Cinéma Japonais : le bilan des sorties 2020 en France

Janvier, c’est la période idéale pour faire le bilan de l’année. Comme pour 2019, retour sur l’année 2020 particulièrement dure pour le monde de la culture. Entre le confinement du printemps, le couvre-feu en octobre dans les grandes agglomérations puis le reconfinement, il aura été difficile de se rendre dans les salles obscures fermées presque la moitié de l’année…

Quels films ont finalement pu sortir ? On fera principalement un focus sur Eurozoom et Art House, les deux principaux distributeurs de films japonais en France qui ont bien voulu répondre à nos questions sur la crise du coronavirus et comment ils comptent rebondir en 2021. Bonne nouvelle : les Saisons Hanabi devraient faire leur grand retour !

Les mesures sanitaires ont favorisé l’essor des plateformes VOD et des sorties directement sur ces dernières : on pense à Mulan sur Disney+, événement vécu comme un gros coup de poignard pour les exploitants de salles de cinéma qui avaient de grandes attentes pour le redémarrage de leur activité ! On regardera donc ce qu’il s’est passé sur Netflix notamment avec la bonne nouvelle pour les fans du studio Ghibli qui ont apprécié les 21 films ajoutés au catalogue français. Bref, 2020 : une année mi-figue mi-raisin !

Une Cinema japonais en France

Les sorties en 2020 selon le nombre d’entrées au cinéma en France

Si en 2019 Hollywood et Disney dominaient le box office français, le coronavirus a changé la donne en 2020. Preuve en est avec le top 3 composé de : Tenet (Warnes Bros.) réalisé par Christopher Nolan (Inception, Interstellar, Dunkerque) avec 2 350 000 entrées ; 1917 (Universal), film de guerre anglais réalisé par Sam Mendes qui a réuni 2,2 millions de spectateurs ; Sonic, le hérisson (Paramount) qui dépasse les 2 millions d’entrées. La machine Disney est enrayée et n’apparaît qu’à la 7e place (!) avec L’Appel de la forêt (1 258 014 entrées). Pas de film Marvel et de super-héros cette année ! Son challenger DC Comics, avec Birds of Prey et la fabuleuse histoire de Harley Quinn occupe la 10e place seulement avec un peu plus d’1 million d’entrées… quand en 2016, le film Suicide Squad en réalisait le double !

Top 3 Box Office 2020 en France

Top 1 : Tenet ©Warner Bros. ; Top 2 : 1917 ©Universal ; Top 3 : Sonic, le hérisson ©Paramount

Les États-Unis ont été frappés très durement par l’épidémie. La fermeture des salles de cinéma américaines a donc impacté très fortement Hollywood qui a repoussé les sorties de films ou décidé carrément de se priver des salles obscures en optant pour la VOD directement. En 2019, seul un film français occupait le top 10 (Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?) et cette année, la place libérée a clairement profité au cinéma français et à ses comédies avec pas loin de 4 films dans les 10 meilleurs au box office : Ducobu 3 (5e avec presque 1,5 million d’entrées) ; 10 jours sans maman (8e avec un peu moins de 1 200 000 entrées) ; 30 jours max (9e avec 1 144 871 entrées) et enfin à la 10e place Les Blagues de Toto qui dépasse le million de spectateurs. Saluons la belle performance du drame français De Gaulle qui atteint la 15e place avec 860 000 spectateurs pour le 50e anniversaire de sa disparition.





Revenons maintenant aux sorties de films japonais. Tout au long de l’année, la rédaction les a en partie chroniqués (voir nos liens, dans la partie analyse) et ce bilan est l’occasion de faire un panorama assez large du cinéma japonais (d’animation et live réunis). Voici donc le classement des films selon leur nombre de spectateurs que nous analyserons ensuite.

Classement Film Pays d’origine Entrées Date de sortie Distributeur
1 Les Enfants du temps 🇯🇵 228 006 08/01/2020 Bac Films
2 Dans un jardin qu’on dirait éternel 🇯🇵 119 016 26/08/2020 Art House
3 L’Infirmière 🇯🇵 75 769 05/08/2020 Art House
4 Akira (4K) 🇯🇵 70 911 19/08/2020 Eurozoom
5  Lupin III The First
🇯🇵 50 149 07/10/2020 Eurozoom
NC Violet Evergarden : Eternité et la poupée de souvenirs 🇯🇵 4 070 15/01/2020 Eurozoom
NC First Love, le dernier Yakuza 🇯🇵 ? 01/01/2020 Haut et Court
NC  Digimon Adventure : Last Evolution Kizuna
🇯🇵 ? 24/09/2020 CGR Events

Source : JP’s Box-Office / Les non classés (NC) correspondent à des sorties de type événementiel et non de sortie nationale.

 

Coronavirus : clap de fin pour le cinéma ?

Fréquentation des salles en 2019 et en 2020Source : Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC)

Impossible de dresser le bilan de 2020 sans s’attarder sur l’énorme impact de l’épidémie mondiale de coronavirus… A cause des deux confinements et de la fermeture des salles, 2020 est une année noire qui laissera forcément des traces dans le monde de la culture et du cinéma : tout juste 65 millions d’entrées contre 213 millions en 2019 soit une chute de fréquentation des cinémas de 70% ! En 2020, seuls 12 films ont atteint le million d’entrées contre 51 en 2019 ! Le record de l’année (Tenet pourtant très attendu) n’a fait qu’un « petit » score de 2 348 893 entrées contre plus de 10 millions pour le top 1 de l’année précédente, le remake en prise de vue réelle Le Roi Lion ! Une chose est sûre : la crise a montré combien le cinéma en France est fragile et trop dépendant des seuls block busters américains !

Poids du cinéma français et étranger en 2020 et en 2019 :

Pays d’origine 2020 2019 Évolution
France 44,9% 34,8% +10,1%
États-Unis 40,8% 55,7% -14,9%
Autres films étrangers 14,3% 9,6% +4,7%

Source : Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC)

Millions d’entrées du cinéma français et des films étrangers en 2020 et en 2019 :

Pays d’origine 2020 2019 Évolution
France 29,23 74,15 -60,58%
États-Unis 26,56 118,68 -77,62%
Autres films étrangers 9,31 20,47 -54,52%
TOTAL 65,10 213,07 -69,45%

Source : Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC)

Suite aux reports des sorties de films américains (on pense notamment au prochain James Bond qui se laisse désirer : Mourir peut attendre), les salles -quand elles n’étaient pas fermées- ont donc compensé avec les films français (pour la plupart des comédies) et des films étrangers. Confinés la moitié de l’année ou avec un couvre-feu, les autres films semblent avoir moins subi la crise : seulement la moitié des entrées en 2020 par rapport à 2019 (9,31 contre 20,47 millions d’entrées). La dégringolade des entrées des films américains (26,56 contre 118,68 millions d’entrées) n’est pas étonnante avec tous les reports qu’il y a eu. La réussite du cinéma français est en trompe-l’œil : en effet, avec la place laissée par Hollywood, les films français n’attirent que 30 millions de spectateurs (contre 74,15 millions en 2019) et on aurait pu penser à un meilleur score ! Ducobu 3 n’est en effet pas un Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? et ses 6,7 millions d’entrées l’année précédente… Le 3e opus a fait autant que le premier film L’Élève Ducobu sorti en 2011 qui avait réalisé aussi 1,5 million d’entrées.

Les 3 meilleurs films français selon le nombre d'entrées en France en 2020

Les 3 meilleurs films français selon le nombre d’entrées en France en 2020 : Ducobu 3 ©UGC Distribution ; 10 jours sans maman ©Studio Canal ; 30 jours max ©Studio Canal

Avec de meilleurs films, sans doute que la casse aurait été allégée. Pour autant, les films les plus attendus comme Kaamelott ont préféré jouer la carte de la sécurité financière et décaler la sortie en 2021. Dans cette période attentiste, les « grands » laissent les « petits » prendre les risques pour justifier ensuite l’effondrement des entrées et la nécessité de reporter la sortie ou une diffusion directe en VOD… Les gérants de salles devront se contenter des aides de l’État pour survivre… en attendant 2021 voire 2022 et l’engorgement de ces « grands » films dans nos salles de cinéma !

 

Le retour gagnant de Makoto SHINKAI avec Les Enfants du temps

Après l’énorme succès de Your Name en 2016, Makoto SHINKAI revient avec Les Enfants du temps et continue de tutoyer les sommets du box office mondial. Pour rappel, Your Name, c’est le 6e meilleur film au box office japonais mais aussi et surtout, le 2e film japonais (détrôné en 2020 par Demon Slayer: Kimetsu no Yaiba – Le film : Le train de l’Infini) en terme de recettes internationales et mondiales (recettes du marché domestique + celles à l’internationale) selon JP’s Box-Office. La pression était grande et Makoto Shinkai, « le nouveau Miyazaki » comme certains le qualifient, continue sa route en proposant, 3 ans après le phénoménal Your Name, une nouvelle histoire d’amour entre adolescents, son thème fétiche. Sans connaître le même succès, Tenki no ko (son nom original) se classe tout de même 7e, entre Princesse Mononoke et Stand by Me Doraemon en termes de recettes mondiales. En France, en 2016, Your Name faisait 250 859 entrées. Et en 2020, Les Enfants du temps connaît sensiblement le même succès avec 228 006 entrées. Pas trop mal quand on sait que la fréquentation des salles en janvier 2020 était en net recul (-19,9%) par rapport au même mois en 2019.





Hodaka Morishima, élève dans un lycée d’une région côtière isolée, qui fugue pour rejoindre Tokyo où il espère une vie plus excitante et trépidante. Il se retrouve très rapidement sans ressource et dans l’incapacité de faire face au coût de la vie élevé dans la métropole. Plus par nécessité que par passion, il finit par trouver un emploi de rédacteur dans un obscur journal, le Paranormal Occult Journal. Hodaka est alors envoyé pour enquêter sur les conditions météorologiques irrégulières à Tokyo. Un jour de pluie, dans un quartier congestionné et animé de la métropole, il rencontre une jeune fille lumineuse et volontaire, Hina Amano, qui peut manipuler le temps grâce à ses « prières ». À ses côtés, Hodaka va alors explorer la vérité cachée du monde. Se construit entre les deux héros une relation de confiance à la fois exclusive et fusionnelle. Et quand le duo est séparé, le jeune homme décide de risquer sa vie pour retrouver Hina.

L’une des grandes réussites du film est la bonne gestion des sentiments : un véritable ascenseur émotionnel qui alterne entre moments tristes et joyeux ! S’il est question du temps (la météo) et du dérèglement climatique, la morale est amenée plutôt habilement sans tomber dans le greenwashing comme on pouvait le reprocher à Wonderland, le royaume sans pluie. Si la fin a pu en décontenancer certains, le dénouement est en fait positif, loin du négativisme auquel on est habitués à propos du climat. En fin de compte, depuis toujours, l’humanité s’est adaptée à la nature, les catastrophes naturelles et la montée des eaux… Le studio CoMix Wave signe avec Les Enfants du temps une nouvelle pépite de l’animation en (dé)montrant une grande maîtrise des éléments comme l’eau et la lumière. Tout simplement sublime !

 

Hanabi et Art House : un duo gagnant pour le cinéma japonais en 2020

Dans un jardin qu’on dirait éternel, entre cérémonie du thé et hommage à Kirin KIKI

Dans un jardin qu’on dirait éternel initie le spectateur à l’art de la cérémonie du thé avec finesse et poésie. Adaptation de La cérémonie du thé de Noriko MORISHITA, le film se présente comme une véritable leçon de vie où l’auteure essaye de transmettre les enseignements qu’elle avait retirés de la pratique de cet art. Adapter un livre dont la principale force réside dans l’appropriation que le lecteur se fait de sa lecture relevait du véritable défi et même s’il s’agissait du premier film du réalisateur diffusé en France, Tatshushi OMORI n’en était pas à son coup d’essai. Il s’agit d’une réussite qui rend d’autant plus hommage à Kirin Kiki, l’actrice qui interprète encore une fois magnifiquement la sensei bienveillante mais stricte qui, malgré sa fatigue visible, observe d’un œil attentif ses apprenties, mais aussi la femme, touchée par un cancer du sein, qui semble rejoindre la pensée du personnage qu’elle incarne : paisible, sereine, ayant profité de chaque jour de sa vie comme s’il s’agissait du dernier.





Synopsis : Dans une maison traditionnelle à Yokohama, Noriko et sa cousine Michiko s’initient à la cérémonie du thé. D’abord concentrée sur sa carrière dans l’édition, Noriko se laisse finalement séduire par les gestes ancestraux de Madame Takeda, son exigeante professeure. Au fil du temps, elle découvre la saveur de l’instant présent, prend conscience du rythme des saisons et change peu à peu son regard sur l’existence. Michiko, elle, décide de suivre un tout autre chemin.

Comme le livre, le réalisateur a conservé pour le film le point de vue interne du lecteur mais sans son caractère omniscient ! Là où l’autrice écrivait à la première personne pour faire rentrer directement dans la tête du personnage principal, l’adaptation cinématographique rend actif le spectateur en lui laissant une part d’interprétation. Le réalisateur alterne entre des plans larges, sur la pièce, le pavillon de thé, afin de montrer dans quel univers exigu évoluent les personnages. Puis, grâce à des plans très rapprochés sur Noriko, le spectateur pénètre sa psyché, permettant de créer une certaine intimité avec le personnage rendu ainsi plus accessible. L’attention du spectateur est alors focalisée sur les regards, les expressions du visage afin de tenter de saisir les pensées et la psychologie des personnages. A l’image de la cérémonie du thé, le film est très lent et contemplatif mais avec de la patience, le spectateur apprend un précieux enseignement : la persévérance. Vivre la cérémonie du thé, c’est entrer dans un état méditatif et se reconnecter avec ses cinq sens. Profiter de l’instant présent : une philosophie de vie toujours utile à rappeler dans nos sociétés modernes !

L’Infirmière, une cellule familiale malade ?

Après 3 ans d’absence et ces 2 films, Harmonium et Sayônara, Koji Fukada était de retour et en grâce comme on le disait dans notre critique « L’Infirmière de Koji Fukada : réflexions malades ». Réalisateur des faux semblants et des fausses pistes, à travers les histoires à priori simples qu’il raconte, Fukada réussit à en révéler des zones grises, obscures et inquiétantes. L’Infirmière est un film tout aussi dérangeant et surprenant, transformant en un véritable cauchemar une histoire chargée de bienveillance, fondée sur la confiance d’une famille en son infirmière à domicile.





Synopsis : Ichiko est infirmière à domicile. Elle travaille au sein d’une famille qui la considère depuis toujours comme un membre à part entière. Mais lorsque la cadette de la famille disparaît, Ichiko se trouve suspectée de complicité d’enlèvement. En retraçant la chaîne des événements, un trouble grandit : est-elle coupable ? Qui est-elle vraiment ?

2021 devrait par ailleurs être l’année de Koji Fukada avec le film fantastique Le Soupir des vagues et la romance en deux parties Suis-moi, je te fuis, fuis-moi, je te suis.

 

Entretien avec Annabel Mora, responsable de l’association Hanabi

Journal du Japon : En 2019, c’était les débuts des Saisons d’Hanabi avec deux sélections : Printemps et Eté. Avec le succès de la campagne de financement participatif « Le plein de cinéma japonais », en 2020, il était prévu que les saisons Automne et Hiver voient le jour. 2020 : Patatra, les salles de cinéma sont fermées la moitié de l’année… Comment avez-vous vécu cela ?

Annabel Mora : Comme une catastrophe naturelle ! Les Japonais sont habitués à ces circonstances exceptionnelles, parfois dramatiques, nous avons essayé de prendre cela comme eux avec humilité. Et optimisme ! Du coup, nous lancerons la prochaine saison du festival du 30/09 au 20/12/2021 dans toute la France, sur tout l’automne. Cela devrait avoir lieu la semaine du 3 novembre 2021 à Paris. Nous espérons que les 200 salles qui nous avaient suivi au lancement seront plus que jamais de la partie après toute cette attente. Le désir n’en est que plus grand. Et la qualité des films aussi !

Avec le confinement, l’association Hanabi ne s’est pas croisée les pouces et a maintenu le contact avec sa communauté. Quels projets avez-vous mené pendant la crise du covid-19 ?

Nous avons sans cesse essayé de partager les initiatives autour de la culture japonaise en France, même si elles ont été un peu moins en « présentiel » que les années d’avant. Et d’évoquer toutes les spécificités culturelles du Japon dont on aurait parfois bien raison de s’inspirer chez nous. En termes d’événements, nous avons organisé deux grosses opérations autour des sorties estivales d’Art House – L’Infirmière et Dans un jardin qu’on dirait éternel, les rares films japonais à l’affiche avec Family Romance que nous avons aussi défendus. La première opération a été de sensibiliser et aider les infirmières victimes d’ostracisme au Japon à cause de l’épidémie. La seconde a été de faire profiter gracieusement de notre vidéo-club à tous ceux qui sont allés découvrir notre coup de cœur de l’année : le dernier film de Kirin Kiki sur la cérémonie du thé. C’est au tour du film maintenant d’être sur notre vidéo-club et partout ailleurs depuis le 1er décembre, pour ceux qui ont eu peur de se rendre au cinéma cette année ! Début 2020, tant que l’on pouvait se réunir, nous avions aussi organisé de beaux événements autour du thé, en particulier avec Tomo. Et puis nous avons lancé un nouveau site internet (www.hanabi.community) dans lequel nous avons ajouté une boutique que nous sommes en train d’agrémenter en films, en livres et en objets culturels. Nous en ferons le vrai lancement en février.

Avez-vous déjà sélectionné les films ? D’ailleurs, comment procédez-vous ? Vous suivez les sorties au Japon et vous faites une liste de choix possibles puis vous négociez avec Art House ?

Nous discutons sans cesse avec Art House de l’événement que nous souhaitons organiser, à savoir une fête populaire pour tous. Nous aimerions intégrer d’autres distributeurs à la discussion mais il est parfois difficile de synchroniser la stratégie de chacun. Nous aurions par exemple voulu présenter Ride your wave, avant qu’il se retrouve malheureusement piraté un peu partout, comme nous avions présenté Night is short, walk on girl. Alors nous construisons d’abord avec Art House puis nous irons voir les autres distributeurs pour compléter la sélection ensuite, en fonction de leur date, de leur manière de sortir les films. Nous avons déjà choisi la moitié des œuvres, dont Professeur Yamamoto (Seishin 0) qui a gagné le Festival des Trois Continents. Il y aura vraiment de belles surprises, et surtout pour tous les goûts (comédie, comédie romantique, thriller, film historique, animation…). Cette sélection d’automne, qui devrait vraiment plaire au public, sera placée sous le signe du honne et du tatemae – c’est-à-dire le contraste entre les sentiments réels et la conduite en société. Nous cherchons un peu partout, aussi bien dans les festivals que dans les sorties commerciales au Japon.





En attendant la réouverture des cinémas, vous proposez à la vente le coffret DVD Hanabi volume 2 pour (re)découvrir des films récemment mis à l’affiche Dans un jardin qu’on dirait éternel et L’Infirmière sortis en août mais aussi deux succès des Saisons Hanabi comme Ne coupez pas et Wonderland avec aussi les films présentés au festival de Cannes Tenzo et Passion. Avec le coffret, il est question d’adhérer à l’association et de « quelques surprises » pour 2021. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous sommes heureux de pouvoir proposer une telle diversité dans un seul et même coffret, indisponible à la vente traditionnelle. Encore une fois il y en a vraiment pour tous les goûts et, en même temps, chacun peut tout aimer !! Car ce ne sont que des bons films dans leur genre. Nous ne savons pas encore quelles surprises vont attendre les adhérents (cela dépendra aussi des films) mais ils ont déjà reçu une place pour Les saisons Hanabi Automne avec le coffret ! Nous leur enverrons aussi nos publications de l’année, à ce stade encore un peu erratiques mais que nous aimerions tous les deux mois.

 

Entretien avec Julie Tardit, directrice de la distribution chez Art House

Journal du Japon : Depuis notre interview de mai 2018 qui annonçait la création d’une nouvelle société de distribution (Art House) qui s’était donné pour objectif la promotion d’un cinéma japonais inspiré et inspirant, beaucoup de choses ont dû changer en 2 ans et demi, non ?

Julie Tardit : Je suis arrivée dans l’équipe ! Plus sérieusement, Art House a totalement conservé le cap de ses débuts en défendant aussi bien des films japonais d’animation que des films live, mais avant tout des films avec une forte vision d’auteurs. Ces œuvres ont depuis l’origine d’Art House une reconnaissance internationale en festivals. Asako I & II était en compétition cannoise à notre lancement et maintenant c’est Suis-moi, je te fuis, fuis-moi, je te suis (de Koji Fukada) qui y a récemment été sélectionné. Nous sommes aussi heureux d’avoir vu récemment Professeur Yamamoto de Kazuhiro Soda recevoir la Montgolfière d’or au Festival des Trois Continents ou encore Les amants sacrifiés primé d’un Lion d’Argent à Venise pour la mise en scène de Kiyoshi Kurosawa. Et, pour tout vous dire, nous faisons depuis trois ans la même moyenne par film, à savoir environ 100 000 spectateurs. Le seul réel changement que nous ayons opéré cette année c’est de faire une infidélité au cinéma japonais en distribuant la sublime trilogie israélienne Chained / Beloved / Stripped de Yaron Shani.

Quel impact a eu le covid-19 sur les sorties prévues en 2020 et celles à venir ? Quel est le quotidien d’un distributeur qui avance au gré des annonces gouvernementales ?

Nous aurions dû sortir un ou deux films en plus, dont Le soupir des vagues de Koji Fukada, dans la lignée du succès de L’Infirmière cet été. Pour un distributeur indépendant, c’est le quotidien de devoir s’adapter à son environnement (en général concurrentiel), cette situation a démultiplié la nécessité d’être réactif. Le premier confinement a été annoncé 10 jours avant la sortie de Dans un jardin qu’on dirait éternel… et nous travaillions jusqu’au bout en regardant davantage les chiffres du covid que les chiffres du cinéma pour adapter nos choix d’investissement à la situation ! Mais, si l’année a été finalement intéressante pour les films challengers (ceux un peu moins attendus), la récente non-ouverture des cinémas le 15 décembre a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour tout le monde. Il était essentiel de relancer l’activité sur Noël, quitte à refermer en janvier : un « stop and go » n’aurait pas été mauvais pour le cinéma.





Avez-vous d’ailleurs compris la décision de fermer les cinémas et les lieux de culture ? Ne pensez-vous pas qu’il y avait moyen de les laisser ouverts en appliquant des protocoles sanitaires ?

Les cinémas et les lieux de culture auraient dû rouvrir avec les autres commerces fin novembre puisque le niveau de risque (lié au fait d’être collectivement en lieu clos et à la circulation des personnes pour s’y rendre) est au moins identique. C’est d’avoir une date de réouverture après, en décembre, qui nous a rendus victimes des évolutions de l’épidémie : le gouvernement n’allait pas refermer les librairies et les petits commerces après toutes les polémiques. Il ne restait donc que les lieux de culture pour montrer que des décisions fortes étaient prises à l’encontre de l’évolution du virus… Elles ont aussi été prises à l’encontre de la culture et de notre économie fragile, qui repose sur le désir des spectateurs et non sur le financement (un film à petit budget peut faire un gros résultat), ce que ne veut pas comprendre le gouvernement qui continue de penser que des aides pourraient colmater cela.

Avec une fréquentation de -70% sur 2020 par rapport à 2019 et des salles fermées la moitié de l’année, on pouvait penser que les entrées seraient moindres pour les films japonais. Dans un jardin qu’on dirait éternel fait 119 016 entrées et L’Infirmière 75 769 entrées selon JP’s Box-Office. Pour comparer, en 2019, Asako I & II faisaient 101 529 entrées ; 81 316 entrées pour Wonderland, le royaume sans pluie et 28 161 entrées pour Passion. L’année n’a pas été si noire que cela, non ? Comment analysez-vous le succès de ces deux films ? Pensez-vous que la communauté Hanabi a eu son rôle à jouer ?

Nous avons le sentiment que la période a profité à L’Infirmière (du fait de son sujet pertinent et de sa date de sortie au 5 août sans grande concurrence à l’époque) mais que Dans un jardin qu’on dirait éternel aurait fait davantage d’entrées dans un contexte normal. Nous avions misé sur un retour du public senior en salles à la rentrée (il est sorti le 26 août) mais cela n’a pas vraiment été le cas et beaucoup de nos spectateurs potentiels ne voulaient tout simplement pas aller au cinéma. Par ailleurs, la malchance a fait que Tenet et Effacez l’historique se sont datés aussi au 26 août très très tardivement. C’était trop compliqué pour nous cette fois de bouger de nouveau, alors c’est surtout sur la distance, en septembre, que nous avons fait nos entrées, grâce à l’intense bouche-à-oreille sur le film. La communauté Hanabi a été d’un grand soutien dans cette période.

Dans un jardin qu'on dirait eternel

Dans un jardin qu’on dirait éternel ©Art House

Comment envisagez-vous 2021 ? Des projets et des ajustements sont-ils prévus ?

Nous pensons qu’il va être encore plus difficile de sortir des films en 2021 qu’en 2020, et surtout des films indépendants. Nous espérons que le Festival de Cannes ne se tiendra pas en mai mais plutôt en juillet car il faut laisser le temps aux « anciens » films de sortir avant que les nouveaux arrivent. Chaque distributeur a beaucoup de films sur les étagères et la concurrence va être rude. Nous sommes assez inquiets mais nous continuons de découvrir des films japonais fabuleux, alors nous avons bon espoir d’être capables de les faire exister ! Voici notre nouveau site internet : https://arthouse-films.fr/

 

Zoom sur Eurozoom : un été explosif avec le retour d’Akira et l’arrivée de Lupin III en 3D !

Akira, le retour estival en 4K

Dans les films japonais cultes de science-fiction, aux côtés de Ghost in the Shell de Mamoru OSHII en 1995, il y a Akira de Katsuhiro ŌTOMO en 1988. Pas d’implants cybernétiques comme dans GITS, le grand classique de l’animation japonaise adapté du manga prépublié dans le Young Magazine de l’éditeur Kōdansha  entre 1982 et 1990 est une œuvre punk avec ses gangs de motards de chair et de sang, les bosozoku qui témoignent des difficultés de la jeunesse japonaise (véritable bombe à retardement) de l’après-guerre dans un Japon en reconstruction après la défaite et le traumatisme des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki mais aussi l’occupation américaine et les révolutions communiste et étudiante en 1968 violemment réprimées.

Akira, des courses folles en moto dans Neo Tokyo

Akira, des courses folles en moto dans Neo Tokyo ©1988 MASHROOM/AKIRA COMMITTEE

Comme un Frankenstein japonais, les pouvoirs d’Akira qui dépassent l’entendement interrogent sur la science et le progrès technologique… « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » nous rappelait François Rabelais dans Pantagruel. Vu comme le messie ou le Sauveur, Akira hors de contrôle n’est en réalité que l’annonciateur du chaos et de la destruction. Sont dénoncées aussi la soif de pouvoir et la cupidité de la classe politique ainsi que la violence de la police et de l’armée. La sortie dans les salles en 4K était parfaite pour (re)faire découvrir cette œuvre mythique qui a marqué les années 1980 et 1990 : nombreux fans encore aujourd’hui rêveraient de pouvoir piloter la moto rouge de Kaneda !





Synopsis : En juillet 1988, une mystérieuse explosion détruit Tokyo, déclenchant la troisième guerre mondiale. 31 ans plus tard, en 2019, Néo Tokyo, la mégalopole construite sur la baie de Tokyo a retrouvé sa prospérité d’antan et se prépare à l’évènement majeur des Jeux olympiques de 2020. Dans l’ombre, les choses sont moins réjouissantes, le chômage augmente et les actions des dissidents se multiplient, les citadins cherchent leur salut dans les cultes religieux et les drogues. Les plus jeunes se réunissent en gangs rebelles et se défient dans d’interminables courses de motos à travers la mégalopole. Au cours d’une de leurs échappées, Kaneda et Tetsuo manquent d’écraser un enfant étrange, au visage de vieillard, appelé n°26. Kaneda et ses amis sont arrêtés par la police alors que n°26 et Tetsuo, blessé, sont emmenés par l’armée. Tetsuo est prisonnier d’un laboratoire et devient l’objet de tests ultra-secrets qui le dotent de pouvoirs surnaturels. C’est là qu’il apprend qui est AKIRA, ce garçon a la force incroyable à l’origine de la destruction de Tokyo, il y a 31 ans.

Lupin III The First, le passage réussi à la 3D pour le gentleman cambrioleur !

Prévue initialement pour le 16 décembre, la sortie aux cinémas de Lupin III The First avait été avancée au 7 octobre. Que l’on connaisse ou non la série Lupin III, ce premier film en 3D pour la saga réunit tous les ingrédients pour réunir la famille autour d’un épisode du petit-fils d’Arsène Lupin qui ne manque pas d’action et d’aventure ! Le gentleman cambrioleur est bien entouré pour résoudre le mystère de l’Eclipse avec ses fidèles acolytes : Jigen, l’as de la gâchette ; Goemon, samouraï des temps modernes qui manie le sabre comme personne ; la pétillante et manipulatrice Fujiko… Sans oublier l’inspecteur Koichi Zenigata qui ne cesse de poursuivre Lupin III et sa bande.

Lupin III accompagné de ses acolytes Jigen, Goemon et Fujiko avec l'inspecteur de police

Lupin III accompagné de ses acolytes Jigen, Goemon et Fujiko avec l’inspecteur de police ©TMS Entertainment

Dès la scène d’introduction et sa course poursuite, le ton est donné : le spectateur n’aura pas le temps de s’ennuyer avec de l’action menée tambour battant ! Avec des gadgets à la James Bond, le temps qui presse à la Mission Impossible, une exploration de grotte avec pièges à la Indiana Jones et Les Aventuriers de l’Arche Perdue, impossible de s’ennuyer ! L’humour n’est pas en reste avec les acrobaties, gags et déguisements de Lupin : les méchants nazis participeront aux éclats de rire (des petits et des grands) dans les salles obscures. Même si le développement du film et la fin heureuse seront peut-être un peu trop faciles à anticiper pour les plus âgés, Lupin III The First se veut simple et abordable pour tous, une bulle bienvenue pour oublier pendant au moins deux heures le coronavirus !





Synopsis : Lupin III repart à l’aventure en France, le pays de son illustre grand-père, Arsène Lupin. Il s’associe à la jeune Laëtitia pour voler le journal de Bresson, un trésor que même Arsène Lupin n’a jamais réussi à dérober, dit-on. Le journal est protégé par un mécanisme impénétrable et donnera du fil à retordre au gentleman cambrioleur qui aime prévenir ses victimes avant sa visite. Notre héros n’est pas le seul à vouloir le précieux livre du professeur Bresson, qui révèle l’emplacement d’une arme dévastatrice. Le film d’une heure et de demie promet donc de l’action décalée et des gags, des courses poursuites, des escapades aériennes, de l’évasion spectaculaire comme Lupin en a le secret…

 

Entretien avec Amel Lacombe, créatrice d’Eurozoom, LE distributeur indépendant de l’animation japonaise

Journal du Japon : Bonjour et merci pour votre temps. Tout d’abord quel impact (en terme éditorial comme commercial) a eu le covid-19 en 2020 et en ce début d’année 2021 ?

Amel Lacombe : L’impact est le même que celui vécu par tout le secteur du cinéma : catastrophique. Entre mars et décembre 2020, on a fermé plus de 6 mois et sur une partie de la période d’ouverture on a été amputé des séances du soir, les plus importantes pour un film en salles. Perdre 6 mois de chiffre d’affaires sur une année, c’est à la fois inédit et invraisemblable et ce n’est pas fini : toujours pas de date de réouverture à l’horizon ! Certains distributeurs s’en sortiront mieux que d’autres : ceux qui ont des catalogues à revendre à Netflix ou France Télévision («La soupe aux choux again»), des activités de production de films français… J’ai écrit à ce sujet une lettre ouverte en mars dernier (téléchargeable avec ce lien). Il y a quelques petites choses qui ont changé depuis, notamment vis-à-vis des aides qui devraient englober tous les films annulés, pas uniquement les films français, mais l’esprit reste le même.

Eurozoom-affiches

Aperçu des nombreux films distribués par Eurozoom : un catalogue impressionnant qui mériterait amplement d’être diffusé sur les chaînes de France Télévision ou Netflix.

Quel est le quotidien d’un distributeur qui avance au gré des annonces gouvernementales ?

Rendons grâce à l’administration, nous ne pouvons survivre que parce que l’État nous permet de mettre nos salariés au chômage technique. Sans cela, nous aurions disparu.

Au jour le jour, on se prépare à des sorties, puis on les annule du fait des refermetures et autres couvre-feu, puis on les prépare à nouveau, puis on les annule à nouveau… C’est une situation ubuesque et difficilement compréhensible du point de vue sanitaire. Pourquoi ouvrir les magasins de vêtements ou les centres commerciaux et pas les cinémas ? Alors même que les cinémas avaient mis en place un protocole sanitaire rigoureux. La perte de chiffre d’affaires sur les mois de fermeture n’est hélas qu’un pan du cataclysme : le fait que l’on investisse sur des sorties annulées à la dernière minute, en perdant tout notre investissement, est une charge supplémentaire. Depuis mars 2020, certaines de nos sorties ont été annulées deux fois… et à chaque fois, à fonds perdus !

L’année 2020 commençait pas trop mal avec la sortie événementielle du film Violet Evergarden : Eternité et la poupée de souvenirs qui attire plus de 4 000 spectateurs. Par contre, dans notre interview de novembre 2019, vous regrettiez “les sorties événementielles d’animation ou les pseudo festivals d’animation parce que cela remet l’animation japonaise dans le ghetto où elle était il y a 15-20 ans quand [vous avez] commencé à travailler dessus.” Était-ce un choix ou la volonté de Kyoto Animation ?

Rires. Ce n’était pas une sortie justement 😉 On l’a expliqué clairement sur les réseaux sociaux au moment de cette décision. Nous sommes contre les sorties événementielles comme dit dans l’interview MAIS pour Kyoto Animation, nous avons considéré que compte tenu de l’historique récent du studio et du rapport très fort des fans français avec le studio après cette tragédie, il était important de «marquer le coup» et de montrer le film sur grand écran en faisant un travail de presse et de promo. Nous aurions évidemment voulu faire une VRAIE sortie mais ce n’était pas contractuellement envisageable, le studio ayant vendu le film à Netflix pour le monde entier. Du fait de la chronologie des médias, seules quelques projections évènements étaient tolérées contractuellement. D’habitude, avec ce genre de contraintes, nous ne prenons pas ces films en distribution. Pour Kyoto Animation, nous avons pensé qu’il était bien de leur rendre hommage et nous avons donc choisi de faire une exception à notre règle.





La sortie au cinéma du film Les mondes parallèles prévu pour le 18 mars a été annulée. Il n’y a eu du coup qu’une sortie en VOD, DVD et BluRay le 6 août. Qu’est-ce qui se passe alors pour un distributeur dans le cas d’une annulation en salles ? Une perte sèche ? Y a-t-il eu des aides du gouvernement ou du CNC ?

Pour les Mondes Parallèles, en effet, cela a été une perte sèche, hélas ! Les frais étaient engagés : la fermeture des salles à une semaine de la sortie, c’était nous mettre au pied du mur et on a tout perdu. A l’époque, il n’y avait pas de dispositif d’aide pour ces films (sic). Depuis, sous la pression des organisations professionnelles, le CNC a mis en place un mécanisme d’aide pour les films qui ont vu leurs sorties annulées par la fermeture d’octobre. Mieux vaut tard que jamais.

Avec une fréquentation de -70% sur 2020 par rapport à 2019 et des salles fermées la moitié de l’année, on pouvait penser que les entrées seraient moindre pour les films japonais. Akira en 4K fait 70 911 entrées et Lupin III The First 50 149 entrées selon JP’s Box-Office. Pour comparer, en 2019, Les Enfants de la mer faisait 67 132 entrées ; 24 180 entrées pour Liz et l’oiseau bleu et 16 084 entrées pour la VOSTFR de Promare. Avec les 2 films, le nombre d’entrées est supérieur aux 3 sorties de 2019… Même si les chiffres pour Lupin III The First, film familial auraient sans doute pu être meilleurs avec les vacances scolaires si les salles avaient été ouvertes. Au vu de ses chiffres, comment analysez-vous l’accueil de chacun de ces 3 films, est-ce que ces chiffres sont en ligne avec vos objectifs ?

Affiche de Akira en 4K

Akira en 4K, la sortie qui sauve l’été et l’année d’Eurozoom !

La carrière de Lupin III The First a hélas suivi un injuste coup d’arrêt 2 semaines après sa sortie avec le couvre feu puis la fermeture pure et simple ! Le film aurait dû faire beaucoup plus et j’espère qu’on arrivera à le reprogrammer un jour… Pour le reste, chaque sortie de film est un prototype, difficile de comparer Akira et Les Enfants de la mer ou Promare et Lupin III The First.

Une chose est sûre : ce qui a payé pour Akira notamment, c’est – pardon d’être vulgaire – d’avoir eu les «cojones» d’investir sur une grosse sortie (près de 300 salles en première semaine) a un moment où tout le monde avait peur de retourner en salles et où on attendait la sortie de Tenet comme le messie qui allait faire revenir au cinéma les spectateurs ! J’ai angoissé jour et nuit jusqu’au jour de la sortie de Akira. Tout le monde m’avait dit : « tu vas au casse pipe » ; « tout le monde a déjà le film à la maison » ; « les gens ne retourneront pas en salles, surtout pas en ce moment ». Mais je connais un peu mon métier et mon public. Et de toute façon, je n’avais pas le choix : sans les aides du fonds de soutien réservées aux films français, la seule façon pour nous de survivre était de nous relancer dans le bain dès la réouverture des salles cet été, surtout après avoir tout perdu sur les Mondes Parallèles. Nécessité fait loi et heureusement, les fans ont répondu présents ! Je les remercie 100.000 de leur fidélité !

Finissons avec un peu d’optimisme : comment envisagez-vous 2021 ? Quelles sont les raisons d’espérer une meilleure année ?

Difficile d’être optimiste alors qu’on ne sait toujours pas quand les salles vont ouvrir…Mais on s’accroche et on garde espoir ! Et on travaille dans l’ombre à la préparation de grandes nouvelles pour la reprise, avec de beaux films d’animation japonaise à venir ! On en reparle très bientôt ! Merci !

 

Your Name et Loin de moi, près de toi : deux succès à visionner sur Netflix

Voici le diagramme qui synthétise les réponses à la dernière question sur les films que vous aviez visionnés sur Netflix de notre sondage. On constate que deux films se détachent et sortent du lot : Your Name visionné par 72,7% des répondants et Loin de moi, près de toi avec 60,1%. Précision : le total n’est pas sur 100% car les répondants ont pu regarder plusieurs films sur la plateforme de streaming. On retrouve donc en première position le précédent film de Makoto Shinkai qui avec Les enfants du temps occupe cette année la première position de notre classement en nombre d’entrées au cinéma.

Dans notre critique « Loin de moi, près de toi : la double vie d’une collégienne amoureuse », on avait apprécié le film que l’on qualifiait presque de chef-d’œuvre. A Whisker Away est une belle satisfaction, tant sur le plan de l’histoire que sur celui de l’animation même si on lui reprochera peut-être un antagoniste manquant de charisme. Poétique, il vous emmènera dans le quotidien de personnages pleins de doutes, d’espérance, mais surtout à qui l’on n’aura pas de mal à s’identifier.

A la troisième place, on retrouve Violet Evergarden : Eternité et la poupée de souvenirs. En 2018 sortait déjà sur Netflix la série animée de 13 épisodes. Deux ans plus tard, les fans du studio Kyoto Animation ont pu découvrir la suite à travers le film dans les salles obscures grâce aux efforts d’Eurozoom. Netflix s’occupait de la distribution mondiale et un peu plus du tiers des sondés ont regardé le film sur la plateforme. Alexis résumait le film et le qualifiait d’une « touchante peinture d’un monde plein de vie se relevant d’un drame, écho à la situation de son propre studio », à voir pour « son caractère de variation lumineuse et apaisé de la série qu’il prolonge ».

 

Wild Bunch, distributeur France du catalogue du studio Ghibli (distribution en salles, droits vidéo et TV) depuis le 2 septembre

Depuis le 2 septembre, Wild Bunch devient le nouveau distributeur pour la France du catalogue du studio Ghibli et remplace ainsi le groupe Disney qui s’occupait auparavant de la distribution dans l’Hexagone depuis 1996. Le retour d’un long partenariat entre le studio japonais et la société de distribution qui annonce de belles choses à venir… Ils avaient récemment collaboré sur la coproduction de La Tortue Rouge de Michael Dudok de Wit.

21 films du studio Ghibli à (re)découvrir sur la plateforme Netflix !

21 films du studio Ghibli à (re)découvrir sur la plateforme Netflix ! ©Studio Ghibli / Netflix

Cette collaboration a du bon et redynamisera à coup sûr la diffusion des films Ghibli en France : il faut dire que Disney ne faisait pas beaucoup d’effort malheureusement ! Les abonnés de Netflix les réclamaient depuis longtemps et leur vœu a enfin été exaucé grâce à Wild Bunch. En 3 vagues, entre février et avril, ce sont 21 films du mythique studio qui ont été ajoutés au catalogue de la plateforme.

Dès le 1er février 2020 Dès le 1er mars 2020 Dès le 1er avril 2020
Le Château dans le ciel Nausicaä de la vallée du vent PomPoko
Mon Voisin Totoro Princesse Mononoke Si tu tends l’oreille
Kiki la petite sorcière Mes voisins les Yamadas Le château ambulant
Souvenirs goutte à goutte Le Voyage de Chihiro Ponyo sur la falaise
Porco Rosso Le Royaume des Chats La colline aux coquelicots
Je peux entendre l’océan Arrietty, le petit monde des chapardeurs Le Vent se lève
Les contes de Terremer Le Conte de la princesse Kaguya Souvenirs de Marnie

Wild Bunch s’occupera ainsi de la distribution du prochain Ghibli, Aya et la Sorcière par Goro MIYAZAKI, premier film entièrement conçu en 3D par le studio d’animation japonais. Dans la sélection officielle du festival de Cannes en 2020 annulé à cause du coronavirus, la date de sortie en salles reste floue tant que l’on ne sait pas quand les cinémas pourront rouvrir. L’histoire se déroule en Angleterre où une orpheline intelligente nommée Earwig est adoptée par Bella Yaga, qui s’avère être une sorcière cruelle, qui l’emmène à vivre dans une maison hantée…





Sondage auprès de la communauté Journal du Japon

A la première question sur les films regardés en 2020 au cinéma, le film Les enfants du temps sorti avant la crise du coronavirus se démarque avec presque 70% des sondés suivi de Dans un jardin qu’on dirait éternel par un peu plus de la moitié. L’ordre du classement au box-office est assez respecté avec en 3e position L’infirmière regardé par 34,6% des sondés. Étonnant : Akira en 4K et Violet Evergarden sont à égalité avec 25,3% des sondés ! Surprenant aussi : Lupin III The First est derrière First Love, le dernier Yakuza.

Pour l’élection du film de l’année 2020, les sondés étaient partagés entre : Les enfants du temps et Dans un jardin qu’on dirait éternel. Au final, avec un score de 45,6%, c’est le dernier film avec Kiki Kirin qui est choisi, devant le film réalisé par Makoto Shinkai. Une belle surprise pour ce film d’initiation à l’art de la cérémonie du thé ! 

A la troisième question du sondage, nous vous interrogions sur les films que vous aviez regardés et les bonnes surprises. Se distinguent encore Les enfants du temps (38,3%) et Dans un jardin qu’on dirait éternel (40,7%).

A la quatrième question sur les déceptions de l’année, 31,3% des sondés ont voté pour au moins un film qui les a déçu. En première position, on retrouve Les enfants du temps, le film qui a été le plus regardé qui est donc aussi celui qui a le plus déçu avec 35,3%. 16% des sondés à l’avoir regardé ont été déçus : un film qui a donc plutôt bien plu quand on sait que sur Internet, les avis des fans de Makoto Shinkai n’étaient pas toujours très tendres avec le successeur à Your Name ! Dans un jardin qu’on dirait éternel, choisi comme film de l’année, est sans surprise le film qui a le moins déçu avec 8,8% : seulement 5,45% des sondés à l’avoir regardé nous ont fait part d’une déception. L’infirmière a partagé les avis : pour 64% c’est une bonne surprise tandis que pour 21,3% il s’agit d’une déception. Digimon Adventure: Last Evolution Kizuna, même si le score est de 11,8%, a divisé les fans de la franchise : 50% agréablement surpris et 50% de déception !

Avec la crise du coronavirus et la fermeture des salles, il n’a pas été facile de regarder les films que l’on souhaitait au cinéma. Violet Evergarden, L’infirmière, Akira et First Love, le dernier Yakuza se distinguent en plus de Les enfants du temps et Dans un jardin qu’on dirait éternel.

 

La crise du coronavirus a rendu difficile de se rendre dans les salles obscures fermées presque la moitié de l’année… Beaucoup de films ont été reportés et même si en 2020 peu de films sont sortis, la qualité était au rendez-vous ! Les distributeurs spécialisés dans les films japonais, Eurozoom et Art House, ainsi que l’association Hanabi ne s’avouent pas vaincus et préparent pour 2021 de jolies surprises à venir. Les Saisons Hanabi devraient faire leur grand retour cet automne notamment !

Les mesures sanitaires ont favorisé l’essor des plateformes VOD et des sorties directement sur ces dernières. En 2020, les fans du studio Ghibli ont apprécié les 21 films ajoutés au catalogue français. Le nouveau distributeur des films Ghibli, Wild Bunch, devrait redonner un second souffle au catalogue !

David Maingot

Responsable Culture à JDJ et passionné de la culture et d l'histoire du Japon, je rédige des articles en lien avec ces thèmes principalement.

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