La Cité aux murs incertains : Murakami nous invite dans un autre univers
À travers son roman La Cité aux murs incertains, Haruki Murakami nous embarque dans une intrigue entre un monde réel et irréel où le temps s’est arrêté. Il met en scène des personnages à la recherche d’un sens à leur vie, à la recherche de leur propre soi et en quête d’un amour perdu. Paru en 2025 aux éditions 10-18, traduit du japonais par Hélène Morita avec la collaboration de Tomoko Oono, que vaut le roman de l’auteur contemporain japonais le plus lu ? « À quel monde est-ce que j’appartiens à présent ? » C’est la question qui traverse cette histoire.
À la recherche d’un amour perdu
Tu dis : « La Cité est entourée de hauts murs et il est très difficile d’y pénétrer. Mais encore plus difficile d’en sortir.
— Comment pourrais-je y entrer, alors ?
— Il suffit que tu le désires. »
La jeune fille a parlé de la Cité à son amoureux. Elle lui a dit qu’il ne pouvait s’y rendre que s’il voulait connaître son vrai « moi ». Et puis, elle a disparu. Alors, l’amoureux est parti à sa recherche. La clé pour la retrouver est cette ville — une ville à l’horloge sans aiguilles, dont les habitants ont perdu leur ombre et où l’on peut devenir liseur de rêves dans une bibliothèque. Mais seul celui qui le désire de tout son cœur pourra franchir ces murs…
Une cité où le temps s’est arrêté

L’œuvre se compose de trois parties, le personnage au nom inconnu se rend à une cité fortifiée afin de retrouver son amoureuse, son vrai « moi ». Mais tout le monde ne peut pas accéder à cette cité mystérieuse où le temps s’est arrêté. Pour sa quête amoureuse, le jeune homme décide de franchir les murs de la ville et d’abandonner sa vie du monde réel. Selon la règle de la cité, personne ne possède d’ombre. Alors, il a l’obligation d’abandonner la sienne s’il désire y entrer.
Le temps possède ici aucune signification. À l’instar du cycle des saisons, il ne cesse de tourner. Il tourne et tourne encore. En rond ? Je l’ignore. Peut-être avance-t-il peu à peu à sa manière. Honnêtement, je ne peux le décrire ainsi : « Il tourne en rond. » Le temps seul sait ce qui se passe réellement.
Possédant des capacités spécifiques, il devient liseur de rêves dans une bibliothèque de la Cité. Une bibliothèque hors norme, sans un livre, où seuls gisent de vieux rêves présentés sous forme d’œufs poussiéreux. Une ville avec une horloge sans aiguilles, où la vie extérieure est inconnue, où seuls vivent les habitants, un gardien, des bêtes, des licornes. Dans cette première partie, Murakami nous emmène dans un monde fantaisiste. Des phrases poétiques, la douceur des personnages suscite un véritable attachement.
Je descend la colline, remonte sur la route qui longe la rivière. La bibliothèque se trouve juste au-delà de la place, faisant face au Vieux Pont. Et sur cette place se dresse tout en hauteur la tour de l’horloge sans aiguilles, comme un symbole d’aller savoir quoi.
Une fusion entre deux histoires différentes
La deuxième partie nous donne l’impression de lire un autre livre. Au fil de la lecture, nous remarquons des indices donnés par l’auteur et le rapport avec la première partie. Nous retrouvons ainsi le même personnage quelques années plus tard dans sa vie quotidienne, vivant une vie normale, pensant à son amoureuse disparue à l’adolescence et toujours à la recherche d’un sens à sa vie.
Ou bien, peut-être ne suis-je pas ce que je suis, et suis-je seulement celui qui fait semblant d’être moi ? Peut-être que celui qui me regarde depuis le miroir n’est pas du tout moi. Peut-être est-ce quelqu’un d’autre qui me ressemble et qui agit à ma manière. Je ne pouvais pas me débarrasser de ce sentiment.
À l’origine, La Cité aux murs incertains est une nouvelle parue en 1980 dans la revue littéraire Bungakukai et La Fin des temps, roman publié en grand format en 1985. Murakami nous explique cette fusion en ayant rajouté un autre volet narratif de La Fin des temps afin de réaliser un double récit. Cette fusion entre ces deux parties nous offre une troisième et dernière partie étonnante jusqu’à nous inviter à imaginer la suite du roman.
« Ces deux volets devaient se développer alternativement, et en parallèle. Mon plan ou mon idée approximative était de les laisser fusionner en un tout à la fin. Mais même moi, l’auteur, durant le temps où je les rédigeais, je ne savais pas précisément comment ils finiraient ensemble. (…) j’écrivais juste ce qui me venait à l’esprit. » – Haruki Murakami
Une œuvre surprenante, envoutante, qui nous pousse à tourner les pages sans arrêt. L’histoire est touchante par la sensibilité des personnages à la recherche de leur existence dans ce monde réel. L’auteur nous a conquis à travers cette œuvre palpitante. Nous retrouvons à travers ce récit quelques extraits qui nous font penser à Kafka sur le rivage, ce qui nous donne envie de relire cette histoire extraordinaire. Un style d’écriture vivant, poétique, dans lequel l’auteur met à notre disposition le monde réel chargé par sa modernisation et la possibilité de s’évader dans un monde fictif, dans une autre dimension.
