Château d’Osaka : un trésor architectural du Japon
Le château d’Osaka (大阪城 Ôsaka-jô) est l’un des monuments historiques les plus importants du Japon. A l’est du Kansai, l’édifice fortifié est aujourd’hui une attraction touristique qui accueille des millions de visiteurs chaque année. Siège du pouvoir de Hideyoshi Toyotomi, le donjon spectaculaire a traversé les âges, les catastrophes naturelles mais aussi les batailles sanglantes. Retour sur plusieurs siècles d’histoire du château d’Osaka avec ensuite une analyse de sa remarquable architecture.

Une histoire qui commence à l’époque Sengoku
De Nobunaga Oda à Hideyoshi Toyotomi, du château d’Azuchi à Osaka
Remontons dans le temps pour nous rendre à la période Azuchi-Momoyama (1573 – 1603) où trois figures emblématiques ont joué un grand rôle dans l’unification du Japon : Nobunaga Oda (1534 – 1582), Hideyoshi Toyotomi (1537 – 1598) et Ieyasu Tokugawa (1543 – 1616). C’est lors de « l’époque des provinces en guerre » (戦国時代 Sengoku jidai) que le château est construit par Hideyoshi Toyotomi en 1583 en s’inspirant et surpassant le château d’Azuchi, siège de Nobunaga Oda au bord du lac Biwa, construit entre 1576 et 1579 et premier château japonais avec une base en pierre. Hideyoshi Toyotomi choisit comme emplacement l’ancien site du temple Hongan-ji d’Ishiyama. Ce dernier avait été assiégé entre 1576 et 1580 par les troupes de Nobunaga Oda puis incendié et détruit. Réalisant son désir d’avoir le plus grand château de l’époque, le général du « Roi Démon » entend bien continuer l’œuvre unificatrice de son ancien suzerain. Le château est donc le symbole de la puissance et de la richesse de ce général aux origines modestes qui n’a jamais pu obtenir le titre de shôgun à cause de ses racines paysannes, son père étant un simple ashigaru c’est-à-dire paysan-soldat. La forteresse devient malgré tout le centre du pouvoir des Toyotomi, nouveau nom de clan obtenu par l’empereur Go-Yôzei en 1586 après l’adoption de Hideyoshi par Konoe Sakihisa du puissant clan Fujiwara, nommé ensuite régent (kanpaku) en 1585.
Hideyoshi Toyotomi meurt en 1598 à l’âge de 61 ans et son fils Hideyori âgé de 5 ans seulement lui succède. Avant de partir, le père avait organisé sa succession et mis en place un système de « régence », le Conseil des cinq Anciens (五大老 go tairô) regroupant les 5 plus puissants généraux choisis pour diriger le Japon jusqu’à ce que son héritier ait l’âge de le faire. Hideyoshi espère ainsi qu’un équilibre des forces opérera éliminant le risque qu’un des conseillers prennent le dessus sur les autres seigneurs. Les stigmates du séisme du 5 septembre 1596 sont complètement effacés en 1599. Le pire ennemi du château n’est pas les forces telluriques mais Ieyasu Tokugawa, pourtant l’un des conseillers, qui compte bien gouverner le Japon en son nom. Deux camps se créent avec l’Armée de l’Ouest fidèle aux Toyotomi et l’Armée de l’Est dirigée par Tokugawa et ses alliés. La victoire à la bataille de Sekigahara les 20 et 21 octobre 1600 met fin au Conseil des cinq Anciens et ouvre la voie à Ieyasu Tokugawa pour fonder son shogunat en 1603.
N’hésitez pas à (re)lire la première partie sur l’unification du Japon « de la guerre d’Ônin à la période Sengoku ».
De la bataille de Sekigahara à la Pax Tokugawa
Hideyori Toyotomi, dont la mère est la nièce de Nobunaga Oda, épouse en 1603 une petite-fille de Ieyasu Tokugawa, Senhime, alors âgée de 7 ans. Ce mariage politique vise à s’assurer d’une certaine loyauté du clan Toyotomi. En 1614, le clan Toyotomi reconstruit le château d’Osaka et le temple bouddhiste Hôkoku jinja proche. Les inscriptions sur la grande cloche en bronze commandée sont interprétées comme une insulte par le Shôgun. La tension entre les clans Tokugawa et Toyotomi monte jusqu’à mener au siège du château d’Osaka dès le 4 décembre 1614. Le 22 janvier 1615, le siège est levé et la paix est obtenue au prix du comblement des douves du château. La promesse n’est pas tenue et le clan Toyotomi recrute des troupes. Les combats reprennent près d’Osaka puis au château d’Osaka rapidement en feu et pilonné par les tirs d’artillerie. Le clan Toyotomi est annihilé avec la mort du fils de Hideyori âgé de 8 ans.
Par ailleurs, le shogunat Tokugawa ayant pour objectif de maintenir la paix limite dorénavant le nombre de châteaux à un par domaine et par daimyô avec le décret ikkoku ichijô et les édits Buke shohatto dès 1615. Des châteaux sont détruits et seulement 170 sont conservés. Cela aboutit à une concentration des samouraïs dans les capitales régionales des daimyô. C’est pour cela que le temps des châteaux japonais en pierre s’étend uniquement sur à peine un demi-siècle contrairement à l’Europe médiévale.
N’hésitez pas (re)lire la seconde partie sur l’unification du Japon « de la bataille de Sekigahara à la Pax Tokugawa ».
Une remarquable architecture… et du béton armé !
En plus de quatre siècles d’existence, le château d’Osaka a connu trois étapes de construction : la construction initiale (1583-1598); la reconstruction en 1620 par Hidetada Tokugawa, l’héritier du Shôgun et nouveau maître des lieux pour reconstruire le château détruit lors du siège d’Osaka en 1615 ; et enfin, une phase de rénovation et de modernisation (1868-1997).


Entouré d’un parc de 106 hectares (1,06 km²) au cœur de la ville d’Osaka, le château est entouré de cerisiers et de pruniers qui offrent un lieu paisible lors du hanami (花見) au printemps. L’imposant édifice repose sur d’immenses murs de pierre de plus de 20 mètres de hauteur. Des douves profondes et des remparts font partie du dispositif défensif. De l’extérieur, les visiteurs peuvent penser que le tenshu, symbole du château, est sur 5 étages. Une fois à l’intérieur, ils peuvent découvrir les 8 niveaux du donjon. Son toit élégant, sa façade blanche recouverte de plâtre et ses ornements dorés et vert émeraude sur la toiture donnent une esthétique raffinée au château. De nombreuses statuettes de créatures mythologiques marines appelées shachihoko, dragon ou carpe par exemple, auraient le pouvoir de protéger les lieux des incendies d’après la croyance.

Tout comme d’autres châteaux, le donjon est protégé par des meurtrières et des tourelles autour, d’une porte ote-mon faisant office d’entrée principale et de plusieurs anneaux de défenses appelés maru. L’ingéniosité du système défensif s’observe dans le choix de chemins inclinés et les nombreux virages, coupant les lignes droites pour compliquer l’avancement des troupes ennemies et faciliter la défense du château. Après l’incendie du donjon en 1912, la mairie d’Osaka a lancé sa reconstruction en béton armé alors qu’il était à l’origine en granit et en bois. Celui-ci est à nouveau endommagé par les raids aériens américains lors du bombardement de la ville durant la Seconde Guerre mondiale en 1945. La nouvelle restauration complète de son donjon date de 1995-1997.
Le château d’Osaka abrite aujourd’hui un musée dédié à son histoire qui expose une collection d’objets militaires, des œuvres d’art, des armures de samouraïs, des paravents représentant de multiples batailles… Au milieu des buildings, le parc du château d’Osaka est le poumon de la ville et attire des millions de visiteurs chaque année. A 50 mètres de hauteur, le sommet de la tour offre une vue spectaculaire sur la ville.

Le Japon regorge de trésors à travers son archipel et le château d’Osaka en fait partie. La forteresse a connu des épisodes dramatiques au cours des siècles et son architecture est l’une des plus spectaculaires par son ancienne structure et par sa modernisation, créant une alliance entre le passé et le présent. Avec de nombreux monuments comme le château d’Himeji qui se trouve dans la préfecture de Hyôgo, le Japon conserve de nombreux trésors. Ces édifices historiques marquent une histoire et gardent une architecture spectaculaire.
