand celui-ci lui fait part de son projet de quitter l’île à la fin du collège pour rejoindre son père à Osaka, dont le logement se situe à quelques pas d’une boutique Animate. Peu de temps après cette révélation, elle trouve sur la plage une petite statue à l’apparence peu rassurante. Elle décide de la placer sur un autel, curieusement vide, qu’elle trouve sur son chemin, et prie pour que son ami reste à ses côtés. C’est alors qu’un étrange être fait son apparition, à la grande surprise de la collégienne. Cette créature serait-elle une divinité venue exaucer son souhait ?

Après une septième place acquise l’année dernière, le manga Golden Gold de Seita HORIO se retrouve une nouvelle fois parmi les prétendants au titre. Il faut dire que son histoire, à l’intrigue aussi surprenante que déroutante, dispose de certaines cartes pour se faire remarquer, à commencer par la petite créature – ou divinité – mise en scène. Avec son grand sourire, qu’elle arbore continuellement, ses doigts longs et fins et son regard vide et perçant à la fois, elle inquiète, dérange voire effraie presque. Que représente-t-elle au juste ? La question de sa nature même éveille la curiosité. De ce fait, les pages se lisent vite, sans aucun déplaisir. Certaines situations prêtent même à sourire. Le duo que forme Ruka, un peu malgré elle, avec l’énigmatique personnage constitue sans aucun doute un des points forts du manga. Bien sûr, n’oublions pas de relever le coup de crayon de son auteur, Seita HORIO, qui n’a visiblement rien perdu de sa superbe depuis Kokkoku, sa précédente oeuvre (publiée en France aux éditions Glénat). Un titre qui lui vaut d’ailleurs une première reconnaissance au Manga Taishō en 2011 avec à la clé, une respectable huitième position décrochée. Peut-être le moment est-il venu pour le mangaka d’accéder (enfin) à une première partie de tableau !

Eizoken ni ha te wo dasu na !, de Sumito OOWARA

eizoken taishōPremier jour de lycée pour Midori ! Passionnée d’anime et passant le plus clair de son temps à dessiner, elle se rend, accompagnée de son amie Sayaka, au club d’animation dans le but de l’intégrer. Elles y font la rencontre de Tsubame, modèle photo parmi les plus populaires du moment, alors poursuivie par deux hommes. Cette dernière parvient à s’en défaire grâce à l’intervention plutôt maladroite des deux amies. Tsubame désire elle aussi rejoindre le club d’animation mais son père, nourrissant d’autres ambitions quant à la carrière de sa fille, lui a interdit. Après démonstration de leurs travaux respectifs, les deux férues d’animation se rendent compte de leur parfaite complémentarité : Midori, sans cesse fascinée par les différentes architectures qui l’entourent, excelle dans l’art de créer des environnements quand Tsubame se révèle douée pour dessiner des personnages. Cette alchimie évidente séduit Sayaka, plutôt motivée sur le plan financier, qui leur suggère de se lancer dans l’animation ensemble. La naissance d’un trio de choc !

Alerte coup de cœur !

Le manga Eizoken ni ha te wo dasu na ! compte parmi les bonnes surprises de la sélection de cette année. En scène, nous avons donc la geek timide Midori, la cupide et négative Sayaka et enfin la jolie et populaire Tsubame. Autant dire que le casting est impeccable ! Sumito OOWARA nous plonge au cœur des histoires que ses héroïnes imaginent elles-mêmes lors de leurs séances de réflexion, chacune de leurs idées pouvant donner lieu à un scénario d’animation potentiellement exploitable. Le lecteur découvre alors des nouvelles technologies et des univers entiers inventés de toutes pièces par le trio. Avec son style propre et singulier, le mangaka passe souvent de la réalité (du point de vue des personnages) à la fiction d’une case ou d’une page à l’autre. Des transitions qu’il opère toujours avec fluidité. Bien sûr, fidèle au thème de son manga, l’artiste prend soin d’apporter de nombreux éclaircissements relatifs au processus de création d’un anime. 

Un titre qui, grâce à l’imagination débordante de son auteur, se dévore !

EIZOKEN NI HA TE WO DASU NA ! © Sumito Oowara 2017. All rights reserved.

EIZOKEN NI HA TE WO DASU NA ! © Sumito Oowara 2017. All rights reserved.

The Promised Neverland (Yakusoku no Neverland), de Kaiu SHIRAI et Posuka DEMIZU

the promised neverland taishōAu sein de l’orphelinat du « Grace Field House », Emma, onze ans, comptant parmi les aînés du groupe, s’occupe de ses jeunes camarades sous l’œil bienveillant de la gouvernante des lieux, que tous appellent affectueusement « Mama ». Chaque jour, les enfants sont soumis à une série de tests à l’issue desquels Emma et ses deux camarades du même âge, Ray et Norman, obtiennent toujours les meilleurs résultats. Une fois cette session terminée, ils peuvent s’amuser comme bon leur semble, à la stricte condition de ne pas s’aventurer au-delà des limites de l’espace autorisé. Bien qu’elle n’ait jamais eu de contact avec le monde extérieur, si ce n’est à travers les livres à sa disposition, Emma mène une existence heureuse et paisible auprès de ses « frères et sœurs » et attend, comme les autres, l’heure de son adoption par une famille. Un bonheur qui va malheureusement s’arrêter le jour où, suite à un concours de circonstances, elle se retrouve témoin d’un terrible événement.

Deuxième nomination consécutive pour The Promised Neverland, qui avait terminé à la sixième position lors de la précédente édition du Taishō. Le titre compte actuellement parmi les séries phares du Weekly Shōnen Jump (Shueisha) et semble bien parti pour perdurer tant les enfants du Grace Field House ne cessent de surprendre. Outre les jeunes héros vite attachants, la série se distingue par un scénario minutieusement pensé, des antagonistes charismatiques et une atmosphère pesante en permanence. 

À noter qu’il s’agit de la dernière nomination possible au Taishō pour le manga de Kaiu SHIRAI et Posuka DEMIZU, le huitième volume arrivant bientôt dans les librairies japonaises. Victoire ou non à l’arrivée, The Promised Neverland a tout du classique en puissance de toute évidence. Et réjouissons-nous de la bonne nouvelle : l’arrivée du titre en France est imminente ! Publié chez Kazé Manga, le premier volume sera en vente à partir du 25 avril prochain.

To Your Eternity (Fumetsu no anata e), de Yoshitoki OIMA

to your eternity taishōQuelle est cette « chose » difficilement définissable ? Déposée en pleine nature sous la forme d’une sphère en premier lieu, elle se changera en pierre au contact de l’une d’entre elles. Puis deviendra mousse quelques temps avant de se muer en loup. Une nouvelle apparence qui lui permet de prendre conscience et de se déplacer pour la première fois. Commence alors un long voyage au cours duquel, cet(te) esprit, être ou entité apprendra peu à peu à s’adapter à son environnement, porté(e) et protégé(e) par une mystérieuse immortalité.

Après son manga A Silent Voice, nommé au prix Taishō en 2015 et récompensé d’une jolie troisième place, Yoshitoki OIMA signe un retour remarqué dans la liste des nommés de cette année avec To Your Eternity

Son personnage principal, infiniment puissant mais si fragile et innocent à la fois, fascine, quelle que soit sa forme employée. Il avance et évolue à son rythme, grandissant un peu plus après chacune de ses interactions avec la nature ou l’être humain. Son histoire se lit comme une douce poésie et s’observe avec attention. Des noms lui seront donnés mais sa nature même le rend indéfinissable. Le mystère autour de cet étrange être reste entier. Et il nous tarde de découvrir (au moins) quelques réponses !

To your Eternity : une merveille à lire et relire sans modération. 

Petit rappel : le titre est disponible en France chez Pika éditions. Pour en apprendre un peu plus sur l’oeuvre, vous pouvez toujours jeter un œil sur la critique manga et l’interview de Yoshitoki OIMA sur Journal du Japon !

Eiga daisuki Pompo-san, de Shogo SUGITANI

pompo-san taishōSuite au départ en retraite de son grand-père Peterzen, légende du cinéma à Nyallywood, la jeune Pomponette, surnommée « Pompo-san », a repris les rênes de la société de production « Peterzen films ». Forte d’un leadership à toute épreuve et non moins talentueuse que son prédécesseur quand il s’agit de donner vie à un projet cinématographique, elle est parvenue à faire prospérer l’entreprise avec grand succès jusqu’à maintenant. Une maîtrise du métier qui ne cesse d’impressionner son timide assistant, Gene, même si celui-ci ne comprend pas toujours pourquoi sa directrice, malgré tout son talent à déceler les potentiels, se cantonne à produire des films de série B, aussi populaires deviennent-ils. De son côté, Gene, passionné de cinéma, nourrit le rêve secret de réaliser son propre film un jour mais n’a jamais osé ne serait-ce que murmurer l’idée en raison de son manque de confiance en lui. Et si Pompo-san n’attendait que l’occasion de lui donner sa chance ?

Fort de son succès en version ebook (pas moins de 500 000 lectures), le one-shot Eiga daisuki Pompo-san a rapidement été publié sous format papier au Japon. À travers son oeuvre, Shogo SUGITANI nous fait suivre les différentes étapes qui rentrent dans le processus de création d’un film en nous entraînant au cœur d’une société de production de cinéma. L’ensemble s’avère très captivant à suivre, grâce notamment aux héros mis en scène, avec une mention spéciale pour la charismatique et respectée Pompo-san. Contrairement à ce que laisse penser le design très enfantin des personnages, le ton employé par le mangaka reste plutôt sérieux et son histoire réaliste.

Une bien jolie composition dont nous regrettons seulement la brièveté.

Made in Abyss, d’Akihito TSUKUSHI

made in abyss taishōEnfin ! L’intrépide Rico s’apprête à explorer l’Abysse, seule, pour la première fois. En revanche, elle ne pourra descendre au-delà de cent-cinquante mètres, à son grand désarroi. Il faut dire que le gigantesque gouffre, dont la profondeur reste à ce jour inconnue, comporte autant de dangers qu’il ne recèle de trésors. Nul ne peut s’y aventurer sans une longue et solide préparation en amont, sous peine de connaître le même sort que les nombreux aventuriers des profondeurs, appelés communément les « caverniers », qui y ont péri. Encore apprentie, Rico doit donc s’armer de patience avant de pouvoir prétendre devenir Sifflet Blanc, le plus haut grade chez les caverniers, comme l’était sa mère la légendaire Lisa, avant sa disparition. C’est lors de sa première descente en solitaire qu’elle fait la rencontre d’un mystérieux garçon aux bras robotisés. Celui-ci, qui a perdu absolument tout souvenir, ne semble pas appartenir à son monde. Viendrait-il des profondeurs de l’Abysse ? 

Alerte coup de coeur !

Made in Abyss : un titre évoluant au sein de la mosaïque manga depuis déjà quelques années, remis au goût du jour grâce à une superbe adaptation en anime (studio Kinema Citrus) qui a fait sensation l’année dernière. Nul doute que l’engouement suscité par la série d’animation a permis à de nombreux votants de (re)découvrir le matériau d’origine. Démarrée en 2012, l’oeuvre d’Akihito TSUKUSHI ne compte pour le moment que six volumes, justifiant de ce fait sa tardive mais toujours possible nomination au Manga Taishō.

L’auteur a imaginé tout un univers, lui-même composé d’une multitude de mondes, tous pourvus d’une faune et d’une flore distinctives qu’il introduit subtilement au cours du premier volume, sans oublier de laisser planer de nombreux mystères. Le statut des enfants, encore apprentis, vient parfaitement légitimer la présence des nombreuses – mais nécessaires – phases explicatives qui rythment les premiers chapitres sans jamais briser la fluidité du récit. Niveau graphisme, le style croquis / storyboard du mangaka embellit chaque page. L’artiste parsème son oeuvre de magnifiques plans vertigineux, parfaitement appropriés pour dépeindre au mieux l’infini des profondeurs de l’Abysse.

Un manga qui peut aisément viser les sommets.

À noter que le premier volume, publié chez Ototo, sera disponible dans les librairies françaises à partir du 18 mai prochain !

MADE IN ABYSS Volume 1 © Akihito Tsukushi / TAKE SHOBO 2013. All rights reserved.

MADE IN ABYSS Volume 1 © Akihito Tsukushi / TAKE SHOBO 2013. All rights reserved.

Et l’heureux élu se nomme…

Beastars

Ainsi le manga de la mangaka Paru ITAGAKI succède-t-il à Hibiki – Shōsetsuka ni naru hōhō. Un très joli choix du jury qui récompense une oeuvre magnifiquement sombre. À suivre de près !

Comptant parmi les belles surprises de cette année, Warera Contactee, de Rui MORITA, et Nagi no Oitoma, de Misato KONARI, viennent compléter le podium. À noter le troisième Top 5 consécutif décroché par Gloutons et Dragons de Ryoko KUI ! Nos deux autres coups de cœur, Made in Abyss et Eizoken ni ha te wo dasu na ! terminent donc en deuxième partie de tableau. Dommage également pour The Promised Neverland qui doit se contenter de l’avant-dernière position. 

Bien entendu, cela ne nous empêchera guère de louer la fière allure de cette collection 2018 tant tous les titres nommés, au-delà de la teneur même du classement final, auraient mérité la récompense. Les votants du Manga Taishō ont offert une pertinente et solide sélection qui se distingue des précédentes par sa part belle faite aux héroïnes, toutes fortes, amusantes et bouleversantes. Chacune d’elles aura définitivement marqué cette édition de son empreinte.

Un grand bravo à Paru ITAGAKI et à l’année prochaine pour de nouvelles pépites à découvrir !

taishō

Le classement final est disponible sur le site officiel de l’événement : www.mangataisho.com

Retrouvez également toutes nos présentations des autres éditions ici !

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1 réponse

  1. 14 avril 2018

    […] tels que One Piece ou HxH, deux nominations consécutives au prix Manga Taishō (2017 et 2018) et déjà plus de deux millions d’albums vendus sur l’Archipel. Ses auteurs, Posuka DEMIZU […]

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