Terra Formars rencontre Takashi MIIKE : une adaptation qui donne le cafard

Il y a quelques mois, à l’occasion de la sortie de la trilogie Kenshin, nous nous interrogions sur la compatibilité entre une adaptation fidèle un bon film à part entière. Qu’est-ce qui fait une bonne adaptation ? Une adaptation fidèle constitue-t-elle forcément un bon film ? Un excès de fidélité n’empêche-t-il pas le film de prendre son envol ? Dans un pays où les adaptations de manga son omniprésentes, la question semble capitale et Kenshin constituait plutôt un modèle de réussite dans le genre malgré une légère difficulté à se dégager de l’œuvre originale.

Cette fois, c’est au tour de Terra Formars de monter sur le ring, à l’occasion de l’Etrange Festival. Publié par Kazé Manga depuis 2011 et connaissant un énorme succès au Japon, ce manga n’a cependant pas encore acquis l’aura mythique du samouraï battôsai et on aurait pu supposer que la production bénéficierait de plus de largesse pour se réapproprier l’œuvre et la transposer au mieux pour le cinéma… et ce d’autant plus que c’est Takashi MIIKE, réalisateur de renommée internationale déjà habitué aux adaptations de manga, qui s’y colle. Qu’en est-il finalement ?

L'affiche

L’affiche

Des cafards et des hommes

An 2599, Nanao et Shokichi se retrouve à bord d’une navette spatiale en direction de mars, en compagnie d’une quinzaine d’autres individus, tous repris de justice ou/et en proie à une grande pauvreté. Leur mission, éradiquer la population de cafards envoyés 500 ans auparavant sur l’ancienne planète rouge afin de la terraformer. Une mission à haut risque en échange de remises de peines et salaires mirobolants. Problème : les cafards ont muté, et ce qui ne devait s’apparenter qu’à une petite vaporisation d’insecticide se transforme vite en combat à mort. Heureusement, les commanditaires de la mission, visiblement seuls au courant, on fait subir une opération aux criminels envoyés sur place, leur permettant de se transmuter en créature hybride, mi-insecte mi-homme. Les voici donc à même de tenir la dragée haute à ces cafards géants au look de culturistes et à l’intelligence suspecte pour une espèce théoriquement si récente.

Mais cela sera-t-il suffisant ? Rien n’est moins sur tant la sauvagerie des cafards semble sans borne. En tout cas, notre groupe n’est pas au bout de ses surprises, d’autant plus que le mystère plane quant à l’origine réelle de cette surprenante mutation des blattes.

Les cafards déciment les membres de la mission Bugs2 dans un déluge de violence.

Les cafards déciment les membres de la mission Bugs2 dans un déluge de violence.

Takashi MIIKE : prend l’oseille et tire toi !

Révélation de la toute fin des 90′ avec Audition ou la trilogie Dead or Alive, Takashi MIIKE jouit toujours d’une grosse popularité dans le monde des festivals, malgré un enchaînement de navets et une propension à faire n’importe quoi n’importe comment, dénotant un cynisme – ou un je-m’en-foutisme – assez navrant pour quelqu’un qui a été capable aussi bien d’emballer quelques joyaux irrévérencieusement fous (Ichi the Killer, les Dead Or Alive …) que des films commerciaux de fort bon aloi (le premier Crows Zero notamment). Déjà, l’année dernière, nous vous parlions de la purge Yakuza Apocalypse. C’est maintenant à l’adaptation de Terra Formars de faire la tournée des festivals.

Autant le dire tout de suite, si auparavant, on attendait les films de MIIKE avec bienveillance, voire impatience, c’est maintenant la crainte, ou tout simplement l’indifférence qui caractérise le mieux notre état à l’approche de chaque nouveau film. Après avoir touché le fond avec Yakuza Apocalypse, on nourrissait cependant l’espoir d’une remontée avec Terra Formars. C’est au final avec déception et même colère que nous sommes sortis de la projection. Colère de se dire que, malgré un concept totalement barré et plein de potentiel, ainsi qu’une certaine débauche de moyens perceptibles dans la direction artistique, on a la nette impression que MIIKE n’a pas fait son boulot et s’est surtout servi de son scénario pour faire des origamis, sans aucun respect pour les auteurs de l’oeuvre originale.

Des décors pas trop mal soignés

Des décors pas trop mal soignés

MIIKE n’écrit pas ses scénarios, contrairement à un Sion SONO qui apparaît pour beaucoup (à tort) comme son successeur. C’est là une différence de taille : si SONO est loin d’être infaillible (le navrant The Virgin Psychics), il s’investit beaucoup plus dans le récit et se réapproprie même ses films de studio (voire le génial Tokyo Tribe, ou TAG), là où MIIKE semble se contenter de mettre bêtement en image le script qu’on lui donne sans se poser de question. Cette problématique se retrouve parfaitement cristallisée dans Terra Formars.

Face au cafard

Face au cafard

Le film est bancal, ne s’intéresse pas à ses propres personnages, délivre ses informations n’importe comment et surtout, le fait sans aucun sens cinématographique. L’indignation ressentie telle une brûlure en sortant de la séance nous a fait nous poser la question de la responsabilité d’un réalisateur à l’égard de l’œuvre qu’il adapte. Aussi nous sommes-nous plongés dans le manga d’origine afin de voir dans quelle mesure le film constitue une trahison ou au contraire une adaptation trop fidèle qui ne sait transcender son modèle de papier pour en faire un véritable film de cinéma. A notre grande surprise, c’est plutôt vers la seconde solution que l’on s’oriente ici.

Shokichi se déchaine

Shokichi se déchaîne

 

Un bon manga ne fait pas forcément un bon film 

Le film Terra Formars est une adaptation du premier tome du seinen éponyme, écrit par Yu SASUGA et dessiné par Kenichi TACHIBANA. Un volume extrêmement dense où, exactement comme dans le film, les personnages tombent comme des mouches et les coup de théâtre et révélations improbables se succèdent sans répit, où le comique troupier côtoie une extrême violence assénée avec un sérieux pontifical. Problème : ce que l’on peut accepter dans un manga où le lecteur a le loisir de choisir son rythme de lecture et d’encaisser les changements de ton, un simple long métrage au temps limité ne le permet pas. C’est d’autant plus vrai que la structure épisodique du manga autorise toujours à préciser et creuser certaines pistes. Le langage cinématographique implique un art du récit différent, même si le médium manga, par la manipulation du rythme et les cadrages qu’il autorise, est ce qui se rapproche potentiellement le plus d’un story-board.

Mi-humain, mi-insecte

Mi-humain, mi-insecte

 

Et les spectateurs de tomber aussi comme des mouches : une belle promesse non tenue.

Certains aspects de l’adaptation de Terra Formars (l’univers à la croisée de Blade Runner et du Cinquième Élément dépeignant une société multiculturelle marquée par une grande pauvreté) ne sont pas sans évoquer certaines des grandes heures de MIIKE (la trilogie Dead Or Alive ou City of Lost Souls). Cependant, il n’en est pas fait grand chose, cette dimension étant évacuée dès que l’on quitte la Terre. C’est d’autant plus dommage qu’on sent bien que des moyens ont été mis dans la direction artistique, malgré certains effets spéciaux moins réussis. De même, l’aspect volontairement sentai (les maquillages des personnages et leur transformation) suppose une dose certaine de kitch qu’on ne reprochera donc pas au film. Cependant, s’il constitue une proposition intéressante, il se heurte au véritable problème du métrage déjà évoqué plus haut : une exposition – et plus généralement narration – bordélique, un problème de rythme et surtout, une abondance de personnages absolument pas développés desquels on se désintéresse très vite.

 

Il apparaît donc clairement qu’il aurait ici fallu radicalement s’éloigner du rythme du manga pour faire un vrai long-métrage de cinéma. Au final, on tient là une version sentai de Prometheus en plus kitch et nébuleux, la clarté n’étant pourtant déjà pas une qualité de ce dernier. A réserver donc aux fans de l’œuvre originale, d’ailleurs déjà adaptée en anime, un format probablement approprié au rythme de ce récit.

Remerciements à toute l’équipe de L’Étrange Festival et du Forum des Images, avec mention spéciale à Xavier FAYET.

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2 réponses

  1. 27 mars 2017

    […] la sortie d’un film. Peut-être à cause de la sortie d’un film pourrions nous dire, vu le résultat que nous évoquions dans nos colonnes. Et si l’on cherche aussi récent que My Hero Academia dans le classement global, il faut […]

  2. 12 mars 2018

    […] avons souvent chroniqué dans ces pages (ici, là, etc.) des transpositions de manga sur d’autres formats, anime ou cinéma live, nous interrogeant […]

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