Golden Kamuy : la Chasse aux Évadés ; sur les traces d’Hokkaidô
Golden Kamuy : difficile de passer à côté de ce nom un tantinet atypique, particulièrement présent dans la sphère pop-culture depuis quelques années, et à raison. Le manga, publié en 2014, a été adapté en anime en 2017. Suite à cela, l’oeuvre à succès se déroulant dans la région d’Hokkaidô s’est octroyée une place sur grand écran en 2024. Aujourd’hui, Journal du Japon revient sur la suite de ce film, au format drama cette fois, avec neuf épisodes de 50 minutes environ, lui-même complété par un film sorti cette année au Japon.
Golden Kamuy : une ruée vers l’or pour le moins originale !

Saichi Sugimoto, surnommé » Sugimoto l’Immortel » après avoir survécu à la sanglante guerre russo-japonaise du début du 20e siècle, se retrouve esseulé et apauvri une fois la paix revenue au pays. Découvrant qu’un trésor de la communauté Aïnoue se cache au coeur du territoire d’Hokkaidô, au nord du Japon, il décide de se lancer dans cette ruée vers l’or.
Ledit trésor, 75 kilos d’or, n’a pas été dissimulé par n’importe qui : un individu baptisé Noppera-bô ( » Sans Visage « ), enfermé dans la prison la mieux gardée de la région, ne souhaite pas que le premier badaud tombe dessus. Pour ce faire, il a réalisé des tatouages sur le dos sur pas moins de vingt-quatre prisonniers avant de les faire s’évader.
Sugimoto, aussi chanceux soit-il, sous-estime fortement la dangerosité de la nature d’Hokkaidô. Il lui faudra s’associer à une autochtone du nom d’Asirpa pour espérer déjouer les pièges qui sèmeront son parcours. Ayant elle-même perdu son père à cause de cet or, sa motivation pour lever le voile sur le mystère qui plane au-dessus du trésor est particulièrement forte. Cependant, le duo n’est pas le seul à convoiter ce dernier : le Lieutenant Tsurumi ainsi que Hijitaka, ancien samouraï, sont également à sa poursuite, l’un pour séparer Hokkaidô du rester du Japon, l’autre pour en faire un état indépendant.
Le drama faisant suite au premier film qui reprend les débuts du manga et de l’anime, on débute l’intrigue alors que Sugimoto et Asirpa ont déjà accumulé quelques tatouages d’évadés. Tsurumi en détient également un. Il est d’ailleurs tout à fait possible de visionner le drama sans avoir vu le film. En effet, un résumé efficace embarque aussitôt le spectateur dans l’histoire, diluant les extraits du film essentiels à la compréhension de l’intrigue.

Golden Kamuy, à mi-chemin entre le seinen sanglant et la comédie déjantée
Plusieurs réalisateurs ont travaillé sur la série : Shigeaki Kubo, Kenji Katagiri, Ken Ochiai et Yôsuke Satô, ayant tous travaillé sur des projets d’envergure avant de se pencher sur la production de Golden Kamuy. Leurs domaines de prédilection sont variés : clips musicaux, théâtre, dramas, publicités … Forts de ces expériences et regards entrecroisés, ils apportent une dynamique efficace à chaque épisode, évitant les temps morts et intégrant naturellement les éléments culturels à l’intrigue, sans donner l’impression de visionner un documentaire.
Le staff s’entoure d’un casting talentueux. On ne présente plus l’acteur qui tient le rôle principal, Kento Yamazaki, qui est aussi tête d’affiche d’Alice in Borderland. Asirpa est interprétée par Anna Yamada, apparaissant dans MIU404 (disponible sur Netflix) ou Good Doctor. D’autres visages connus interprètent les rôles secondaires avec brio. Les spectateurs saluent le choix du casting qui semble bien coller à l’image qu’ils se faisaient des personnages du manga.
Justement, comme Golden Kamuy est une adaptation de manga, on y retrouve sans surprise les codes du genre. À mi-chemin entre le mystère à suspense (même si la plupart des dénouements sont assez prévisibles), et la comédie burlesque, la série est pleine de surprises. Si on attend de prime abord à visionner un seinen on ne peut plus sérieux, les scènes complètement loufoques, improbables, et parfois à des années-lumière de la réalité, s’enchaînent. Cette dynamique propre à certains mangas contraste plutôt bien avec la justesse des reconstitutions de la culture aïnoue, qui ancre l’intrigue dans une trame réaliste et historique.

La culture aïnoue au coeur de la série
À l’instar du manga, pour lequel son auteur s’est considérablement documenté sur la culture Aïnou afin de nourrir son intrigue et la rendre la plus authentique possible, le drama met cette communauté au coeur de sa réalisation.
Chaque épisode est parsemé de références à la culture Aïnoue, typique de la région d’Hokkaidô. Le spectateur pourra notamment apprendre quelques mots de la langue régionale utilisée par Asirpa et d’autres autochtones rencontrés lors de leur périple. Le mot qui revient le plus au fil des épisodes n’est autre que hin’na(ひんな), le pendant aïnou du terme oishii (おいしい)qui veut dire « délicieux ». En effet, comme le duo principal et les personnages qui se joindront à leur quête se déplacent constamment au coeur des terres enneigées d’Hokkaidô, ils sont régulièrement amenés à chasser et à cuisiner avec des ingrédients trouvés en pleine nature. Ainsi, le drama fait la part belle à la nourriture et aux différents plats traditionnels Aïnous que Sugimoto l’Immortel découvre petit à petit. Les personnages se retrouvent parfois à manger des ingrédients pour le moins atypiques, et pas toujours ragoûtants. Cependant, c’est une excellente entrée en matière pour appréhender la culture Aïnou, qui compterait autour de 25 000 à 200 000 membres aujourd’hui.
Au-delà de la nourriture, les costumes de la série sont également soignés, respectant au maximum les tenues traditionnelles des Aïnous. L’on retrouve les motifs caractéristiques des vêtements, les couleurs dans les tons de bleu, les coiffes, les boucles d’oreilles en forme de créoles des femmes, la coloration des lèvres de ces dernières … Le sens du détail est plutôt impressionnant. Les visiteurs du Japon qui se sont déjà rendus dans des musées dédiés à la culture aïnoue à Hokkaidô auront sans doute reconnu de nombreuses références, que ce soient pour les tissus, les armes ou encore la reconstitution de villages.





De manière générale, chaque épisode se voit enrichi d’explications sur les traditions locales, la langue, les modes de vie et autres détails passionnants de cette culture typique du nord du Japon. Le spectateur découvre également la spiritualité, axée autour de croyances diverses. Ces pans culturels sont amenés de façon naturelle au coeur-même de l’intrigue à travers les yeux de Sugimoto qui, au début de son périple, ignore tout de ce peuple. Il s’habitue d’ailleurs tellement aux codes qu’il lui arrive de les enseigner lui-même à d’autres protagonistes apparaissant au fil des épisodes. Toutes ces références sont sublimées par des prises de vues saisissantes, qui plongent le spectateur dans un Hokkaidô rural et sauvage, et lui proposent des paysages fascinants issus d’une autre époque.

Golden Kamuy est une oeuvre qui a tout pour plaire : une intrigue simple mais efficace, des personnages bien travaillés et avec chacun un rôle à jouer, de l’humour, beaucoup d’humour ! Et en toile de fond, une initiation à une culture ancestrale encore bien implantée au Japon. Si la série a su attiser votre curiosité, ne restez pas sur votre faim et visionnez le film qui met en place l’intrigue. Quant à la suite, il faudra attendre qu’elle se fraye un chemin dans le catalogue de Netflix. Mais comme il était encore récemment à l’affiche dans les cinémas japonais, il faudra s’armer de patience car ce ne sera pas pour tout de suite !
Site officiel (en japonais) – Compte X de la série et du film
